Archéologie

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La photographie en France 1970-1995  
 

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Nouvelles attitudes ou les déplacements de l'in situ

partir de la mise en question du support et du lieu de l'oeuvre des artistes ont d'abord entraîné la photographie dans la rue. Il s'est surtout agi d'habiter le lieu en lui réinjectant du corps et de la mémoire. Ernest Pignon Ernest l'un des premiers, en produisant ses photo-sérigraphies en grand nombre, a posé la question du destin urbain et politique des images sous l'influence des affiches de 1968. D'abord tourné vers la mouvance du document commémoratif il a recouvert les marches du métro Charonne de corps sérigraphiés pour que ne soient pas oubliés les Algériens massacrés en 1962. En 1970, il a accompagné la lutte des femmes pour la défense du droit à l'avortement d'images collées au ras du trottoir, il a envahi les palissades de la ville de Nice de vues de prisonniers noirs d'Afrique du Sud au moment où le maire jumelait la cité avec Le Cap, ville ségrégationniste.

De 1970 à 1980 de façon moins directement politique, mais plutôt sociologique le groupe UNTEL , composé de Jean-Paul Albinet, Alain Snyers et Philippe Cazal a investi toutes les vitrines des quartiers, interrogé l'anonymat et l'exotisme de pacotille en opposition à la banalisation des centres urbains de cités historiques (action autour de la mémoire de Niepce à Châlon-sur-Saône) ou de villes nouvelles (action à Créteil au moment d' Une autre photographie).

Le relais fut pris ensuite par des créateurs venus plutôt du reportage conscients d'un certain échec de la photographie à rendre compte de situations idéologiques de plus en plus complexes. Ils anticipaient sur ce que Bernard Lamarche Vadel a nommé dans Lignes de mire « la photographie comme technologie politique du regard ».

Sophie Riestelhueber choisit, en se rendant au Koweit pendant la guerre du Golfe, de retracer l'illusoire alphabet des déplacements militaires. Elle traque de haut la scarification des sols du désert en une chorégraphie aléatoire, qui ne fait ni figure ni langage puisque avec cette guerre sans véritables images nous sommes entrés dans l'ère du conflit virtuel. En rappelant la violence des cicatrices que ce combat a infligé à la Terre elle ramène les proportions du conflit d'un corpus virtuel à un corps souffrant, marqué.

D'autres repentis du reportage ont décidé d'abandonner certains supports comme les media, de remettre en question leur statut soit en quittant les agences de presse, soit en doublant leur travail par des actions sur des terrains plus artistiques que directement liés à l'information. C'est le cas de Michel Séméniako, de Marc Pataut, de Laurent Malone ou de Sophie Riestelhueber. Les trois premiers, associés un moment au sein de Faut voir, ont initié un autre rapport aux personnes photographiées en en faisant non plus les objets d'un reportage, mais les sujets actifs d'une campagne de prise de vue. Ce rapport inversé, ils ont pensé à faire jouer en plein la valeur d'échange du médium pour rendre d'abord l'image à la communauté au sein de laquelle la campagne a été menée. L'affiche grand format a offert un support adapté à ce type d'opération de communication artistique.

En regagnant cet espace sur la rue il s'agit encore de neutraliser son utilisation habituelle et de le réhabiter grâce aux acteurs sociaux qui le hantent sans y avoir de possibilité d'ancrage. Marc Pataud parcourt les banlieues pour mettre son savoir technique et sa réflexion esthétique et critique au service des jeunes qui vont devenir observateurs et metteurs en scène de leur propre quotidien. Les meilleures photos choisies, « éditées » en commun comme on le fait en agence ou dans une salle de rédaction, vont ensuite être imprimées en deux mètres sur deux et affichées sur les lieux même de la prise. Laurent Malone fait de même dans les quartiers nord de Marseille, seul, ou en suivant la préparation d'un spectacle d'Armand Gatti. Les murs extérieurs d'une salle de cinéma offriront leurs panneaux à ces portraits géants, qui contrairement aux placards politiques ou publicitaires ne seront quasiment ni déchirés ni graffités. En rendant de l'identité à ces jeunes, en produisant leur portrait comme les icônes sans histoire d'une communauté, l'artiste redonne valeur à l'image. Fort de cette réflexion Laurent Malone crée avec Francine Zubeil l' Observatoire pour confier à des artistes des espaces de liberté créatrices pour tendre un miroir à une situation, à une réflexion, à une communauté.

Il peut s'agir de deux, quatre ou six pages 24 x 32 de la revue, d'un espace affiche des panneaux verticaux de la ville de Marseille (confié à Valérie Jouve ou à Nancy Wilson Pajic) de la cabine d'un abribus sur le vieux port aménagé par Denis Adams.