Tendres ou cruels Prévert aimait dire que ses différents «moyens dexpression» : cinéma, littérature, collages - quil appelait volontiers ses «images» -, procédaient de la même démarche. Il est vrai que ces formes multiples auxquelles il sest exercé relèvent dune pratique très proche. Ses textes sont parfois constitués de collages (de titres, de citations, de proverbes) et ont des points communs avec lécriture cinématographique; ses collages partent dimages toutes faites (photographies, reproductions), quil recompose à sa manière, les détournant à son profit, comme lorsquil déforme une expression toute faite, un aphorisme connu, la morale dune fable ou toute autre citation. Cest probablement de 1943 que date son premier collage, un «portrait de Janine», sa femme. Par la suite il sadonnera à cette activité jusquà la fin de sa vie. On retrouve dans les collages de Prévert son rejet des institutions (Église et armée), sa sympathie pour les femmes et pour les enfants, sa compassion et sa tendresse pour les animaux, une vision onirique ou fantastique de la réalité. Cet onirisme et ce fantastique tournent au cauchemar dans les «images» des dernières années avec toute une série de personnages monstrueux souvent conçus à partir des photographies, gravures ou dessins décorchés destinés à illustrer les planches anatomiques. Les nerfs, les viscères, le cur à nu, les muscles à vif donnent naissance à des êtres qui semblent tantôt des torturés, tantôt des tortionnaires. Tendres ou cruels, apaisants ou terribles, les collages de Prévert attestent son art du montage, son sens aigu de lassociation des couleurs, et confirment linventivité de son imagination. Picasso lui aurait dit en les découvrant : «Tu ne sais pas peindre, mais pourtant tu es peintre.» | ||||
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