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Nathalie Sarraute  
 

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« Il me semble, quant à moi, qu'au départ de tout il y a ce qu'on sent, le "ressenti", cette vibration, ce tremblement, cette chose qui ne porte aucun nom, qu'il s'agit de transformer en langage. Elle se manifeste de bien des façons...
Parfois d'emblée, par des mots, parfois par des paroles prononcées, des intonations, très souvent par des images, des rythmes, des sortes de signes, comme des lueurs brèves qui laissent entrevoir de vastes domaines... Là est la source vive. »

(N.S., Entretien avec Geneviève Serreau, La Quinzaine littéraire, 1er - 15 mai 1968.)

Nathalie Sarraute s'impose comme l'un des grands écrivains de notre siècle. Écrivain français, par les hasards de la vie. Née en 1900 à Ivanovo-Voznessensk, près de Moscou, Nathalie Tcherniak connaît une enfance partagée entre la Russie et la France, où elle s'installe définitivement en 1909. Après une licence d'anglais, des études d'histoire et de sociologie, elle fait une licence de droit. Elle épouse, en 1925, l'avocat Raymond Sarraute. Inscrite au barreau de Paris, elle plaide de petites affaires en correctionnelle jusqu'en 1941.

Fervente lectrice depuis son enfance, elle découvre, dans les années vingt-cinq, Proust, Joyce et Virginia Woolf, qui bouleversent sa conception du roman. En 1932, elle écrit les premiers textes de Tropismes, publié en 1939, et dès lors se consacre entièrement à l'écriture, loin de tout milieu littéraire, dans un isolement et une incompréhension presque totale pendant près de vingt-cinq ans. L'Ère du soupçon (1956), textes fondateurs du Nouveau Roman, et Le Planétarium (1959) marquent sa consécration dans le monde entier.

Dans les années soixante, elle s'attache au problème de la création, avec trois romans, dont le premier, Les Fruits d'or, obtient le Prix International de Littérature en 1964. Elle découvre en même temps les ressources d'un « théâtre de langage » et écrit six pièces entre 1963 et 1980, dérivatif et prolongement de son oeuvre romanesque.

Depuis une vingtaine d'années, elle poursuit sa recherche sur « l'usage de la parole », titre du livre publié en 1980, en un retour aux sources mêmes des tropismes, dégagée de toute fiction. Elle vient de publier Ici en 1995.

« Son œuvre est sans équivalent dans la littérature, oeuvre singulière et difficile en ce qu'elle est née du souci d'exprimer ce qui ne l'avait jamais été, de mettre à jour, par et contre le langage, ce qui ne semblait pas en relever - ces infimes mouvements de l'intériorité qu'elle nomma tropismes - et de définir pour cela une forme nouvelle qui dépasse les limites traditionnelles du roman. Mais c'est une oeuvre révélatrice, aussi, des interrogations et des recherches de son temps, et dont le succès et la diffusion en plus de trente langues disent assez combien de lecteurs elle a su toucher. »

(Jean Favier, préface de Nathalie Sarraute. Portrait d'un écrivain, BNF, 1995, p. 3.)

Les références aux pages des oeuvres renvoient à la collection « Folio », Gallimard.

Annie Angremy : Archiviste-paléographe, conservateur général au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, Annie Angremy a été commissaire de l'exposition Nathalie Sarraute. Portrait d'un écrivain au printemps 1995. Elle a publié en 1994 Les plus beaux manuscrits des romanciers français, dans la collection « La mémoire de l'encre » (BNF, Robert Laffont) et est co-directeur de la nouvelle édition des OEuvres de Raymond Roussel (SN Pauvert/Fayard).