Le lauréat de la Villa Kujoyama Benoît Buquet nous parle de l'exposition "Tarō Okamoto - Un Japon réinventé" au musée du Quai Branly

Publié le 31 juillet 2025

Lauréat de la Villa Kujoyama en 2018, Benoît Buquet est commissaire de l’exposition « Tarô Okamoto. Un Japon réinventé », qui se tient au musée du quai Branly– Jacques Chirac du 15 avril au 7 septembre 2025. Il nous parle de cette figure méconnue en France, de la création de cette exposition unique et des rencontres organisées avec le public, notamment la conférence donnée à la Maison de la culture du Japon à Paris dans le cadre du programme post-résidence de la Villa Kujoyama avec le soutien de l’Institut français. 

Vous avez été lauréat de la Villa Kujoyama en 2018. Pouvez-vous nous parler du projet qui a motivé votre résidence à Kyoto ?

En postulant à la Villa Kujoyama, je souhaitais partir sur les traces de l’Exposition universelle de 1970, qui eut lieu à Osaka. Dans le cadre de cette recherche, mon point d’entrée était le soleil noir, qui se trouve au dos de la Tour du Soleil réalisée par Okamoto Tarō. Il était important que cette résidence reste une exploration libre. Tout n’était pas balisé à l’avance et il fallait se laisser surprendre par ce qui pouvait arriver. J’ai pu trouver des matériaux d’une richesse incroyable, qu’il s’agisse de trouvailles en brocante, de documents d’archives, de rencontres avec des artistes ou d’explorations de sites. J’ai d’ailleurs écrit un court texte dans le livre 72 saisons à la Villa Kujoyama, intitulé « La Grenouille et le camélia rouge ». Même si je n’ai pas relu ce texte depuis un moment, dans mon souvenir, je me souviens conclure en évoquant la sensation vive, ressentie lors de mon séjour à Kyoto, d’être au bon endroit au bon moment. J’irais même jusqu’à dire que cette résidence, dont je garde un souvenir ému et satisfait, constitue une sorte de « présage ».

La figure de Okamoto Tarō était déjà centrale dans votre résidence à la Villa Kujoyama. Elle est désormais au cœur de l’exposition « Tarō Okamoto. Un Japon réinventé », qui se tient au musée du quai Branly du 15 avril au 7 septembre 2025. De quelle manière est née cette exposition dont vous êtes le commissaire ?

Lors de mon séjour à la Villa Kujoyama, je me suis frotté à la figure tout à fait étonnante d’Okamoto Tarō et il m’a fallu l’intégralité de la résidence pour appréhender, à sa juste mesure, la place que cet artiste peut avoir au Japon. C’est à la sortie de la crise sanitaire de Covid-19 que je me suis posé la question de faire une exposition. Je n’arrivais pas à m’enlever cette idée de la tête et j’avais envie d’envisager les choses de façon sensible, de me frotter à la matérialité des objets dans l’espace. J’ai eu l’intuition de fouiller dans les archives du musée du quai Branly, qui possède une partie des anciennes archives du musée de l’Homme, auquel Okamoto Tarō est intimement lié. Les trouvailles faites en archives m’ont absolument convaincu qu’une exposition historique et monographique avait sa place dans un musée national : tout s’est imbriqué d’un seul coup et une vision précise s’est imposée. J’ai ensuite proposé un projet d’exposition détaillé au musée du quai Branly pour un lieu spécifique, l’Atelier Martine Aublet. Le président du musée a cru à ce projet et a demandé à ses équipes de le produire avec moi. 

Lors de mon séjour à la Villa Kujoyama, je me suis frotté à la figure tout à fait étonnante d’Okamoto Tarō et il m’a fallu l’intégralité de la résidence pour appréhender, à sa juste mesure, la place que cet artiste peut avoir au Japon.

Pouvez-vous nous présenter le parcours de l’exposition et la façon dont il a été pensé ?

Des questions ethnologiques se posent avec insistance dans cette exposition puisque je suis parti de différentes traces trouvées dans les archives du musée de l’Homme. Je me suis aussi appuyé sur quatre œuvres d’Okamoto – des grands masques colorés – qui font partie des collections du musée du quai Branly. L’exposition comprend neuf vitrines, dont certaines mesurent 2,50 m, et il y a deux grandes cimaises présentant une chronologie et un accrochage. L’exposition est conçue selon une ligne de fuite qui converge vers un espace très particulier : dans les souterrains de la célèbre Tour du Soleil, un lieu était nommé « la forêt de l’esprit », avec un sous-espace appelé « prière », comprenant des centaines de masques et de statues rapportés d’une mission de collecte. C’est autour de cet espace mystérieux que gravite l’exposition au musée du quai Branly. Il était stimulant de pouvoir dialoguer avec les collections du musée et, plus généralement, de revenir sur la figure d’Okamoto Tarō, qui a vécu dix ans en France de 1930 à 1940 et a entretenu des liens très profonds avec la culture française.

Dans le cadre de cette exposition, vous organisez une rencontre avec le public le 17 juin 2025. Quelles vont être les grandes lignes de cet échange ?

Le musée m’a invité à participer à un format nommé « Les Coulisses de l’exposition », où l’idée est de revenir sur la fabrique de l’exposition. Je vais pouvoir détailler mon travail de commissaire d’exposition, légitimer mes choix, revenir sur la conception du parcours et celle de chaque vitrine. Chacune d’entre elles porte, en effet, un titre et un enjeu qui lui est propre. Cette rencontre est vraiment pensée comme un dialogue avec le public. Pour moi, une exposition doit idéalement produire de la relation, et je suis heureux qu’elle parvienne à créer des liens avec différents types de publics : cela prouve qu’elle est réussie. 

L’exposition est conçue selon une ligne de fuite qui converge vers un espace très particulier : dans les souterrains de la célèbre Tour du Soleil, un lieu était nommé « la forêt de l’esprit », avec un sous-espace appelé « prière », comprenant des centaines de masques et de statues rapportés d’une mission de collecte. C’est autour de cet espace mystérieux que gravite l’exposition au musée du quai Branly.

Avec le soutien de l’Institut français, vous avez également donné une conférence à la Maison de la culture du Japon à Paris le 21 mai dans le cadre du programme post-résidence de la Villa Kujoyama. Quels ont été les enjeux de cet événement ?

Pour cette conférence, donnée devant une centaine de personnes, il ne s’agissait pas de coller à l’exposition, mais plutôt de revenir sur la figure d’Okamoto Tarō. J’ai voulu poser une question très simple – à laquelle il est pourtant difficile de répondre – : pourquoi cet artiste, figure fondamentale au Japon, autour de laquelle s’articule une partie de l’avant-garde d’après-guerre, reste-t-il méconnu en France ? D’un point de vue rhétorique, adopter une posture d’interrogation naïve m’a permis de mettre en avant les contrastes et les ambivalences entre le Japon et la France. À la fin de la conférence, j’ai proposé quelques pistes d’interprétation concernant son séjour en France, difficile à documenter car il nous reste très peu de choses. Elle est désormais accessible en ligne sur le site de la Maison de la culture du Japon à Paris et a été diffusée en direct sur Youtube. 

L’exposition dure jusqu’en septembre 2025. Est-ce que d’autres événements sont prévus pendant cette période ?

L’exposition a du succès et attire spécifiquement certaines personnes au musée, ce qui me réjouit. Une itinérance n’est pas prévue, car il serait compliqué de faire circuler ce format en France ou à l’étranger. De nombreuses œuvres proviennent de collections privées et certains prêts sont assez exceptionnels – je pense notamment au dōgu préhistorique et au masque Gigaku prêtés par le musée Guimet. Presque cinq mois d’existence pour une exposition, c’est déjà formidable, et je me dis qu’il y aura peut-être, dans les années à venir, un regain d’intérêt pour cette figure. Je serai ravi d’imaginer d’autres projets. Qui sait ? 


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