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Théâtre français contemporain /  Survol de l’après-guerre
 

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En reprenant une analyse de Bernard Dort, prenons l’année 1947 comme symbole.

Cette année-là, Gaston Baty quitte le Théâtre Montparnasse pour se consacrer au Théâtre de Marionnettes. C’est la fin du Cartel.

Cette année-là, le 13 janvier, Antonin Artaud donne une conférence au V¦eux-Colombier. Puis il envoie une lettre à André Breton:

«Je m’étais rendu compte que c’était assez de mots, assez même de rugissements, et que ce qu’il fallait, c’étaient des bombes, or je n’en avais pas dans mes mains ni dans mes poches.» Tout Mai-68 est là en germe.

Cette année-là, ce même mois de janvier, trois villes de l’est de la France financent la création du Centre dramatique de l’Est. C’est le début institutionnel de la décentralisation dramatique.Cette année-là enfin, Louis Jouvet crée Les Bonnes, de Jean Genet, Jean V¦lar met en scène un jeune poète, Henri Pichette, avec Gérard Philipe (entouré par Maria Casarès et Roger Blin). Le futur tandem du Tnp est déjà réuni, les auteurs des années cinquante montent au créneau.

Mais l’après-guerre, c’est d’abord le triomphe d’auteurs comme Jean-Paul Sartre, Albert Camus ou Henry de Montherlant, une écriture de la mort et de la peur où l’Histoire se pose des questions de liberté et où la politique s’arrête à des problèmes de conscience, de morale. Les grandes pièces de ces auteurs, comme Huis clos, Caligula ou Port-Royal, sont de facture classique.

Il en va de même avec Jean Anouilh dans Antigone ou Le Rendez-Vous de Senlis. L’humour (souvent grinçant) et le jeu du mensonge en plus, un jeu qui est bien sûr celui du théâtre dans La Répétition ou L’Amour puni. Anouilh est le prototype même de l’auteur dramatique qui a toujours cours, à la fois indémodable et toujours un peu suranné: un homme voué au théâtre plus qu’à toute autre forme littéraire, un homme qui connaît de mieux en mieux les mécanismes du plateau, jusqu’à basculer dans la mise en scène. Ce qu’il fera. Il y a chez lui un mécanicien très doué pour bricoler un dialogue, huiler un caractère ou pousser un dénouement comme on pousse un moteur. C’est un artisan qui écrit loin des tracas de l’Histoire, dans les alcôves confinées de la bourgeoisie. De Françoise Sagan à Françoise Dorin, la palette de ses héritiers ne manque pas de couleurs. Anouilh habitait le théâtre comme un fantôme ou un machino. C’était là son charme et sa limite.

Le choc des années cinquante allait subitement donner un coup de vieux à ce théâtre.