Résidence EXTRA : penser autrement la technologie avec Marie Verdeil et Dasha Ilina
Publié le 2 octobre 2025
Projet croisé entre iMAL à Bruxelles et Antre Peaux à Bourges, la résidence EXTRA « arts numériques » réunit deux artistes engagées, la designer Marie Verdeil et l’artiste techno-critique Dasha Ilina, autour d’un projet commun de co-création numérique, entre pratiques low-tech, approches féministes et critique des usages technologiques.
Le programme EXTRA
Favoriser la circulation des artistes et le dialogue entre les scènes artistiques françaises et belges tel est l’ambition du programme EXTRA, lancé par l’ambassade de France en Belgique avec le soutien de l’Institut français. À travers une résidence croisée à l’iMAL (Bruxelles) et à l’Antre Peaux (Bourges), deux lieux emblématiques de la création contemporaine et numérique, ce programme ouvre un espace de recherche et de collaboration entre artistes de part et d’autre de la frontière.
Pour cette première édition, la designer Marie Verdeil (Belgique) et l’artiste Dasha Ilina (France) ont été sélectionnées pour former un duo et mener, pendant deux mois (18.08.2025 > 19.09.2025 ; 03.10.2025 > 28.10.2025), un travail de co-création autour des technologies critiques et de la sobriété numérique.
Marie Verdeil : repenser la technologie à l’aune de ses limites
Designer et artiste française installée à Bruxelles, Marie Verdeil revendique une pratique transdisciplinaire, à la croisée du design graphique, de la pédagogie et de la recherche technologique. Depuis sa formation à la Design Academy Eindhoven, elle explore les usages numériques sous un angle critique, soucieux de leurs impacts écologiques et sociaux.
Son travail se déploie à travers des installations, sites web, publications ou encore guides d’auto-construction. Elle collabore étroitement avec Low-tech Magazine, média pionnier dans la remise en question des promesses technologiques, dont elle assure la direction artistique. Ensemble, avec Kris De Decker, ils conçoivent des prototypes low-tech et animent des ateliers pratiques qui invitent à penser autrement notre rapport à l’énergie, au matériel et à l’innovation.
Attachée aux logiciels libres et aux pratiques numériques économes, elle développe également des sites web sobres, participant à une réflexion plus large sur les infrastructures numériques, leur opacité et leur empreinte. Ses projets ont été exposés et accueillis en résidence dans plusieurs institutions européennes, du FabLab Barcelona au Fiber Festival d’Amsterdam.
Dasha Ilina : une critique ludique et engagée de la techno-dépendance
Artiste russe installée à Paris, Dasha Ilina élabore une œuvre profondément ancrée dans la critique des usages technologiques contemporains. À travers une approche ludique et DIY (Do It Yourself), son travail remet en question le désir d'incorporer la technologie moderne dans notre quotidien.
Fondatrice du Center for Technological Pain, elle imagine des dispositifs artisanaux pour soulager les douleurs causées par nos usages numériques : écrans mécaniques pour les yeux réduisant la fatigue oculaire, un casque permettant de libérer les mains de l’utilisateur, ainsi qu’une boîte contre l’insomnie. Un projet qui a été récompensé par Ars Electronica.
Elle poursuit cette réflexion dans d’autres projets comme Technosommeil, où elle s’interroge sur le sommeil à l’ère numérique, ou à travers NØ SCHOOL, école d’été alternative qu’elle co-dirige, dédiée aux impacts environnementaux et sociaux des technologies de l’information. Son travail a été présenté dans des lieux majeurs comme la Gaîté Lyrique, le Centre Pompidou, le Hartware MedienKunstVerein à Dortmund ou encore IMPAKT à Utrecht.
Une résidence pour réfléchir sur les alternatives aux modèles énergétiques actuels
Réunies dans le cadre de leur résidence, les deux artistes développent un projet commun à la croisée de leurs préoccupations : un regard critique sur la place de la technologie dans nos sociétés, doublé d’un engagement pour des pratiques autonomes, accessibles et durables. Entre les espaces de travail d’iMAL à Bruxelles, haut lieu de la création numérique, et ceux d’Antre Peaux à Bourges, friche culturelle d’envergure européenne, leur résidence favorise la mise en commun d’expériences, de savoirs et de pratiques.
Dans leur projet, Marie Verdeil et Dasha Ilina discuteront des alternatives aux modèles énergétiques actuels, tout en essayant de rendre l'énergie plus tangible grâce à des exercices ludiques et des prototypes DIY qui nous rappelleront ce qu'est un watt. Les batteries sont devenues un moyen omniprésent de stocker l'énergie. Des télécommandes de télévision aux smartphones, en passant désormais par les voitures électriques, des batteries de différents types, tailles et compositions chimiques alimentent bon nombre des appareils que nous utilisons au quotidien. Au cours des dernières années, elles sont également devenues un élément essentiel de la transition vers un avenir durable. Mais une société alimentée par des batteries est-elle vraiment durable ? En ce qui concerne les véhicules électriques, par exemple, leur production implique à elle seule l'utilisation de combustibles fossiles pour extraire les matières premières, ce qui augmente encore les émissions de CO2 et entraine d'autres types de destruction liés à l'exploitation minière, comme nous l'explique Kohei Saito dans son livre Slow Down.
Au cours de l'atelier qu'elles ont animé en septembre à l’issue de leur premier mois de résidence à l'iMAL, les participants ont d'abord assisté à la Battery Academy pour explorer collectivement l'histoire des batteries, discuter de leurs défis et de leurs lacunes, et fabriquer leurs propres batteries. Ils ont ensuite rejoint la Permacomputing Tesla Factory pour découvrir quels modes de transport alternatifs peuvent être imaginés avec des citrons, de l'eau salée et de vieilles piles alcalines.
Dans un monde de plus en plus façonné par les injonctions à l’innovation, la résidence de Marie Verdeil et Dasha Ilina propose une autre voie : celle d’une technologie située, critique, et tournée vers le soin des corps, des communautés et des écosystèmes.
RÉSIDENCES EXTRA est un projet de l’ambassade de France en Belgique, en partenariat avec l’Alliance Française Bruxelles-Europe et l’Institut français à Paris dans le cadre du programme de la Fabrique des résidences rejoignant ainsi une cinquantaine de résidences dans près de 30 pays à travers le monde. Il bénéficie du soutien du Fonds France Belgique et de Wallonie-Bruxelles International pour le volet français des résidences croisées.
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