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Africa 2020

Le Président de la République française, M. Emmanuel Macron, a annoncé en novembre 2017 à Ouagadougou, puis confirmé le 3 juillet 2018 à Lagos, l’organisation en France d’une Saison qui s’inscrit dans le cadre d’un partenariat renouvelé avec l'Afrique, continent "multiple, fort et pluriel où se joue une partie de notre avenir commun".
 
  • Dates : de juin à décembre 2020
  • Lieu : tout le territoire français (Métropole ainsi que les départements et territoires d'Outre-mer)
  • Commissaire générale : Mme N’Goné Fall (Sénégal), Commissaire d’exposition et consultante en ingénierie culturelle
  • Commissaire général adjoint : M. Noël Corbin (France), Inspecteur général des Affaires culturelles au ministère de la Culture
 
 

I • PRINCIPES FONDATEURS

  • Une invitation à regarder et comprendre le monde d’un point de vue africain.
  • Les 54 Etats du continent africain : plus de 1,2 milliards d’habitants et une diaspora de plus de 60 millions de personnes.
  • Une Saison non croisée : il n'y aura pas de programmation française en Afrique.
  • La programmation ne sera pas une addition de projets spontanés labellisés.
 
Africa 2020 est fondée sur quatre piliers :
 
  • Une programmation panafricaine et pluridisciplinaire, axée sur la création contemporaine et destinée à tous les publics. Les projets ne seront pas conçus autour d’un seul artiste, d’un seul pays, d’une seule région, d’une seule aire linguistique, ou d'une seule discipline artistique.
  • Une programmation coproduite par des professionnels africains et des institutions françaises. Il s'agit d'éviter une programmation pensée à travers un prisme franco-français et de garantir le premier principe fondateur d'Africa 2020 : une invitation à regarder et comprendre le monde d’un point de vue africain.
  • Des projets conçus comme des espaces de partage de savoirs et d'expériences. Une conception et une mise en œuvre "panafricano-française" qui rassemblera des professionnels de différents secteurs afin de favoriser les échanges de savoir-faire et les débats d’idées.
  • Une plateforme d'apprentissage et de production participative des connaissances, portée par des projets structurants.
 
 

II • CHAMPS DISCIPLINAIRES

ARTS 
  • Arts Visuels (Arts plastiques, Photographie, Performance)
  • Spectacle Vivant (Musique, Théâtre, Danse)
  • Film
  • Littérature
 
RECHERCHE & ÉCONOMIE
  • Sciences
  • Technologies
  • Entreprenariat (et Développement durable)
 
ART DE VIVRE
  • Gastronomie (et Biodiversité)
  • Styles & Tendances (Mode, Design, Architecture)
  • Sports Urbains (Skate, Rollers, Football et Basketball, Jeux vidéo)
 
Tous les projets devront proposer une stratégie de médiation de tous les publics ainsi qu'un programme de mentorat destiné aux jeunes Africains et Français.
Une attention particulière devra être portée aux jeunes publics et aux organisations représentatives des diasporas africaines en France.
 
 

III • AXES DE RÉFLEXION

Cette Saison est une plateforme de partage de questionnements sur l'état des sociétés contemporaines qui, au-delà de l'Afrique, sont en résonnance avec la France et le reste du monde.
 
1. Oralité augmentée
  • Diffusion des connaissances
  • Réseaux sociaux
  • Innovations technologiques
L'Afrique utilise depuis des siècles des formes visuelles, orales et écrites, matérielles et immatérielles, pour transmettre des idées, des savoirs et des connaissances. Qu'il s'agisse des hiéroglyphes de l'Égypte antique, de l'alphabet Guèze[1], des récits des griots du Mandé[2], de la symbolique des poids Akan[3] à peser l'or du 13ème siècle, des codes rythmiques des tambours ou du Kebra Nagast[4], les exemples sont multiples.
Que signifie l'oralité au 21ème siècle ? La télévision, la radio, le cinéma ou l'opéra, sont des vecteurs traditionnels de diffusion orale de connaissances, d'histoires ou de morale. Ils partagent aujourd'hui cette mission de transmission avec de nouveaux supports nés des innovations liées au numérique : Internet, Twitter, Instagram, et toutes les applications qui véhiculent des idées à travers des émoticônes.
 
2. Économie et fabulation
  • Redistribution des ressources
  • Flux financiers
  • Émancipation économique
Dans de nombreux pays africains, la redistribution des ressources ne passe pas par les États: un salaire peut faire vivre plus de dix personnes. Et dans certains pays, l'économie dite informelle, qui représente plus de la moitié de l'économie nationale, ne devrait-elle pas accéder au statut d'économie officielle? Les populations des villes frontalières ont depuis longtemps transcendé les taux de change via des devises occidentales en utilisant des systèmes d'équivalence qui remontent parfois au Moyen-Âge. Les transferts d'argent réalisés par les expatriés africains vers l'Afrique ont représenté plus de 60 milliards de dollars en 2016. En empruntant des voies médianes telles que le Hawala[5], Western Union, MoneyGram, et Orange Money, ces transferts remettent en question la pertinence des flux financiers bancaires. Grâce aux réseaux de solidarités familiaux et corporatistes, l'émancipation économique n'est pas toujours un mythe. En cette année 2018 certains pays africains (Ghana, Éthiopie, Côte d'Ivoire, Djibouti, Sénégal, Tanzanie) réaliseront un taux de croissance entre 6,8% et 8%. Infrastructures, monde rural, chômeurs, politiciens, affairistes, multinationales... à qui profitera cette prospérité annoncée ?
Et pendant ce temps, en France et en Occident, le phénomène du crowdfunding (financement participatif) prend de l'ampleur sur Internet et les réseaux sociaux.
 
3. Archivage d'histoires imaginaires
  • Histoires
  • Mémoire
  • Archives
Comment nos histoires personnelles, familiales, nationales, régionales et continentales sont-elles en lien avec l'Histoire du monde ? À travers quels prismes se raconte l'histoire et quels sont les véhicules de transmission ? L'histoire vue par le chasseur est-elle encore la seule valable ? À l'heure des réseaux sociaux et des lanceurs d'alertes, les rôles et les responsabilités se sont démultipliés et les faits divers prennent souvent le pas sur le recul et l'analyse pondérée. Comment se transmet la mémoire et dans quels buts ? Avons-nous vraiment appris des erreurs du passé ? La mémoire n'est-elle pas parfois instrumentalisée pour servir des dessins populistes et attiser les haines ? Qui archive quoi, au nom de qui, et pour quoi faire ? Qui décide de ce qui est majeur et de ce qui relève de l'anecdotique ? Que faisons-nous de nos archives personnelles ? Que diront les milliards de messages audios et de sms sur nos téléphones mobiles, de courriels, de comptes de réseaux sociaux et de sites Internet de l'état de l'humanité au 21ème siècle ?
Les historiens ne sont pas les seuls à se pencher sur ces questions à résonnance existentielle.
 
4. Fiction et mouvements (non) autorisés
  • Circulation des personnes, des idées et des biens
  • Territoire
Les êtres humains circulent sur la planète depuis l'aube de l'humanité. Et au cours de leurs déplacements, ils transportent des conceptions du monde qui impactent et sont impactées par d'autres peuples. Si les murs, les barbelés et les visas contraignants parviennent aujourd'hui à ralentir les déplacements, ils ne pourront jamais les endiguer.
Un vol Conakry–Bruxelles (6 368 km) coûte moins cher qu'un Conakry–Lagos (2 790 km). Pour un Dakar–Luanda, un vol via le Portugal dure 15h30, tandis qu'un vol avec deux escales sur le continent dure 19h40. Sur les 54 pays du continent, le nombre de visas obligatoires avant le départ varie : 4 pour un Français et environ 35 pour un Kenyan. Voyager à sa guise ne dépend pas uniquement de son pouvoir d'achat, mais également de sa nationalité. Ceci explique peut-être la multiplication des voyages virtuels et des cyber communautés à travers le monde.
Les plus grands camps de réfugiés africains ne sont pas en Italie ou en France. Ils sont au Kenya, en Ouganda, en Tanzanie, au Soudan du Sud et en Éthiopie. Les seize pays de la Communauté Économique des États d'Afrique de l'Ouest, qui ont le même passeport depuis 2000, ont validé en 2016 le projet de remplacer toutes les cartes nationales d'identité par une seule carte régionale d'identité. Cette décision concerne plus de 380 millions de personnes sur un territoire de plus de 5 millions de km2. Que penser dès lors des concepts de nation, de frontière et d'identité ? L'Afrique de l'Ouest est-elle en train de reconstituer les contours des royaumes et des empires ouest-africains du Moyen-Âge en faisant un pied de nez aux frontières héritées de la conférence de Berlin de 1885 ? Tente-t-elle, en s'appuyant sur l'Histoire de la région, de renforcer un sentiment d'appartenance transnationale dans un contexte mondial où de nombreux pays optent pour le repli sur soi et le nationalisme ?
 
5. Systèmes de désobéissance
  • Consciences et mouvements politiques
  • Citoyenneté
Grèves, manifestations, boycotts, occupations de l'espace publique, militantisme, activisme : à quel moment de sa vie décide-t-on de s'impliquer dans un mouvement citoyen ou un parti politique ? Quelles sont les différentes formes d'engagement ? La résistance passe-t-elle nécessairement par des actes collectifs ou violents ? La résistance passive et la désobéissance civile produisent-elles vraiment les effets escomptés ? Doit-on sacrifier ses intérêts personnels au profit de l'intérêt collectif ? Dans un contexte mondial où les libertés de circuler et de s'exprimer sont mises à mal, où les crises identitaires et xénophobes se multiplient, où les partis politiques populistes gagnent du terrain, et où le chacun pour soi se banalise, comment se construisent les consciences citoyennes basées sur un principe d'altérité et de solidarité ? À quel moment avons-nous oublié qu'il n'y a qu'une seule race, la race humaine ?
Les artistes, les commissaires d'exposition et les intellectuels explorent inlassablement ces questions depuis plusieurs décennies.
 
Chaque projet devra être construit autour d'un ou plusieurs de ces axes de réflexion.
 
 

IV • ARCHITECTURE D'AFRICA 2020

  • Des projets pluridisciplinaires sur tout le territoire français
  • Des quartiers généraux dans chaque région française
  • Des projets itinérants (projections, master classes, ateliers créatifs)
  • Une visibilité en Afrique
 
Projets
La programmation sera articulée autour d'une série de projets pluridisciplinaires à forte visibilité, en privilégiant des propositions d'envergure stratégiquement structurées : les institutions françaises sont encouragées à construire des projets à plusieurs, en partenariat avec des acteurs africains.
 
Quartiers généraux (QG Africa 2020)
Abrité par une institution culturelle française, un Quartier général sera conçu dans l'esprit d'un petit centre culturel panafricain temporaire accueillant des projets pluridisciplinaires (expositions, spectacles, concerts, projections de films, tables rondes, master classes, ateliers créatifs, expériences culinaires). Chaque QG Africa 2020 sera mis en œuvre par une équipe panafricano-française qui, en collaboration avec des associations africaines et des spécialistes de la médiation culturelle, développera une programmation sur plusieurs semaines, en résonnance avec un ou plusieurs des cinq axes de réflexion de la Saison. L'objectif de la mise en place des QG est de multiplier les opportunités de rencontres entre acteurs africains (opérateurs, artistes, intellectuels) et le public français afin de favoriser des espaces d'échange autour des axes de réflexion portés par la Saison. La création de QG dans différentes villes de France permettra de fidéliser un public de proximité qui pourra associer la Saison à une permanence. Un QG sera un lieu de rencontres, d'échanges, d'expérimentation, de convivialité et également d'information sur les projets proposés dans la région et sur le reste du territoire français.
 
Projets itinérants
Une série de projets axés sur le numérique et l'éducation pourront être présentés dans différents lieux partenaires d'Africa 2020. Ces projets mobiles permettront des actions de médiation ciblées à travers des outils pédagogiques, des projections, des master-classes, des ateliers créatifs, des hackathons, et des jeux vidéo.
 
Visibilité en Afrique
Africa 2020 se déroulera sur le territoire français. La Commissaire générale souhaite que certains projets puissent également être présentés en Afrique.
 
Parmi les pistes à envisager :
  • Présentation des projets itinérants axés sur le numérique dans l'Hexagone dans une sélection de pays africains;
  • Présentation d'une étape intermédiaire d'un projet dans le pays du partenaire africain (résidence de création, étape de restitution, projection de films) ;
  • Organisation de tables rondes et de conférences autour des cinq axes de réflexion d'Africa 2020 dans des centres d'art indépendants ou des universités en Afrique ;
  • Une campagne de communication sur tous les supports (radio, télévision, Internet, réseaux sociaux, presse papier) en Afrique.
 
 

V • Calendrier et contacts

D’ici fin novembre 2018
Les institutions françaises manifestent leur volonté de participer à la Saison Africa 2020.
Elles indiquent le ou les axes autour desquels elles souhaitent construire un projet ou un QG.
Chaque institution française est mise en contact avec des professionnels africains afin de trouver un partenaire avec lequel elle concevra un projet.
 
Mars 2019
L'équipe constituée soumet son projet au Pôle des Saisons dans le cadre de la première réunion du comité de sélection.
 
Juin 2019
La cartographie de la programmation d'Africa 2020 est définie.
 
Le Comité de sélection, composé à parité de cinq professionnels Africains et de cinq représentants de ministères français, définira l’éventuel niveau du soutien financier apporté à chaque projet.
 
Contact pour toute information sur la Saison
 
 
[1] 7ème siècle avant JC, Érythrée et Éthiopie.
 
[2] Sahel Occidental.
 
[3] Les poids figuratifs et non figuratifs akans (actuels Côte d'Ivoire et Ghana) à peser l'or, hormis leur fonction première de système pondéral, ont servi d'alphabet, de proverbes et de dictons.
 
[4] L'ouvrage La Gloire des Rois (début du 14ème siècle), une association de légendes populaires éthiopiennes, de traditions bibliques, talmudiques et coraniques, est un récit épique fondateur de l'Empire d'Éthiopie.
 
[5] Système de transfert de fonds né au Moyen-Âge (route de la soie, routes des caravanes du Sahel).