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Sexualité et écriture - n°151 / juillet - septembre 2003


Tombeaux vezo à Morondava (Madagascar). ©J.-L. Joubert         

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L’envers de la mort…

Il y a quelques années, le choix du thème du présent numéro de Notre Librairie, «Sexualité et écriture», aurait pu sembler le comble de l’audace. Tant était puissant le stéréotype selon lequel les écrivains du Sud ne sauraient se départir d’une pudeur immémoriale, à l’opposé des dévergondages érotiques de la modernité occidentale, et en réaction contre le cliché colonial qui dotait les Africains d’une virilité pharamineuse.

D’où peut-être l’admirable chasteté de Samba Diallo, le héros de L’Aventure ambiguë. C’était sans doute oublier toute la charge érotique de certains textes des poètes de la négritude, Césaire et Senghor en premier. Et encore plus le tranquille usage de thèmes et de termes sexuels par la littérature orale. Jean Paulhan a bien montré que les hain-tenys de la tradition malgache avaient été systématiquement censurés par les missionnaires européens. Aujourd’hui, les romanciers, d’Afrique comme d’ailleurs, font un assez large usage d’images et de thématiques marquées par la sexualité. Sans prétendre donner un panorama exhaustif, ce numéro le montre en présentant de nombreux exemples. Reste qu’il n’est pas simple de dire (ou d’écrire) les choses sexuelles. Comme partout, on choisit de les dire sans les dire, de les déguiser par des figures de style (métaphore et métonymie sont les deux mamelles de la littérature érotique), ou au contraire de jouer sur des effets de provocation.

Le succès remarquable d’une collection de romans d’amour comme «Adoras» montre que les lecteurs (et lectrices) du Sud attendent des livres qu’ils leur apportent une nouvelle éducation sentimentale. Les temps changent. Répondre à ces attentes est peut-être un des défis que les jeunes écrivains peuvent tenter d’affronter.

Si la sexualité pose question, c’est parce qu’elle est du côté du risque, de l’excès, qu’elle est l’envers de la mort. Rien d’étonnant que sa mise en texte soit dérangeante, parfois subversive. La dénonciation romanesque des ogres du pouvoir les représente en monstres travaillés par la sexualité la plus bestiale. Mais à l’inverse, la relation amoureuse peut aider à transgresser les frontières de l’altérité.

Telles sont quelques-unes des pistes que ce numéro de notre revue voudrait proposer à l’exploration des lecteurs.

 

Jean-Louis JOUBERT
Directeur éditorial