Ousmane Sembène

Publié le 22 mars 2022

Ousmane Sembène
Ousmane Sembène © Splendor Films

Considéré comme l'une des voix les plus importantes de sa génération, Ousmane Sembène demeure une figure adulée de l'Afrique contemporaine. Engagé dans la mise en scène des inégalités sociales, il n'a eu de cesse de laisser s'exprimer sa propre révolte contre un monde à la cruelle injustice. 

Défendre la femme, protéger la femme, c’est protéger le substrat culturel d’une société comme l’Afrique.

De la littérature au cinéma

Né le 1er janvier 1923 à Ziguinchor, Ousmane Sembène est un auteur et réalisateur incontournable de l'Afrique contemporaine. À l'âge de vingt-trois ans, il part clandestinement pour la France et arrive à Marseille, où il devient docker. Au même moment, il rejoint la CGT et le Parti communiste français, avant de militer contre la guerre en Indochine et pour l'indépendance de l'Algérie. En 1956, son premier roman, Le Docker noir, relate sa propre expérience en tant que docker dans le port de Marseille. 

Après la publication de deux autres ouvrages, Ô pays, mon beau peuple, et Les Bouts de bois de Dieu, il retourne sur son continent d'origine en 1960. Désormais attiré par le cinéma et l'envie de toucher les non-lecteurs grâce à l'image, il intègre une école de cinéma à Moscou, la VGIK. Tandis que son premier court métrage, Borom Sarret, est remarqué en festival, il passe au long métrage, La Noire de …, en 1966 et reçoit le prix Jean-Vigo. Huit autres films suivront jusqu'en 2003 et construiront une carrière engagée autour de nombreuses questions à la fois politiques et sociales. 

Une voix engagée et militante

Tout au long de son œuvre littéraire et cinématographique, Ousmane Sembène a mis en scène des thématiques engagées, où il milite pour la justice et la liberté. Inspirés par ses observations et ses propres expériences, ses livres ont notamment dénoncé les injustices et les humiliations infligées aux siens par une administration coloniale. Persuadé que le cinéma peut lui permettre de mieux se faire entendre auprès de la population, il porte à l'écran ses révoltes intimes afin de lutter contre les inégalités de la société. 

En souhaitant défendre les opprimés et les laissés-pour-compte, il signe des longs métrages capables d'exprimer une colère réprimée, tout en conservant la finesse de l'humour et de la satire. Apte à illustrer la duplicité des rapports sociaux (Le Mandat), mais aussi des épisodes tragiques de l'Histoire (Le Camp de Thiaroye), Ousmane Sembène a toujours fait du grand écran un allié de choix pour éduquer son peuple et le rendre visible à l’international. 

L'exemple d'une génération

Devenu l'une des figures marquantes de sa génération, l'auteur-réalisateur a ouvert le chemin à un ensemble de romanciers africains, qui se sont lancés dans une littérature néoréaliste. Récipiendaire du prix Jean-Vigo pour La Noire de... en 1966, il obtient le Prix de la critique internationale au Festival de Venise pour Le Mandat deux ans plus tard. À partir de 1969, il s'investit dans le Festival panafricain du cinéma et de la télévision (Fespaco) à Ouagadougou, auquel il participera jusqu'à sa disparition. 

En 1988, il reçoit le prix spécial du jury au Festival de Venise pour Camp de Thiaroye alors que le film reste inédit en France durant dix ans. La fin de sa carrière est couronnée de lauriers, notamment pour Moolaadé, un dernier long métrage dans lequel il aborde le thème de l'excision. Prix du meilleur film étranger remis par la critique américaine et prix Un Certain Regard au Festival de Cannes, ces récompenses précédent une Légion d'honneur reçue en 2006, quelques semaines avant son décès. 

Le Mandat, de Ousmane Sembène - Bande annonce

© DR

Timeline

Ousmane Sembène arrive clandestinement à Marseille après avoir quitté l'Afrique et devient docker.
Il publie son premier roman, Le Docker noir, qui s'inspire de sa propre expérience.
Son premier long métrage, La Noire de... reçoit le prix Jean-Vigo.
Acclamé, Le Mandat, son second long métrage, obtient le Prix de la critique internationale au Festival de Venise.
Ousmane Sembène est nommé officier de la Légion d'honneur, quelques mois avant sa disparition.

L'Institut français et l'artiste

Logo IF HD

Le Mandat, de Ousmane Sembène, est un film diffusé à l'international par l'Institut français. 

L’Institut français propose un catalogue de plus de 2 500 titres permettant au réseau culturel et à ses partenaires de diffuser des films français dans le monde. Découvrir IFcinema 

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