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L'adaptation littéraire au cinéma

Dès les débuts du cinéma, des livres ont été adaptés pour le grand écran. George Méliès avait déjà emprunté à l’écrivain Jules Verne son univers fantastique dans le court métrage Le Voyage dans la lune (1902). On peut citer également Le Mystère de la chambre jaune et Le Parfum de la dame en noir, films adaptés de l’œuvre de Gaston Leroux par Emile Chautard et Maurice Tourneur en 1913, ou L’Etroit mousquetaire de Max Linder (1922), adaptation loufoque du roman d’Alexandre Dumas, ou encore Les Misérables d’après Victor Hugo - dont la première adaptation eu lieu en 1925 et sera suivi d’une dizaine d’autres.
L’adaptation cinématographique des œuvres littéraires soulève des questions d’ordre techniques et esthétiques. Mais c’est aussi une opération qui, au gré de succès et d’échecs variés, peut paraître problématique. L’adaptation sera parfois envisagée comme vol ou détournement d’une œuvre, parfois comme une trahison ou comme support pour l’imagination des cinéastes mais aussi comme très fidèle à l’œuvre originale.
 

Adaptation d’œuvres littéraires

 
Une vie de Stéphane Brizé, 2015, 90 min
Le film est l'adaptation du premier roman du même nom de Guy de Maupassant et paru pour la première fois en 1883.
Supports : à venir (film en cours d’acquisition)
A venir
 
Normandie, 1819. A peine sortie du couvent où elle a fait ses études, Jeanne Le Perthuis des Vauds, jeune femme trop protégée et encore pleine des rêves de l'enfance, se marie avec Julien de Lamare. Très vite, il se révèle pingre, brutal et volage. Les illusions de Jeanne commencent alors peu à peu à s'envoler
« L'adaptation est une appropriation. Pour être fidèle, il fallait trahir. Notion qui peut d'ailleurs paraître ironique au regard de l'histoire de Jeanne. Mais là, le roman est une montagne. Pas en volume mais en pure littérature. Il s'agit alors de se défaire du littéraire pour accéder au cinéma. C'est ce qui est le plus compliqué en fait. Car le roman de Maupassant impose une telle structure, le style prend tellement de place, qu'il est compliqué de s'en débarrasser. Tout en gardant la trame narrative, il faut tordre le cou à la puissance littéraire pour s'approcher d'une narration de cinéma ». Stéphane Brizé.
 

 
La Jeune fille sans mains de Sébastien Laudenbach, 2016, 73 min
Le film est une adaptation d’un conte des frères Grimm.
Supports : à venir (en cour d’acquisition)
 
En des temps difficiles, un meunier vend sa fille au Diable. Protégée par sa pureté, elle lui échappe mais est privée de ses mains. Cheminant loin de sa famille, elle rencontre la déesse de l'eau, un doux jardinier et le prince en son château. Un long périple vers la lumière...
« De cet implacable récit métaphorique sur la noirceur de la nature humaine, Sébastien Laudenbach tire un film d'animation lumineux, une œuvre qui ne cesse de se réinventer sous nos yeux. Les silhouettes, suggérées en quelques traits sûrs et gracieux, dont la pureté rappelle le travail de Matisse, se forment et se défont. Le film s'empare de l'histoire originelle avec une liberté et une poésie étonnantes. » Cécile Mury, Télérama décembre 2016
 
 

 
Corniche Kennedy de Dominique Cabrera, 2016, 94 min
Le film est l’adaptation d’un roman de Maylis de Kerangal.
Supports : blu-ray
 
Dans le bleu de la Méditerranée, au pied des luxueuses villas, les minots de Marseille défient les lois de la gravité. Marco, Mehdi, Franck, Mélissa, Hamza, Mamaa, Julie : filles et garçons plongent, s'envolent, prennent des risques pour vivre plus fort. Suzanne les dévore des yeux depuis sa villa chic. Leurs corps libres, leurs excès. Elle veut en être. Elle va en être.
La réalisatrice revient sur son envie d'adapter Corniche Kennedy au cinéma :
« Depuis longtemps, je voulais faire un film à Marseille, qui est une ville que j’adore…J’ai donc cherché une histoire qui se passe là-bas, lu beaucoup de romans et Corniche Kennedy m’a happée. » Dans le roman original, le personnage du commissaire est un homme. Dominique Cabrera a décidé d'en faire une femme incarnée par Aïssa Maïga : "J’ai dû me projeter dans ce personnage de flic qui observe ces jeunes… Et je l’ai écrit au féminin ! »
 
 
 

 
Les Malheurs de Sophie de Christophe Honoré, 2015,
107 min
Le film est une adaptation du roman pour enfants écrit par la Comtesse de Ségur et publié en 1858.
Supports : DCP st anglais/espagnol, téléchargement sur IFcinema
 
Depuis son château, la petite Sophie ne peut résister à la tentation de l’interdit et ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est faire des bêtises avec son cousin Paul. Lorsque ses parents décident de rejoindre l’Amérique, Sophie est enchantée. Un an plus tard, elle est de retour en France avec son horrible belle-mère, Madame Fichini. Mais Sophie va pouvoir compter sur l’aide de ses deux amies, les petites filles modèles, et de leur mère, Madame de Fleurville pour se sauver des griffes de cette femme.
C'est la 3ème adaptation cinématographique de l'oeuvre après une première réalisée en 1946 par Jacqueline Audry et une seconde mise en scène par Jean-Claude Brialy en 1980.
Le réalisateur a pris quelques libertés avec le roman original en mélangeant les intrigues des Malheurs de Sophie et des Petites filles modèles. « Il m’a semblé qu’en réunissant dans un même film « Les Malheurs de Sophie » et « Les Petites Filles modèles », je pouvais construire un modèle de récit brisé que j’affectionne. L’idylle et la disgrâce. Et surtout, je pouvais compter sur un héros enfant. J’étais très curieux de pouvoir filmer pendant des semaines une petite fille de cinq ans" (Christophe Honoré).
 
 

 
Les Souvenirs de Jean-Paul  Rouve, 2014, 96 min
Le film est l'adaptation cinématographique du roman éponyme de David Foenkinos paru aux éditions Gallimard en 2011.
Supports : téléchargement sur IFcinema, DCP et blu-ray st anglais/espagnol
 
Romain a 23 ans. Il aimerait être écrivain mais, pour l'instant, il est veilleur de nuit dans un hôtel. Son père a 62 ans. Il part à la retraite et fait semblant de s'en foutre. Son colocataire a 24 ans. Il ne pense qu'à une chose : séduire une fille, n'importe laquelle et par tous les moyens. Sa grand-mère a 85 ans. Elle se retrouve en maison de retraite et se demande ce qu'elle fait avec tous ces vieux. Un jour son père débarque en catastrophe. Sa grand-mère a disparu. Elle s'est évadée en quelque sorte. Romain part à sa recherche, quelque part dans ses souvenirs
Une histoire remaniée : David Foenkinos avait déjà écrit une version dialoguée de son roman avant de le proposer à Jean-Paul Rouve. Ils ont finalement décidé d'adapter uniquement les deux tiers du livre. En effet, ils ont occulté la fin de l'histoire qui évoquait la vie de Romain avec Louise. Par ailleurs, d'autres modifications scénaristiques ont été apportées, telles que l'apparition du colocataire et l'épaisseur donnée au personnage du père. Par le passé, l'auteur a lui-même transposé à l'écran, avec la collaboration de son frère Stéphane, un autre de ses livres, La Délicatesse.
 

 
OSS 117, Rio de répond plus de Michel Hazanavicius, 2008, 100 min
Le film est l’adaptation de l’œuvre de Jean Bruce parue entre 1949 et 1963.
Supports : DCP et blu-ray st anglais/espagnol
 
Lancé sur les traces d’un microfilm compromettant pour l’Etat français, le plus célèbre de nos agents va devoir faire équipe avec la plus séduisante des lieutenants-colonels du Mossad pour capturer un nazi maître chanteur. Des plages ensoleillées de Rio aux luxuriantes forêts amazoniennes, des plus profondes grottes secrètes au sommet du Christ du Corcovado, c’est une nouvelle aventure qui commence. Quel que soit le danger, quel que soit l’enjeu, on peut toujours compter sur Hubert Bonisseur de la Bath pour s’en sortir …
Le film marque la neuvième apparition de l'agent OSS 117 sur grand écran et la seconde adaptée par Michel Hazanavicius. Différence notable, les sept premiers films adoptaient un ton tout à fait classique de film d'espionnage, alors que le film emmené par Jean Dujardin est ouvertement parodique.
 
 

 
La Religieuse de Guillaume Nicloux, 2012, 107 min
Le film est adapté du roman de Denis Diderot publié à la fin du XVIIIe siècle.
Supports : téléchargement sur IFcinema, DCP et blu-ray st anglais/espagnol
 
XVIIIe siècle. Suzanne, 16 ans, est contrainte par sa famille à rentrer dans les ordres, alors qu’elle aspire à vivre dans « le monde ». Au couvent, elle est confrontée à l’arbitraire de la hiérarchie ecclésiastique : mères supérieures tour à tour bienveillantes, cruelles ou un peu trop aimantes… La passion et la force qui l’animent lui permettent de résister à la barbarie du couvent, poursuivant son unique but : lutter par tous les moyens pour retrouver sa liberté.
Choc à l'adolescence : le réalisateur est fortement lié au roman de Diderot, qu'il a découvert à l'adolescence après avoir rejeté l'éducation religieuse qu'il avait connue jusqu'alors : "En pleine révélation punk et anarchiste, je me suis mis à dévorer les livres, et parmi eux La Religieuse, que j’ai reçu de façon très violente dans ma révolte et le foisonnement de questions que je me posais ». Pour lui, si La Religieuse traite de l'enfermement contre son gré d'une jeune fille au couvent, sa force vient avant tout du fait que le film aborde des thèmes encore sensibles de nos jours. Il raconte : "Les sujets traités dans La Religieuse sont des plus modernes. Le plus intéressant c’est l’évidente contemporanéité du sujet et l’impact qu’il produit sur de jeunes personnes. À son sens, peu de choses semblent avoir changé entre le XVIIIème siècle de Diderot et notre monde actuel."
C'est la troisième fois que le réalisateur adapte un roman au cinéma, après Le poulpe en 1998, inspiré de la collection de romans policiers du même nom, et Le Concile de pierre, adapté du roman de Jean-Christophe Grangé en 2006.
 

 
Michael Kohlhaas d’Arnaud des Pallières, 2013, 122 min
Il s'agit à l'origine d'une nouvelle, écrite par Heinrich von Kleist en 1810.
Supports : téléchargement sur IFcinema, blu-ray st anglais/espagnol
 
Au XVIème siècle dans les Cévennes, le marchand de chevaux Michael Kohlhaas mène une vie familiale prospère et heureuse. Victime de l'injustice d'un seigneur, cet homme pieux et intègre lève une armée et met le pays à feu et à sang pour rétablir son droit.
Arnaud des Pallières a nourri pendant 25 ans l'envie d'adapter Michael Kohlhaas au cinéma, sans jamais oser se lancer véritablement : "J’étais jeune, un tel film risquait d’être cher, complexe à mettre en oeuvre", explique-t-il. "Je pensais donc devoir attendre une sagesse et une maîtrise… qui ne sont jamais venues. Et j’ai fini par me dire, 25 ans plus tard, que si j’attendais je ne sais quel don du ciel, je pourrais bien ne jamais faire ce film. Et que quelqu’un allait finir par le faire à ma place…"
Libre adaptation : bien que l'histoire de la nouvelle se déroule à l'origine en Allemagne, Arnaud des Pallières a choisi de "franciser" l'histoire pour y ajouter sa touche personnelle et tourner dans la langue française. Le cinéaste a également souhaité développer des personnages secondaires, afin d'étoffer le film et éviter d'isoler le héros.
 

 
L’Amour est un crime parfait de Jean-Marie et Arnaud Larrieu, 2013, 135 min
Le film est l'adaptation d'un roman de Philippe Djian publié chez Gallimard en 2010, Incidences.
Supports : téléchargement sur IFcinema, DCP et blu-ray st anglais/espagnol
 
Professeur de littérature à l’université de Lausanne, Marc a la réputation de collectionner les aventures amoureuses avec ses étudiantes. Quelques jours après la disparition de la plus brillante d’entre elles qui était sa dernière conquête, il rencontre Anna qui cherche à en savoir plus sur sa belle fille disparue.
Alors que le roman qui est à l'origine du film commençait à l'arrivée du printemps, Jean-Marie et Arnaud Larrieu ont décidé de placer l’action en l'hiver car le blanc de la neige s'imposait visuellement pour rendre compte des pertes de mémoire du personnage interprété par Mathieu Amalric. « …Du livre, le film parcourt fidèlement les grandes lignes tortueuses, non sans y procéder à quelques coupes franches, afin d’en différer les tours les plus explicatifs aux ultimes tremblements du récit et d’en cultiver ainsi toutes les ambiguïtés… » Julien Gester – Libération, 14 janvier 2014.
Ce n'est pas la première fois que cet auteur est adapté au cinéma. En effet, outre Incidences, quatre autres de ses romans ont été adaptés : en 1986, Bleu comme l’enfer par Yves Boisset et 37°2 le matin par Jean-Jacques Beneix, en 2011 Impardonnables par André Téchiné, et en 2016 Elle de Paul Verhoeven, adapté de Oh…
 

 
38 témoins de Lucas Belvaux, 2010, 104 min
Le film est une adaptation du roman de Didier Decoin, "Est-ce ainsi que les femmes meurent ?", publié en 2009 aux éditions Grasset et Fasquelle.
Support : téléchargement sur IFcinema
 
Alors qu'elle rentre d'un voyage professionnel en Chine, Louise découvre que sa rue a été le théâtre d'un crime. Aucun témoin, tout le monde dormait. Paraît-il. Pierre, son mari, travaillait. Il était en mer. Paraît-il… La police enquête, la presse aussi. Jusqu'à cette nuit où Louise rêve. Elle rêve que Pierre lui parle dans son sommeil. Qu'il lui parle longuement. Lui qui, d'habitude, parle si peu…
Inspiration : Georges Simenon. Lucas Belvaux lui-même reconnaît s’être inspiré du célèbre écrivain de roman policier. Plus que le fait divers, la principale raison qui a motivé Lucas Belvaux à adapter le roman de Didier Decoin se situe dans les thèmes inhérents à cette histoire, comme la justice, le mensonge, la lâcheté, le couple, etc. Le réalisateur voulait parler des gens, et de leurs comportements par rapport à cette situation particulière, tout en y confrontant le spectateur, en le rendant "témoin des témoins".
 

 
Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle, 1957, 90 min
Le film est adapté du roman du même nom de Noël Calef
paru chez Fayard en 1956. Les dialogues sont de Roger Nimier.
Supports : 35 mm, DCP st anglais/espagnol, téléchargement sur Ifcinema
 
Julien Tavernier et Florence Carala, sa maîtresse, ont mis au point un crime parfait pour se débarrasser de Simon Carala, le mari. Un premier grain de sable (un ascenseur bloqué) met en échec la mécanique froide. Pendant que Florence cherche Julien dans Paris, un jeune couple inconscient, second grain de sable, précipite l'échec des amants.
Ascenseur pour l’échafaud est un film à multiple détentes. Les amateurs de romans noirs l’aiment grâce au polar originel signé Noël Calef, les amateurs de littérature parce que Roger Nimier le hussard a écrit une partie du scénario ainsi que ses dialogues, les amateurs de Jazz parce que Miles Davis en a composé la musique, les amateurs de cinéma parce que Jeanne Moreau y est belle et fatale. Enfin c’est le premier long métrage de fiction d’un cinéaste à part qui n’a que 25 ans. Il avoue s'être inspiré d’Alfred Hitchcock, et de l'oeuvre de Robert Bresson, avec qui il collabore sur Un condamne a mort s'est échappé (1956) comme assistant. A noter : dans l’œuvre originale, le personnage incarné par Jeanne Moreau n’existe pas.
 

 
Léon Morin, prêtre de Jean-Pierre Melville, 1961, 130 min
Adaptation du roman Léon Morin, prêtre de Béatrix Beck, publié en 1952 et prix Goncourt.
Support : DCP st anglais/espagnol
 
Durant l'occupation, dans une ville de province, la jeune veuve de guerre d'un juif communiste, mère d'une fillette, défie un prêtre sur le terrain de la religion. Certaine de sa rhétorique, elle est pourtant déconcertée par les réponses qu'il lui donne. Peu à peu, elle perd pied. Chaque nouvelle rencontre avec ce prêtre la rapprochera de la conversion. Sa résistance cédera devant le travail de la grâce. Une amie lui ouvrira involontairement les yeux sur l'une des raisons de sa conversion : l'Abbé Morin est beau.
« C'est à la vision de Hiroshima mon amour d'Alain Resnais (1959) et de Classe tout risques de Claude Sautet (1960) que les choix d'Emmanuelle Riva et de Jean-Paul Belmondo apparaissent comme une évidence à Jean-Pierre Melville pour incarner les personnages de Léon Morin, prêtre. En adaptant le roman de Béatrix Beck, le jeune prêtre (qui n'est pourtant pas le personnage principal) s'impose au cinéaste qui souhaite développer l'idée de l'impossibilité de la conversion. La mise en scène acérée et la narration elliptique et innovante font ressortir les tensions historiques, philosophiques et sentimentales du récit. » Annabelle Aventurin – La Cinémathèque française.
 

 
Le Doulos de Jean-Pierre Melville, 1962, 108 min
Le film est l'adaptation d'un roman policier de Pierre Lesou paru en 1957.
Supports :  DCP st anglais/espagnol, 35 mm vf, vfsta, vfste
 
A sa sortie de prison, Maurice Faugel apprend le meurtre de sa femme et, consumé par le désespoir, tue le receleur chez qui il logeait avant de lui voler ses bijoux. Puis, il prépare un casse avec son complice Rémy et demande l'aide de Silien pour le matériel. Ce dernier, appelé le doulos, est craint par tous car on le prend pour un indicateur de la police.
Le producteur Georges de Beauregard a donné carte blanche à Jean-Pierre Melville pour tourner un film à deux conditions. D'une part, le projet devait se monter très rapidement. D'autre part, le film devait suivre une intrigue policière. Jean-Pierre Melville adapta donc un roman de Pierre Lesou en huit jours.
 

 
Le Silence de la mer de Jean-Pierre Melville, 1947, 86 min
Le film est adapté de la nouvelle de Vercors.
Support : DCP st anglais/espagnol
 
Lors de la dernière guerre mondiale, un officier allemand est logé chez un vieux monsieur et sa nièce. Amoureux de la France et de sa culture, l'officier leur rend visite chaque soir pour les entretenir de ses diverses réflexions. Mais les habitants opposent à leur locataire un silence déterminé.
Jean-Pierre Melville s’était porté garant de brûler le négatif si une fois le film terminé et projeté devant un jury de résistants, une seule voix s'élevait contre le film.
L'adaptation est ici atypique par rapport aux adaptations postérieures auxquelles Melville se confrontera. La survie du film tenait à une fidélité exemplaire à l'ouvrage sous peine de voir le négatif passer par les flammes en cas de désaccord du jury. C'est ainsi que la fidélité au texte transpire tant sur le fond que sur la forme. Melville n'était déjà pas toutefois du genre à s'asservir au moyen d'un livre, fut-il Le Silence de la mer. Outre le style « melvillien » du film et la touche personnelle du réalisateur, plusieurs libertés ont été prises. Il s'agit de modifications apparemment bénignes mais qui en fait changent la structure de l'œuvre, ou au moins l'orientent dans un sens qu’elle ne privilégiait pas nécessairement.
 

L’Armée des ombres de Jean-Pierre Melville, 1969, 1401 min
Le film est adapté du roman éponyme de Joseph Kessel paru en 1943.
Support : DCP st anglais/espagnol
 
France, 1942. L’ingénieur Philippe Gerbier est incarcéré, puis transféré à la Gestapo, d’où il parvient à s’évader. Il se révèle être l’un des chefs de la Résistance, des hommes et des femmes que tout sépare, sauf la nécessité d’agir. C’est un long voyage au bout de la nuit qui commence pour ces soldats de la clandestinité, entre transmissions de renseignements et assassinats politiques, traqués par la Gestapo et la police de Vichy. Un voyage qui sera sans issue pour la plupart d’entre eux.
Jean-Pierre Melville suit assez fidèlement le roman de Joseph Kessel, mais ajoute quelques détails de ses propres souvenirs de résistant. Le cinéaste portait ce projet en lui depuis bien longtemps, sans doute depuis sa découverte du roman de Joseph Kessel en 1943. Alors que le livre était un témoignage à chaud sur la Résistance, le réalisateur se proposa d’en offrir une lecture plus distanciée, qu’il qualifia de "rêverie rétrospective". "L’Armée des ombres est le livre sur la Résistance : c’est le plus beau et le plus complet des documents sur cette époque tragique de l’histoire de l’humanité. Néanmoins, je n’avais pas l’intention de faire un film sur la Résistance. J’ai donc enlevé tout réalisme, à une exception près : l’Occupation allemande ».
 

 
Le Mépris de Jean-Luc Godard, 1963, 104 min
Ce film est l'adaptation du roman éponyme d'Alberto Moravia (1954).
Supports : téléchargement sur IFcinema, DCP et blu ray st anglais/espagnol
 
Le film raconte le lent et progressif déchirement d’un couple. Paul Javal, scénariste, et sa jeune femme semblent former un couple uni. Un incident apparemment anodin avec un producteur va conduire la jeune femme à mépriser profondément son mari.
Jean-Luc Godard a essayé de rester fidèle au déroulement de l'intrigue du livre même s'il a apporté plusieurs modifications. Le roman de Moravia est notamment construit sous la forme d'un monologue de l'écrivain devenu scénariste pour le cinéma tandis que dans le film le point de vue est moins nettement fixé. Ainsi, si Godard reprend parfois mot pour mot des passages du livre (lus en voix off par Bardot et Piccoli) et transpose certaines scènes clés en restant très proche de la trame telle qu’écrite par Moravia, il invente par ailleurs de nouvelles séquences, modifie l’histoire (dans le livre, le tournage du film n’a pas commencé quand Paul est sollicité), et surtout change les caractères de certains personnages.
 

 

La Planète sauvage de René Laloux, 1973, 72 min
Le film est adapté d’un roman de Stefan Wul « Oms en série » paru en 1957 –dessin de Roland Topor, 1973, 72 min
Supports : DCP, IFCinéma
 
Sur la planète Ygam vivent les draags, une espèce d'humanoïdes mesurant douze mètres de haut. Ils ont atteint les plus hauts sommets de la connaissance. Les enfants des draags raffolent de minuscules animaux familiers, les oms, ramenés d'une lointaine planète dévastée, Terra. Mais un jour, l'Om de la jeune Tiwa se révèle plus intelligent et va déclencher une révolte...
 
La Planète Sauvage est une adaptation poétique du roman. Ce que René Laloux a apprécié dans le roman de Stefan Wul, c'est "un beau thème, au travers d'une belle histoire". Mais il pensait qu'il était plus difficile d'aborder le fantastique et le futurisme de l'œuvre avec des personnages imaginaires dans un long-métrage d'animation qu'avec des personnages incarnés par des acteurs. D'où une approche prudente de l'œuvre qui gomme certains épisodes et élimine certains paradoxes du livre.
Représentant des humains ravalés au rang d'animaux domestiques des gigantesques Draags, Laloux met en scène une réflexion sur l'intelligence, la société, la politique et la nature humaine. Le film prend aussi quelques libertés avec l'œuvre originale. Deux points sont à relever particulièrement : dans le film les Oms décident de se rendre sur le satellite naturel de la planète à bord de fusées tandis que dans le livre ils rejoignent un continent inhabité à l'aide de bateaux. Surtout, la méditation des Draags, élément clé du film et de son dénouement, est absente du roman. Là où le film décrit des Oms capables de vaincre les Draags en détruisant les extra-terrestres réceptacles de leurs esprits en méditation (création pure des scénaristes du film), le roman décrit simplement une défense acharnée des Oms face aux attaques militaires des Draags.
 

 
La Marquise d’O de Eric Rohmer – 1976, vo allemand – 110 min
Eric Rohmer réalisait ici sa première adaptation littéraire, d'après une nouvelle de l'allemand Heinrich von Kleist publiée en 1808.
Supports : DCP vo allemande st français/anglais/espagnol, 35 mm vo sta, vfr sta
 
Nous sommes au 17e siècle dans une petite ville de Prusse. Lors de la prise d'assaut de cette ville par une armée étrangère, la Marquise d'O, jeune et jolie veuve, est sauvée des pillards par un comte-officier de l'armée assaillante. Ce jeune comte va faire preuve d'un étonnant empressement en demandant la Marquise en mariage, immédiatement après ces événements…
« Suivre mot à mot le texte de Kleist, tracer un tableau de mœurs qui fût scrupuleusement conforme à la réalité historique, épouser sans aucune "distanciation" (sinon celle voulue par l'auteur) la sensibilité de l'époque, rajeunir l'œuvre non pas en la rendant contemporaine, mais en faisant de nous ses contemporains : telle fut la règle d'or du cinéaste. En somme, avec La Marquise d'O, Rohmer a réalisé le premier film du XIXe siècle, un film plein d'éclat
et de fraîcheur, résolument « moderne », et dont, au générique, il a tenu à partager la paternité avec son jeune scénariste. » — Jean de Baroncelli, Le Monde, 19 mai 1976.
 

 
Le Roi et l’oiseau, film d’animation de Paul Grimault, 1980, scénario et dialogues de Jacques Prévert, 87 min, d’après La Bergère et le Ramoneur de Hans Christian Andersen. Sorti en 1980, sa préparation a commencé dès 1946.
Disponible sur DCP, blu ray et en téléchargement sur IFcinema
 
Dans l'appartement secret de Sa Majesté, un peintre met la dernière main au portrait du roi. Mais il a oublié de dessiner d'abord une cage. Et le portrait, qui est l'âme damnée du roi, supprime son modèle et prend sa place. Du coup, l'essence des choses se révèle, l'inexprimable peut s'exprimer.
Jacques Prévert a travaillé près de trente ans avec Paul Grimault sur ce film et travailla sur les dialogues jusqu’à son dernier souffle.
 

 
Mélo d’Alain Resnais, 1986, 112 min
Le film est adapté de la pièce éponyme d'Henry Bernstein écrite en 1929.Supports : DCP st anglais/espagnol, 35 mm vf, vf sta, vfste
 
Pierre, violoniste, invite un de ses amis virtuose, Marcel, à dîner et lui présente sa jeune femme, Romaine. Marcel et Romaine vont s'éprendre passionnément l'un de l'autre.
Tous les paradoxes, le goût de l’inattendu et de la surprise – pour lui et le spectateur – de Resnais sont là : le réalisateur adapte une pièce de boulevard des années 20, écrite par un auteur à succès longtemps jugé démodé, Henry Bernstein. Resnais se met entièrement au service de la pièce : la scénographie théâtrale – décors stylisés, histoire centrée autour de trois personnages, le mari, la femme, l’amant –  privilégie les dialogues et les longs plans.
 
 

 
Adolphe de Benoît Jacquot, 2002, 103 min
Ce film est l'adaptation du roman Adolphe de Benjamin Constant publié en 1816.
Supports : 35 mm vf, vfsta, vfste
 
Adolphe, 24 ans, jeune homme désœuvré, décide d'entreprendre la conquête d'Eléonore, la trentaine, une femme très belle et bien plus vulnérable. Elle lui cède et, pour lui, renonce à tout. Mais déjà, Adolphe aime moins. Mais l'idée de la faire souffrir lui est insupportable…
Le scénario d'Adolphe est signé par la romancière Chantal Thomas, auteure, entre autres, des Adieux à la reine. Cette élève de Roland Barthes a aidé Benoît Jacquot à porter à l'écran le classique de Benjamin Constant, réputé inadaptable.
 
 

 
Villa Amalia de Benoît Jacquot, 2008, 97 min
Le film est l’adaptation du livre de Pascal Quignard paru en 2006 chez Gallimard.
Supports : téléchargement sur IFcinema, blu-ray st anglais/espagnol
 
Comme la goutte d'eau fait déborder le vase, Ann voit une nuit Thomas embrasser une autre, et elle décide de le quitter, de tout quitter. Elle est musicienne, seule la musique la tient mais ne la retient pas. Elle ne tient qu'à la musique. Avec l'amitié de Georges, surgi de son enfance, elle rompt et fuit, part à la rencontre de son origine et de son destin, trouve une île, là où est la Villa Amalia.
« … si le fil narratif et tous les éléments dramatiques sont bien empruntés au roman de Pascal Quignard, leur élaboration ne suit que les besoins et les enjeux propres au film, dessine ses propres horizons. Et puis, entre ciel et eau, ces horizons se rejoignent. Dans son livre, Quignard prêtait à la pianiste et compositrice un génie particulier dans l’art de la réduction musicale. C’est cet art même qui préside à l’écriture de la fin du scénario… » Jean-Michel Frodon – Cahiers du cinéma – avril 2009
 
 

Adaptations de poèmes

 
Support : téléchargement sur IFcinema -
 
"En sortant de l’école” est une collection de 13 courts métrages d’animation de 3 minutes, qui se propose d’associer poétiquement, dans la liberté artistique la plus exigeante, 13 poèmes de Prévert à l’univers graphique de jeunes réalisateurs tout juste sortis des écoles d’animation françaises.
 

 
Support : téléchargement sur IFcinema
 
Après le succès de la saison 1 consacrée à Jacques Prévert, voici la saison 2 qui met les poèmes de Robert Desnos à l’honneur. 13 courts métrages d’animation de 3 minutes se proposent d’associer poétiquement, dans la liberté artistique la plus exigeante, 13 poèmes de Desnos à l’univers graphique de jeunes réalisateurs tout juste sortis des écoles d’animation françaises.
 

 
Support : téléchargement sur IFcinema
 
La collection En sortant de l’école poursuit sa route hors des sentiers battus pour une 3ème saison. Portée par la vision artistique de 14 jeunes réalisateurs tout juste diplômés, elle prend la main des spectateurs pour un petit voyage en poésie buissonnière et navigue de nouveau dans le XXème siècle pour mettre en lumière les poèmes de guillaume Apollinaire.
 

 

Michel Houellebecq : un écrivain devant la caméra

 
Il s’agit ici de considérer comment deux cinéastes se sont emparés du personnage de l’écrivain Michel Houellebecq.
 
L’enlèvement de Michel Houellebecq de Guillaume Nicloux, 2013, 92 min
Support : téléchargement sur IFcinema
 
L'écrivain Michel Houellebecq a une vie calme et sans imprévus, il se promène dans son quartier et discute avec ses amis. Mais un jour trois hommes rentrent avec lui dans son immeuble, le ligotent et l'enlèvent. Perplexe sur les volontés de ses ravisseurs qui semblent eux-mêmes dans l'incertitude de leur entreprise, ils vont tous se retrouver hébergés chez un couple de retraités, dans une semi-captivité bonne enfant et familiale où les sensibilités de chacun vont être mises à jour, le tout ponctué par les humeurs moroses et folkloriques du célèbre écrivain.
 
Near death expérience de Gustave Kervern et Benoît Delepine, 2014, 87 min
Support : téléchargement sur IFcinema
 
Paul, un employé sur une plateforme téléphonique, est en plein burn-out.
Un vendredi 13, la chronique du journal télévisé sur ce jour particulier lui apparaît comme un signal pour passer à l'acte. Décidé à concrétiser son geste, Il s'enfuit dans la montagne où il va vivre une expérience unique.
Le film de Guillaume Nicloux (avec l’écrivain dans son propre rôle) L'Enlèvement de Michel Houellebecq, est inspiré de faits (presque) réels. En effet, il y a quelques années, alors que Houellebecq était censé être reclus en Espagne, il ne donnait plus de signes de vie. Les médias se sont emparés de la nouvelle et très vite les rumeurs d’un enlèvement se sont répandues. « Le film est un portrait d’écrivain déguisé en chronique comico-criminelle, une mise en abyme où l’invention d’un récit et le fait divers servent de rampe de lancement. Son kidnapping donnant le coup d’envoi à une introspection par bandes transversales. Un terrain d’expérimentation où l’homme/écrivain se fond dans le personnage/écrivain, et où l’homme ôte lui-même les oripeaux du personnage » (Guillaume Nicloux).
« Il apporte ici sa silhouette si particulière et son autodérision au film. « Un corps d'acteur « spécial », un paysage semi-aride et quelques lignes de monologues existentiels marmonnés en voix off : voilà, grosso modo, à quoi se réduit cet ovni, brut de décoffrage » Jacques Morice, Télérama, 22/08/2015

Images
  •   "Une vie" de Stéphane Brizé  
  •   "Les Malheurs de Sophie" de Christophe Honoré  
  •   "Corniche Kennedy" de Dominique Cabrera  
  •   "L’Amour est un crime parfait" de Jean-Marie et Arnaud Larrieu,