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Jacques Prévert / Collages
 

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Tendres ou cruels

Prévert aimait dire que ses différents «moyens d’expression» : cinéma, littérature, collages - qu’il appelait volontiers ses «images» -, procédaient de la même démarche. Il est vrai que ces formes multiples auxquelles il s’est exercé relèvent d’une pratique très proche. Ses textes sont parfois constitués de collages (de titres, de citations, de proverbes) et ont des points communs avec l’écriture cinématographique; ses collages partent d’images toutes faites (photographies, reproductions), qu’il recompose à sa manière, les détournant à son profit, comme lorsqu’il déforme une expression toute faite, un aphorisme connu, la morale d’une fable ou toute autre citation. C’est probablement de 1943 que date son premier collage, un «portrait de Janine», sa femme. Par la suite il s’adonnera à cette activité jusqu’à la fin de sa vie. On retrouve dans les collages de Prévert son rejet des institutions (Église et armée), sa sympathie pour les femmes et pour les enfants, sa compassion et sa tendresse pour les animaux, une vision onirique ou fantastique de la réalité. Cet onirisme et ce fantastique tournent au cauchemar dans les «images» des dernières années avec toute une série de personnages monstrueux souvent conçus à partir des photographies, gravures ou dessins d’écorchés destinés à illustrer les planches anatomiques. Les nerfs, les viscères, le cœur à nu, les muscles à vif donnent naissance à des êtres qui semblent tantôt des torturés, tantôt des tortionnaires. Tendres ou cruels, apaisants ou terribles, les collages de Prévert attestent son art du montage, son sens aigu de l’association des couleurs, et confirment l’inventivité de son imagination. Picasso lui aurait dit en les découvrant : «Tu ne sais pas peindre, mais pourtant tu es peintre.»