Régis Durand
Quand la photographie n'incarnera plus l'oecuménisme culturel
Combat caché
Patrick Roegiers
Silence, on tourne !
Régis Durand
our caractériser la situation de la photographie en France aujourd'hui, il faudrait analyser précisément la manière dont elle constitue un
champ
(au sens que Pierre Bourdieu donne à ce terme, c'est-à-dire « un réseau, ou la configuration de relations objectives entre des positions »). C'est impossible dans l'espace restreint alloué ici, mais le fait que ce travail ne soit fait nulle part constitue un premier élément de réponse : le champ photographique ne se pense pas, ne s'analyse pas lui-même. Il est trop souvent caractérisé par une certaine paresse intellectuelle, qu'il s'agisse des journalistes, des responsables d'institutions, ou des lobbies divers engagés dans la défense acharnée de leurs territoires. D'où la confusion ambiante, les luttes d'intérêt, les conservatismes exacerbés, sur fond de déclin du médium et de récession économique. Plus art moyen que jamais, la photographie sert trop souvent de prétexte, conscient ou inconscient, pour ne pas montrer d'art qui risquerait de déranger vraiment.
Quelques manifestations surnagent : certaines portées par un public dont rien ne semble ébranler la fidélité et les espoirs de jours meilleurs ; d'autres accrochées à la cohérence et la rigueur de leurs choix ; d'autres enfin jouant habilement d'un ancrage professionnel.
La riche production théorique des quinze dernières années elle-même semble un peu s'essouffler. Heureusement il reste des artistes qui continuent d'oeuvrer avec la photographie. Et qu'ils choisissent parfois de le faire en dehors des circuits habituels de la photographie, et sous un nom autre que celui de photographie n'a au fond aucune importance. Ce que le milieu photographique restreint ne sait ou ne veut pas voir trouve place ailleurs, là où la photographie peut continuer à être, au même titre que d'autres techniques, instrument de pensée et d'invention.