La défense du photographique - survivances
es bouleversements politiques mondiaux de 1968 ont aussi coïncidé avec le recul puis le déclin accéléré du rôle de la photographie comme témoignage. Pour avoir laissé en 1954 le terrain des opérations aux Américains on peut penser que les Français n'ont pas été concernés par l'impact idéologique du conflit vietnamien. Cette guerre peut cependant apparaître mondialement comme le dernier conflit couvert en quasi totalité par les seuls photographes. Les équipes mobiles de vidéo-transmission vont assurer le relais, à charge pour le journaliste de reprendre en « une » l'image déjà popularisée par l'écran télévisuel. Les événements de Mai 68 font aussi l'objet d'un intense suivi des reporters qui continuent de chasser l'image spectaculaire, le scoop. Les grands moments des barricades de Gilles Caron en sont un exemple, mais ils témoignent aussi d'une prise de position forte quand au rôle de l'information par l'image qui va ensuite amener des positionnements radicaux. Cependant on ne relève pas encore dans le reportage trace des influences majeures du mouvement situationniste. Guy Debord avec son livre culte :
La Société du spectacle, apporte une critique radicale au rôle de l'image et des media de masse, qui a trouvé son expression à travers affiches, collages et détournements plus que dans la presse.
La poursuite de l'étude de l'état social de la photographie, parfaitement résumée à l'époque par le titre du livre de Bourdieu Un Art moyen
* nous révèle une situation difficile. Dans ce début des années soixante-dix la photographie se trouve surtout représentée par ses instances professionnelles pour ne pas dire corporatistes, reporters regroupés en agences, photographes de modes et autres pratiques appliquées sanctionnées par des certificats d'aptitudes professionnels. Les créateurs sont dispersés, mal représentés. Les amateurs éclairés se regroupent au sein de photo-clubs, eux mêmes organisés en fédérations qui, s'ils assurent une forme parallèle d'enseignement, défendent aussi un certain classicisme d'une recherche souvent purement formelle. Cependant certaines initiatives comme celles du club photo des
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vont tenter de diffuser auprès de leurs adhérents une culture photographique, alors que la Société française de photographie couve ses chefs-d'oeuvre historiques sans prendre vraiment part au débat. Seul le musée des frères Fage ouvert depuis dix ans à Bièvres permet de s'initier à l'histoire via une collection très significative d'appareils et de tirages. Avec un créneau grand public les magazines sont principalement techniques et il faudra attendre la naissance de
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en 1970 pour que se marque l'avènement d'une nouvelle ère de l'image.
Les éditions d'art ne reconnaissent la photographie que sous son aspect d'illustration touristique d'une région ou d'un pays. Seul Robert Delpire prend des initiatives pour publier les grands créateurs mondiaux (
Les Américains de Robert Frank en 1962) et notre gloire nationale Henri Cartier-Bresson.
En dehors des tarifs professionnels d'impression ou d'utilisation de la photographie dans la presse et l'édition il n'existe pas de marché de la photographie, même pas sous sa forme historique. Bien souvent même les droits de publication ne sont pas payés. Les photos ne sont pas « créditées » du nom de leur auteur, elles apparaissent décadrées ou leur sens transformé par des légendes manipulatrices.
Les premières collections se constituent : bibliothèque de Roméo Martinez aujourd'hui léguée à la Maison européenne de la photographie, collection privée de Francis Jammes, début en 1969 de la collecte par Jean-Claude Lemagny des oeuvres pour le Cabinet des estampes avec le prétexte génial que le tirage étant un « multiple » il doit faire l'objet d'un dépôt légal. Avec un sens aigu de l'image il va ainsi susciter les dons et gérer les quelques achats permis par un modeste budget pour des créateurs trop heureux de voir ainsi leur action non seulement reconnue mais pérennisée au coeur d'une institution prestigieuse.
Cette initiative est le signe qu'en ce début des années soixante-dix tout reste à faire pour la photographie en France. Dans les quinze ans qui vont suivre tout va être mis en oeuvre grâce à des initiatives le plus souvent individuelles même si elles vont trouver à Paris comme dans beaucoup de régions des cadres légaux pour se développer, de Paul Jay à Robert Delpire, de Jean-Luc Monterosso à Richard Fournet chacun s'est battu, avec sa ville, son administration de tutelle, son ministère ou ses élus pour convaincre de l'intérêt du musée de Châlon, du Centre national de la photographie, de Paris Audiovisuel et du Mois de la Photo ou du Centre photographique d'Île-de-France. Le réseau de galeries sera lui aussi dû à la même énergie, celle déployée par Carol Marc Lavrillier pour 666
, Catherine Derioz et Jacques Damez pour Le Réverbère
, Raymond Viallon et son équipe pour
Vrais Rêves
, Agathe Gaillard, Michèle Chomette, Baudoin Lebon, Jean-Luc Pons, Gilles Dusein, Christian Bouqueret et Marie-Claude Lebon, Yvonnamor Pallix, Alain et Françoise Paviot...

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Première étude sociologique des rapports aux usages photographiques.