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Programme Stendhal 2014

Les missions Stendhal permettent de soutenir des écrivains pour un projet d'écriture nécessitant le séjour pendant un mois dans un pays déterminé. En contrepartie de ce soutien, les auteurs apportent leur concours aux actions de rayonnement et d’échanges culturels menés par le réseau culturel français à l’étranger.

Projets d’écriture des lauréats 2014

Gilles BIASSETTE, États-Unis
Écrire l’histoire de Richard et Mildred Loving, le couple qui a permis, en 1967, de tourner enfin la page de la ségrégation aux États-Unis en rendant illégale l’interdiction des mariages mixtes. Contrairement aux autres figures qui ont marqué la lutte pour les droits civiques, Richard et Mildred n’étaient ni des intellectuels, ni même des militants. Nés tous les deux dans une commune très reculée de Virginie, ils ont fait peu d’études et la politique était très éloignée de leurs préoccupations. Leur unique ambition était de fonder une famille – ce que la loi interdisait, à la fin des années 1950 à Richard, descendant d’immigrants irlandais et anglais, et à Mildred, héritière du sang des esclaves noirs et des Indiens d’Amérique. Cette histoire peu connue, même aux États-Unis, est d’autant plus touchante que ce long combat – presque dix ans – a été mené par un homme et une femme que rien ne prédisposait à rentrer dans l’histoire américaine.
 
Julien BLANC-GRAS, Qatar
Dresser un portrait littéraire du Qatar. L’idée en est venue à l’auteur après un séjour dans la péninsule arabique, où il a été frappé par une évidence : une certaine idée du futur se bâtit là, à toute vitesse, et avec des moyens sans précédent. L’idée est donc de se documenter sur les métamorphoses à l’œuvre dans cette région du monde, à la fois très conservatrice et ultra-moderne, pour faire une œuvre littéraire – roman ou récit – qui permettra de faire surgir l’âme du territoire et non un essai ou une enquête journalistique, trop secs).
 
Elsa BOYER, Japon
Immersion architecturale dans la ville de Tokyo dans le prolongement de deux ouvrages qui explorent de manière enchevêtrée la fiction d’anticipation et les restes d’un passé immémorial. La coexistence d’une dimension urbaine futuriste et d’une rémanence d’édifices traditionnels constitue le préalable à une déambulation dans la mégapole japonaise. La variété des formats d’espaces, intérieurs comme extérieurs, liée à la multiplicité des interfaces visuelles et sonores, font de Tokyo et de son agglomération une scène idéale pour un travail d’écriture soucieux de cartographier un réel toujours complexe et mouvant. Le récit sera situé à la croisée d’une épreuve physique de la ville et de son redoublement par différentes expériences de l’imaginaire, sensible à un niveau historique, social, économique ou encore technologique.
 
Frédérique CLÉMENÇON, États-Unis
Écrire un roman dont le personnage central – une femme, que l'on suivra de 25 à 45 ans – a vu son existence transformée à l'occasion de deux séjours aux États-Unis, à New York et en Californie. Le premier, effectué à 25 ans, marque son entrée dans l’âge adulte en même temps qu’il inaugure une période de désillusions profondes ; le second, effectué vingt ans plus tard, sera celui de sa renaissance. La construction du roman alternera phase narrative et phase descriptive, impliquant différents territoires, quartiers, villes ou paysages, intimement liés à la composition du personnage principal.
 
Marie COSNAY, Grèce
Vivre dans un quartier d'Athènes (Kypsèli) où s'inventent de menues alternatives quotidiennes à la crise que connaissent le pays et l'Europe. Après avoir reçu les témoignages de professionnels en certains domaines (enseignement, santé, recherche, arts), l’auteure souhaite raconter les tentatives de vivre autrement, aujourd'hui même. L'histoire de la Grèce, sa littérature antique et contemporaine viendraient éclairer les situations, du moins les interroger.
 
Thierry CRUVELLIER, Sierra Leone
Un grand récit inédit sur la condition humaine, appuyé sur un nouveau séjour en Sierra Leone qui fait suite de nombreux séjours de l’auteur dans le pays depuis vingt-trois ans, sur des dizaines d’entretiens avec des Sierra Léonais de diverses origines qui ont bien voulu réfléchir sur eux-mêmes, sur leur société, et qui lui ont raconté leur aventure tourmentée, leur expérience permanente de l’impermanence de la vie, de l’effroi de l’homme et de sa formidable ténacité.
Dix ans de déclin, dix ans de guerre, dix ans de reconstruction : en trois décennies, les Sierra Léonais ont connu la disparition progressive de tous les services et droits élémentaires, traversé l’horreur d’une guerre civile, exercé la justice et pratiqué la réconciliation, avant d’expérimenter le boom minier. De la révolte matée des étudiants, en 1977, à un taux de croissance de 16 % en 2012, la Sierra Leone, ancienne « Athènes de l’Afrique de l’Ouest », a connu tous les extrêmes.
 
Hugues FONTAINE, Madagascar
En 1901, sur la côte est de Madagascar, Paul Ozil, officier du Génie, pose les premiers rails du chemin de fer qui doit relier Tananarive à la mer. Le train, aime à dire le Général Galliéni, résident général de la Grande Île, sera « civilisateur ». Ozil, qui a emporté dans ses bagages une petite chambre Folding Gaumont, photographie l’avancement du chantier. Mais très vite, aux ponts et aux tunnels, il préfère les visages de ceux qu’il rencontre au bord de la voie. L’administration coloniale le charge alors de contribuer au recensement de la population indigène qui vise à dresser une « cartographie des races ».
Tandis que débute la construction du chemin de fer, le livre nous fait vivre les années malgaches du capitaine ingénieur que la passion de la photographie conduit peu à peu à questionner l’« œuvre » coloniale à laquelle il participe.
 
Luba JURGENSON, Argentine
Dans les régimes de terreur, la violence radicale est à la fois omniprésente et expulsée hors du champ du visible : vers des lieux construits à cet effet (camps), des sites naturels cachés (ravins, forêts, espaces vierges), des lieux déguisés sous leur ancienne affectation : écoles, forteresses, casernes, usines. Ces sites se présentent à notre regard aujourd’hui, patrimonialisés, abandonnés ou effacés. Ils nous sont « adressés » du fond même de cette invisibilité programmée et ambiguë (car en réalité, ils étaient connus et craints y compris de ceux qui prétendaient ne pas les voir). C’est ce regard interpellé, saisi par les paysages du désastre en Argentine que l’auteure propose de fixer dans un livre constitué à la fois d’images de textes issus d’une immersion dans ces lieux et d’interviews avec les acteurs locaux de cette mémoire.
 
Dominique MEENS, Finlande
« J’écris d’oreille si je lis beaucoup. » Grâce à Alain Veinstein, l’auteur a été amené depuis une dizaine d’années à questionner les rapports du son au signifiant, dans le cadre de productions radiophoniques à France Culture. Recherchant une voie d’accès à ces questions qui ne soit ni purement musicale – celle qu’inaugure Varèse –, ni strictement documentaire – les collections de Roché par exemple –, l’auteur a été reconduit à cette proposition ici en exergue : le signifiant est dans la nature. Il se propose donc de partir résolument à la recherche de signifiants dans la nature, en suivant la piste de créateurs qui résident dans un pays où elle est encore, pour diverses raisons, assez préservée.
 
Lorette NOBÉCOURT, Japon
Écrire un roman autour des différentes vies du poète Yazuki – personnage surgi chez l’auteure comme sa part poétique et masquée – qui parcourt l'ensemble de ses livres depuis 2003. Il est la figure la plus radicale et la plus intime de Lorette Nobécourt, dont l'origine se trouve mystérieusement japonaise.
 
Anthony POIREAUDEAU, Canada
Écrire un livre sur une petite ville du grand Nord canadien, nommée Churchill, située sur la rive occidentale de la baie d’Hudson, à l’extrême nord de la province du Manitoba, aux limites de l’Arctique. L’écriture sera faite de fiction et de récit, assemblés dans un même livre. D’abord une fiction se déroulant à Churchill (narrant les journées désœuvrées d’un étranger solitaire dans la ville) que l’auteur aura écrite avant de se rendre sur place, mais en tâchant d’être le plus proche possible de la configuration et de la réalité des lieux, en s’appuyant sur la documentation et l’imagination. Puis un récit de l’expérience directe qu’il fera des mêmes lieux, au cours d’un séjour d’un mois à Churchill.
 
Frédéric WERST, Algérie
Poursuivre, à Oran, l'écriture de Sous le soleil de Mazrâ, projet narratif essentiellement fictionnel, mais qui développe un questionnement en prise avec les réalités, notamment historiques, politiques et culturelles : l'idée générale est de recréer la littérature d'un peuple imaginaire (les Wards), en le faisant dans la langue originale, le wardwesân. Le choix de l'Algérie tient à certaines analogies entre l’espace fictionnel de l’auteur et la réalité de ce pays : existence d'une longue et riche histoire précoloniale, colonisation française et indépendance, maintien d'une francophonie importante, relation pour le moins complexe avec l'ancienne métropole.
 
 
 
 
 
 
 

Photo : Thierry Cruvellier, Elsa Boyer, Gilles Biassette, Lorette Nobécourt, Julien Blanc-Gras et Marie Cosnay, qui ont bénéficié d'une mission Stendhal en 2014.
 
Images
  •   Gilles Biassette, mission Stendhal 2014 aux États-Unis © Philippe Matsas  
  •   Julien Blanc-Gras, mission Stendhal 2014 au Qatar  
  •   Elsa Boyer, mission Stendhal 2014 au Japon © Hélène Bamberger / POL 2012  
  •   Marie Cosnay, mission Stendhal 2014 en Grèce © Michel Durigneux  
  •   Thierry Cruvellier, mission Stendhal 2014 en Sierra Leone © Richard J. Rogers  
  •   Hugues Fontaine, mission Stendhal 2014 à Madagascar  
  •   Luba Jurgenson, mission Stendhal 2014 en Argentine  
  •   Lorette Nobécourt, mission Stendhal 2014 au Japon © Roberto Frankenberg  
  •   Anthony Poireaudeau, mission Stendhal 2014 au Canada © Amélie Reboul  
  •   Frédéric Werst, mission Stendhal 2014 en Algérie © John Foley