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Projets d'écriture des lauréats Stendhal 2016

En 2016, ce sont 12 auteurs français qui se rendront à l'étranger pour un projet d'écriture dans le cadre des Missions Stendhal.
 

Projets d'écriture des lauréats Stendhal 2016

 
Nathalie AZOULAÏ (Israël)
Le point de départ du projet d’écriture est la conférence de presse, restée célèbre, du 27 novembre 1967 : le général de Gaulle déclare que le peuple juif est « un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur ». Elle provoque un choc dans la société française et au-delà. Cinquante ans plus tard, une femme visionne cette conférence. Au fur et à mesure de ses visionnages, s’organise autour de cette narratrice une série de cercles concentriques où se diffusent les ondes de ce choc. Devant l’écran viennent prendre place différents spectateurs, anonymes ou célèbres (sa famille, tout d’abord, David et Paula Ben Gourion, devant leur télévision dans un kibboutz du Néguev, les proches du général, Raymond Aron, René Cassin, Michel Debré…). Le roman relatera la façon dont ces cercles jouent ensemble et interfèrent.
 
Miguel BONNEFOY (Venezuela)
L’auteur souhaite écrire – en passant par l’allégorie, la parabole – sur l’histoire du Venezuela, qui a fait du pétrole une rente et a arrêté de produire pour se mettre à importer, une fois le gisement tari. Il s’agit de faire le portrait des maîtres-rhumiers qui, dans leur savoir-faire, dans l’effort qu’ils dépensent tous les jours, conservent les traditions profondes des Caraïbes. Le roman racontera l’histoire de la famille Bracamonte qui vit de son moulin à sucre et de sa production de rhum. Or, une légende dit que, sous les champs de cannes à sucre, sont enterrés les trésors des pirates britanniques, des indépendances espagnoles, des missions de capucins et de jésuites. Ainsi, cette famille, au lieu de cultiver avec discipline et méthode l’immobilité de sa terre, va chercher sans cesse à la retourner pour y trouver de nouvelles richesses. À l’image des gens du pays, les Bracamonte ne se rendront compte que très tard que le vrai or était là, sous leurs yeux, dans la mangue et le café, dans le cacao et le maïs.
 
Véronique BRINDEAU (Islande)
Le Journal des nuages de Masaoka Shiki est inachevé. Le poète qui bouleversa l’art du haïku y nota chaque jour l’état du ciel et de ce qu’il voyait du monde, depuis la chambre qu’il n’a plus quittée. Masaoka Shiki est mort en 1902. Son Journal n’a pas été traduit. L’auteur souhaite traduire ce livre interrompu et le poursuivre par un carnet personnel en Islande. Ce n’est pas un pays aux nuages, mais le sol volcanique de cette île et le parcours des vents en font un pays de mousses et de ciels. Au fil de ce journal, entrecoupé de fragments de poèmes islandais, se lira le récit d’une remémoration : apparaissant, se transformant, les souvenirs d’un photographe disparu en mer, évoqués par ceux qui l’ont connu, recomposeront sa figure absente. Il s’agit d’un essai de paysage visant à aiguiser notre lien au monde naturel, d’avant notre ère et au-delà de notre durée.
 
Nicolas CAVAILLES (Île Maurice)
L’auteur va explorer les îles Maurice et Rodrigues à travers les noms de lieux, et méditer, à travers leur exemple, sur la toponymie. Laudatif ou apotropaïque, totémique ou colonial, naïf ou engagé, le toponyme marque, pour le meilleur et pour le pire, la fin de l’état sauvage, l’aurore de la civilisation, et avant tout le début de la fabulation. Comme la République de Maurice elle-même, qui ne tient dans aucune carte postale, il abrite sous sa fraîcheur et sa transparence les destins les plus divers. L’auteur souhaite en retracer quelques-uns.
 
Sarah CHICHE (Autriche)
Construit comme un triptyque où, d’un panneau narratif à l’autre, le lecteur s’aperçoit, très progressivement, que ce qu’il prenait pour une peinture sincère de la vérité, n’est qu’un repentir qui masque et recouvre un Mal absolu, Les Enténébrés s’appuie sur une histoire familiale. Si la matière du travail d’enquête est personnelle à l’auteur – il s’agit bien des destins invraisemblables de son grand-père, de sa grand-mère, de sa mère, et d’une galerie de personnages qui gravitent autour d’eux à Vienne, à Paris, et en Afrique de l’Ouest –, ce roman se situera aux antipodes d’une certaine littérature du réel pour qui n’a de valeur que le témoignage psychologisant. Car c’est l’épopée morale d’individus surnageant dans des mondes perdus que l’auteur souhaite décrire.
 
Pierre DUCROZET (Mexique)
Séjourner à Mexico D. F. pour en absorber le suc, et ainsi dessiner les personnages principaux et l’intrigue d’un roman. Avec des bornes temporelles (2000-2015) et géographiques (de Mexico D. F à San Francisco) très précises, ce roman s’intéressera à plusieurs thématiques centrales du XXIe siècle : le retour de la violence, les révolutions biotechnologiques, le transhumanisme. De quel côté du mur de la frontière américano-mexicaine se situe la nouvelle barbarie : à Iguala, où 43 étudiants sont brûlés vifs, ou dans la Silicon Valley, où l’homme immortel est sur le point d’être créé ? À partir du parcours de trois personnages principaux et de multiples lignes de fuite narratives, c’est à une étude du corps au XXIe siècle que se livrera l’auteur, entre ces deux pôles : d’un côté, une élite qui voudrait échapper à la finitude, et, de l’autre, le reste du monde qui a toujours les deux mains dedans.
 
Kaddour HADADI (Tunisie)
Néapolis (littéralement « cité nouvelle ») est le nom de plusieurs cités antiques tout autour du bassin méditerranéen. La Néapolis de son second ouvrage était inspirée de Naplouse en Palestine. L'histoire de son prochain roman aura encore pour lieu une ville nommée Néapolis : celle que l'on appelle aujourd'hui Nabeul (en Tunisie). En mars 2015, une semaine après l’attentat du musée Bardot, l’auteur s’est rendu à Tunis. Quelques années auparavant, le peuple tunisien avait fait sa révolution, il pensait pouvoir enfin vivre et grandir librement, de façon sereine et apaisée. Et le voilà déjà face à un nouveau défi : se relever et se battre encore. L’auteur veut raconter cette histoire.
 
Laure Limongi (États-Unis)
Projet dont le point de départ biographique permettra de narrer l’histoire de deux frères partis faire fortune en Amérique dans les années 1880. Ils débarquent à New York. À l’origine : souffle épique, construction de personnages typiques, aspect aventurier, mais aussi la question de la migration. Pourquoi partir de chez soi pour découvrir un ailleurs ? Qu’emporte-t-on de sa culture ? Comment vit-on son insularité quand on est loin de son île ? Comment se passe l’apprentissage d’une langue nouvelle ? S’y ajoute la question de l’insularité, du rapport de l’île au continent. C’est cet allant ambivalent du départ, de la découverte que l’auteur souhaite réinventer à travers l’écriture, s’appuyant sur un écart historique pour mieux tenter une interprétation politique et sociale, sans didactisme.
 
Cédric MORGAN (Japon)
Rassembler des éléments sur la vie d’une ama (plongeuse) dans les années 1950 en vue d’écrire un roman. Les amas étaient plus de 50 000 au Japon, elles sont moins de 3 000 aujourd'hui et ne plongent plus que pour les touristes. Les amas font partie intégrante de la culture japonaise. Cette activité a été pendant des siècles l’apanage des femmes dans la presqu’ile de Kii (sud d’Osaka). Via le Musée de la Mer de Toba et le Conseil de préservation de la culture des amas, l’auteur souhaite contacter des plongeuses en activité et surtout d’ex-plongeuses qui ont exercé autour de 1950. Le séjour au Japon permettra de recueillir des données sur les amas et la manière de vivre de l’époque. Les détails authentiques fourniront la toile de fond, le récit sera imaginaire.
 
Jean-Noël ORENGO (Inde)
Écriture d’un roman familial avec pour matrice géographique, l'Inde, et pour point de départ, dans cet immense pays, Auroville, ville nouvelle, construite sur des principes issus de l'enseignement du grand métaphysicien indien Sri Aurobindo. Fondée en 1968, à proximité de Pondichéry, par Mirra Alfassa (1878-1973), compagne spirituelle de Sri Aurobindo, cette ville veut réunir des êtres venus du monde entier afin de créer un mode de vie alternatif, échappant aux différences religieuses, économiques, ethniques. Le roman prend appui sur ce contexte historique, et retrace l'aventure d'hommes et de femmes venus à Auroville à la fin des années 1960 pour bâtir cette nouvelle société, et également de leurs enfants et petits-enfants aujourd'hui. Il intègre le parcours des grandes figures de l'Inde et de l'Occident fascinées par l'Inde, d'Alain Daniélou à Mirra Alfassa, de Muriel Cerf à Marco Pallis ou Giacinto Sclesi...
 
Frank SMITH (États-Unis)
Opérations Reznikoff constituera un essai d'investigations poétiques consacré au poète américain Charles Reznikoff (1894-1976) et à la poésie objectiviste, dont les archives sont consultables à l'Université de Californie, à San Diego, ainsi qu'à l'Université d'Arizona, à Tucson. Ce travail sera mené dans le prolongement d'un livre paru en octobre 2015, consacré à la nouvelle de Melville, « Bartleby » : Fonctions Bartleby, Bref traité d'investigations poétiques (Le Feu Sacré). L’auteur se rendra aux États-Unis pour consulter les archives de Charles Reznikoff.
 
Irina TEODORESCU (Roumanie)
Écriture d’un roman dont le personnage principal fait face à un choix particulièrement difficile : cet homme doit choisir entre trahir ses plus profondes convictions ou perdre son fils. En 1983, les parents de l’auteur ont appris que leur fils de 7 ans avait une leucémie. Ils ont également appris qu'en France se pratiquait à l'époque une opération de changement de la moelle osseuse qui permettait d'avoir des chances de guérir de cette maladie. Mais ses parents étaient enfermés derrière les portes du communisme et de la dictature roumaine. Son père, ingénieur brillant, a demandé la permission d'aller avec son fils en France pour tenter de le guérir, mais le pouvoir en place ne lui a pas accordé facilement la permission de quitter le territoire. On lui a proposé un échange : s'il acceptait de rejoindre les services secrets nationaux et de devenir espion, il pouvait partir avec son fils pour une période de quelques mois. Son père a refusé cet échange.
 
 

Photos : de gauche à droite et de haut en bas, Nathalie Azoulaï (© John Foley / P.O.L), Miguel Bonnefoy (© Payot & Rivages), Véronique Brindeau (© S. Cuisset), Nicolas Cavaillès, Sarah Chiche, Pierre Ducrozet (© J.-F. Paga / Grasset), Kaddour Hadadi (© Vincent Bouvier), Laure Limongi (© J. -F. Paga / Grasset), Cédric Morgan (© J. -F. Paga / Grasset), Jean-Noël Orengo (© Grasset), Frank Smith, Irina Teodorescu (© Gérard Fourrel)
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