Du Canada au Rwanda, Maxime Touroute transforme les villes par le vidéo mapping pour Novembre Numérique
Publié le 31 octobre 2025
Artiste numérique et ingénieur français, Maxime Touroute développe des œuvres de vidéo mapping (fresque vidéo) interactif, mêlant participation du public, spectacle vivant et innovation technologique. Dans le cadre de Novembre Numérique 2025, il est programmé au Rwanda, en République démocratique du Congo, au Bahreïn et au Canada avec ses installations Painting Mirror et Let’s Draw. Il nous parle de ses projets, de la technique du vidéo mapping et de l’importance de ses expériences pluridisciplinaires.
Vous êtes plébiscité par les programmations du réseau culturel français à l’étranger à l’occasion de Novembre Numérique 2025. Le vidéo mapping est au cœur de ces invitations. Pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste cette technique et comment vous êtes-vous tourné vers cette pratique ?
J’ai commencé à faire du vidéo mapping pendant la fête des Lumières de Lyon, en off dans le jardin d’un bar, car je ne faisais pas partie de la programmation. Grâce à ma formation d'ingénieur, j’ai aussi pu travailler chez Millumin, un logiciel permettant de créer de nombreuses formes de projets interactifs / numériques ; dont des video-mappings. Cela m’a permis d’explorer cette pratique du point de vue des outils de création. Quand l’occasion de réaliser une première pièce s’est présentée, je me suis lancé.
Pour moi, faire du vidéo mapping, c’est utiliser le vidéoprojecteur comme un outil artistique à part entière, et surtout ne pas se limiter à projeter des slides sur un écran. Cela signifie projeter sur des bâtiments, des objets, de la fumée et considérer le projecteur comme une source de lumière, plutôt qu'un simple outil pour diffuser une vidéo ou une image. À cela s’ajoute souvent une dimension monumentale et collective : on conçoit des œuvres qui interagissent avec une foule, un grand nombre de personnes en simultané.
On comprend donc que la valorisation numérique du patrimoine résonne fortement avec le videomapping. Voyez-vous des liens entre votre travail et l’intelligence artificielle (IA), qui est l’autre axe fort de l’édition 2025 de Novembre Numérique ?
Oui, je vois plusieurs liens très concrets entre mon travail et l’intelligence artificielle. Le premier, c’est Painting Mirror, une œuvre que j’ai co-créée et dans laquelle l’IA est au cœur du sujet. L’image du public est captée et projetée, mais transformée dans le style de peintres ou d’illustrateurs existants grâce à l’IA. Cela crée un cadre qui permet de parler de l’IA, de la démystifier, et de montrer qu’elle n’est pas toujours aussi “intelligente” qu’on ne le pense : elle a encore du mal à reproduire la sensibilité des artistes.
En tant qu’ingénieur informatique, j’intègre aussi l’IA dans les processus de création. Elle nous aide à lever des contraintes techniques, réduire les coûts et accélérer l’itération artistique. Cela permet d’explorer plus librement, mais aussi de rendre certaines technologies accessibles à d’autres artistes ou au grand public. Par exemple, avec Revy, un logiciel de réalité augmentée né de créations danse et Réalité Augmentée avec la chorégraphe Natacha Paquignon, l’IA nous a permis d’imaginer un processus de création très simple à prendre en main. Grâce à cela, nous avons pu créer des contenus en réalité augmentée avec des lycéens en France, des judokas au Brésil et, bientôt, des danseurs au Canada sans aucune expérience technologique.
Enfin, il y a un troisième axe, plus art-science, sur lequel je travaille actuellement avec la chorégraphe Natacha Paquignon : un spectacle appelé Latency. L’idée est de créer un dialogue entre la danse et une intelligence artificielle. Le mouvement deviendrait le “prompt” (instruction générative : instruction destinée à une intelligence artificielle) et l’IA serait capable de répondre par le mouvement.
Novembre Numérique revient pour sa 9e édition
1 novembre 2025
À Kigali, à l’invitation de l’Institut français du Rwanda, un vidéo mapping sera déployé dans un quartier populaire de la ville. À Vancouver, Toronto et Halifax, vous présenterez les videomappings interactifs Painting Mirror et Let's Draw. Comment se sont construits ces projets ? Êtes-vous contacté pour une idée précise ou construisez-vous chaque projet en fonction du contexte et des possibilités ?
En général, on me contacte d’abord avec l’envie de présenter Painting Mirror ou Let’s Draw, puis il y a une phase d’enquête et de repérage sur le terrain de mon côté. Je cherche à comprendre le contexte local, les thématiques de l’événement, s’il s’inscrit dans une programmation existante, et surtout où il serait pertinent d’implanter l’œuvre.
Il est essentiel de comprendre quel est le meilleur endroit artistiquement et techniquement pour toucher le maximum de publics. Ce travail de repérage est essentiel, et parfois, les réponses à ces questions m’amènent à ne pas faire de vidéo mapping, mais à imaginer une autre forme de scénographie.
Mes projets restent très flexibles, ce qui me permet d’intégrer des artistes du territoire dans le processus de création. Par exemple, avec Let’s Draw, j’essaie toujours de proposer à des illustrateurs ou des street artistes locaux de faire des performances de dessin avec nous. Et pour Painting Mirror, je cherche à intégrer soit des collections de musées locaux, soit des créations visuelles d’artistes locaux.
Travailler à distance répond aussi à un enjeu écologique. Nous voulons sortir du format “one shot” où nous nous déplaçons, faisons un mapping et repartons. Quand le projet est court ou purement événementiel, nous préférons privilégier la diffusion à distance si c’est pertinent.
Vous ne pourrez pas toujours être présent sur place. Comment travaillez-vous et diffusez-vous vos projets de vidéo mapping à distance ?
Avec mon collectif, nous avons commencé à travailler à distance dès la période du Covid, notamment avec l’Alliance Française du Pérou et l’Institut français du Danemark. Mais cela représentait un vrai défi, car nos vidéo mappings sont interactifs : les contenus ne sont pas créés à l’avance, ce sont les publics qui créent en direct dans le cadre que nous mettons en place. Nous ne pouvons donc pas simplement envoyer une vidéo et laisser une équipe technique la projeter.
Pour rendre cette interaction possible à distance, nous avons développé nos propres logiciels, pensés pour être accessibles et utilisables par n’importe qui sur place. Concrètement, nous envoyons le logiciel, un outil back-office et une procédure précise, et l’équipe locale peut contrôler la projection avec notre accompagnement à distance.
Cela dit, nous gardons le contrôle de la scénographie : la veille de l’événement, les partenaires installent le vidéoprojecteur, et nous faisons à distance tout le calage, les tests, le positionnement visuel, les choix de couleurs ou de thématiques. Une fois le cadre posé, le public crée en direct, et notre rôle est surtout de nous assurer que ce cadre reste stable pendant l’événement. Nous laissons aussi une marge de liberté aux organisateurs locaux, voire au public dans certains cas.
Travailler à distance répond aussi à un enjeu écologique. Nous voulons sortir du format “one shot” où nous nous déplaçons, faisons un mapping et repartons. Quand le projet est court ou purement événementiel, nous préférons privilégier la diffusion à distance si c’est pertinent. En revanche, si le contexte permet de rencontrer des communautés locales, co-créer et impliquer des artistes du territoire, alors là, nous nous déplaçons.
Votre travail ne se limite pas au vidéo mapping : vous explorez également le spectacle vivant, la danse ou encore le théâtre immersif. Qu’est-ce que ces expériences pluridisciplinaires apportent à votre approche de la création numérique ? Comment ces différents univers dialoguent-ils dans vos projets ?
Je crée mes propres œuvres et je rejoins aussi des équipes en danse ou en théâtre. C'est mon cœur de métier que de rejoindre des équipes artistiques souhaitant explorer la création avec la technologie. J'y apporte une expertise technique et surtout un regard technico-créatif, conscient des possibilités et contraintes, me positionnant souvent entre un rôle de concepteur jusqu'à co-auteur selon les implications. Dans ces projets, le logiciel se transforme alors en vecteur de partage. Par exemple, le logiciel Live Maker que l'on a développé pour Let’s Draw, qui permet de faire interagir des personnes avec leur téléphone, devient un prétexte pour travailler avec la metteure en scène et comédienne Eva Carmen Jarriau sur son prochain projet, Le Motel des destins croisés. Dans ce cas, les publics sont amenés à se déplacer sur la scène et à faire des actions qui jouent sur la mise en scène. Le logiciel devient un prétexte pour travailler ensemble, une manière de briser la glace entre différentes pratiques créatives en France comme à l’international.
A l’image des projets construits dans le cadre de Novembre Numérique, vous collaborez régulièrement avec le réseau culturel français à l’étranger. Quelle place a-t-il eu dans votre développement à l’international et comment ces expériences nourrissent votre travail ?
Le réseau culturel français à l’étranger a joué un rôle essentiel dans mon développement international. Très souvent, c’est grâce aux opportunités proposées par les Instituts français que j’ai pu diffuser une œuvre pour la première fois dans un pays. Mais leur soutien ne se limite pas à la diffusion : lorsque je me rends quelque part pour des raisons personnelles, je peux les contacter, me présenter comme artiste, et les équipes m’aident à comprendre l’écosystème local. Ce réseau nous permet de planter des graines sur différents territoires, qui vont permettre des collaborations. Par exemple, nous entamons une tournée au Canada, soutenue par l’Institut français Paris et l’Institut français du Canada, dans le cadre de Novembre Numérique, mais aussi par l’Office franco-québécois pour la jeunesse. Elle a été rendue possible par l’invitation du Consulat de Toronto l’année dernière et mes rencontres avec les partenaires sur place.
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