Archéologie

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Claude Simon / Guerres
 

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Nul doute que la guerre aura irréversiblement marqué Claude Simon par l'évidence frontale de son désordre sans issue. Une phrase du Vent, où la guerre pourtant n'apparaît pas comme telle, montre justement mieux encore l'héritage dont elle leste tout récit : « [...] il venait de voir ce monde, cet Ordre au mythe duquel il s'accrochait avec une espèce de crainte superstitieuse et fétichiste, lui éclater sous le nez comme ces ballons d'enfant, ne lui laissant même pas entre les doigts les dérisoires reliques de quelques lambeaux de caoutchouc6. » Au plus simple comme au plus obscur, la guerre défigure ce qu'elle touche sans substituer pour autant à l'ordre qu'elle abolit une nouvelle organisation. La guerre impose donc un changement d'ordre, comme un voile levé sur un corps qui le livrerait à quelque inattendue et gigantesque nudité. Les lecteurs de Claude Simon (dont ses critiques) ont noté qu'un premier voile se déchirait, celui de l'Histoire, souvent dénoncée comme un habillage mensonger. Mais le mal est plus profond qui envoie la guerre parmi les hommes : ce qui oriente l'histoire, mais aussi le roman ou encore la crédulité des hommes est la plus ancienne des propriétés du langage, son être menteur. La guerre plonge celui qui la subit dans la chaîne affolante des vanités qui le constituaient, qui l'orientaient, et qui soudainement se dérobent. La seule échappée prend l'apparence régressive du soldat abandonné au libre jeu de ses instincts, qui restent seuls à l'assurer qu'il vit. Très vite cependant cette assurance reçue par le corps aspire à de nouvelles fondations. Ainsi la guerre fonde autant qu'elle défait en contraignant brutalement l'être à faire l'expérience de ce qui le fait tenir ensemble, de sa consistance la plus inaliénable.

6 Le Vent, p. 208.

« De nouveau je sentis mon cœur battre plus vite sentant cette espèce de brusque coupure comme si le monde quotidien disparaissait se volatilisait ou plutôt quand son aspect rassurant coutumier s'efface, tout visages bruits mouvements présentant alors cet aspect insolite brutal irréel incohérent qui est celui de la matière réduite à ses dimensions immédiates se mesurant en termes de force de violence de sang »

Histoire, p. 209 / Origines 1

« le noir, plus aucun bruit (ou peut-être un assourdissant tintamarre se neutralisant lui-même ?), sourd, aveugle, rien, jusqu'à ce que lentement, émergeant peu à peu comme des bulles à la surface d'une eau trouble, apparaissent de vagues taches indécises qui se brouillent, s'effacent, puis réapparaissent de nouveau, puis se précisent : des triangles, des polygones, des cailloux, de menus brins d'herbe, l'empierrement du chemin où il se tient maintenant à quatre pattes, comme un chien, »

L'Acacia, p. 90 / Origines 2