Le Crush Tour, six mois de podcasts en partenariat avec les Alliances Françaises d'Amérique latine

Publié le 5 janvier 2026

En partenariat avec les Alliances françaises d’Amérique latine, Marie-Charlotte Danchin a réalisé le Crush Tour, des enregistrements en public de son podcast, de Mexico à Medellín, en passant par le Guatemala ou San José. Avec Yann Lapoire, directeur de l’Alliance française de Medellín, ils racontent cette intense tournée de six mois, faite de rencontres et d’explorations du lien amoureux. 

Yann, pourquoi l’Alliance française de Medellín a-t-elle lancé ce projet ? Qu’est-ce que l’arrivée de Crush a représenté pour votre public et pour la programmation culturelle locale ?

Yann Lapoire : Depuis l’Alliance française de Medellín, nous cherchons depuis quelque temps à repenser nos formats et notre manière de faire vivre la francophonie, aussi bien localement qu’au sein du réseau. Le point de départ a été le constat d’une image parfois un peu « poussiéreuse » de l’Alliance, que nous avions envie de rafraîchir et de renouveler. Le format podcast s’est rapidement imposé comme une bonne idée, notamment pour toucher un public plus jeune, les 15-35 ans, vers lequel nous n’avons pas toujours une offre de contenu très adaptée. Nous réfléchissons aussi beaucoup à la manière de raconter autrement la francophonie et l’apprentissage des langues. Bien sûr, on peut parler des opportunités d’études ou professionnelles qu’offre le français, mais ce qui fonctionne le mieux, ce sont les histoires personnelles. Ce sont elles qui donnent vraiment envie d’apprendre une langue, à travers des récits d’immersion, de parcours, d’expériences vécues. Avec Crush, nous avions aussi envie de mettre en avant quelque chose de positif, dans un contexte où l’actualité est souvent lourde : parler d’amour nous a semblé à la fois universel, enthousiasmant et fédérateur.

Ce thème permettait en plus de raconter des croisements de cultures, ce qui correspond profondément à ce que nous sommes. L’Alliance française est avant tout un pont entre des cultures, un lieu de rencontres, d’échanges et de connexions. Travailler la matière amoureuse dans un contexte interculturel permettait de parler à la fois des différences, mais surtout de ce qui nous unit. Nous avons aussi souhaité inscrire ce projet dans une dynamique collective, en invitant d’autres Alliances d’Amérique latine à y participer. L’Alliance française de Medellín est très investie dans le collectif Alliances Sonores, et Crush était un bon moyen de renforcer cette dimension régionale, tout en affirmant que l’Alliance est aussi une marque commune capable de porter des projets ensemble. Ce projet a apporté beaucoup de fraîcheur aux Alliances. Dans un contexte où les centres de langue sont très questionnés par la virtualisation, les cours en ligne et l’intelligence artificielle, Crush a permis de remettre de l’humain, de la rencontre et du présentiel au cœur de notre action. Il a aussi permis de créer de nouvelles histoires, de susciter l’intérêt des équipes, et grâce au podcast, de toucher des publics bien au-delà des villes où le projet était physiquement présent. C’est aujourd’hui une base de contenus riche, encore largement exploitable, notamment d’un point de vue pédagogique.

Le Crush Tour a traversé huit Alliances françaises d’Amérique latine. Marie-Charlotte, qu’est-ce qui vous a donné envie d’imaginer cette tournée et de faire voyager votre podcast au-delà des frontières francophones ?

Marie-Charlotte Danchin : Tout est parti d’un concours de circonstances, mais aussi d’une histoire très personnelle. J’ai toujours été profondément liée à la langue espagnole et à la culture latino-américaine : j’ai étudié l’espagnol, beaucoup voyagé en Amérique latine, et j’y ai rencontré mon conjoint, à l’Alliance française de Buenos Aires en 2005. Il y a deux ans, nous avons commencé à imaginer un voyage de plusieurs mois en famille sur ce continent de cœur. C’est à ce moment-là que j’ai croisé Yann par hasard sur LinkedIn. Ça m’a intriguée, parce que ce n’était pas du tout le type de profil avec lequel j’échange d’habitude. Et ça a aussi réveillé quelque chose en moi, puisque j’ai fait des études de gestion de projets culturels internationaux avant de me reconvertir. Je lui ai alors écrit pour lui parler de mon projet de voyage et de mon envie de faire voyager le podcast Crush de ville en ville, au sein des Alliances françaises, en allant à la rencontre de couples mixtes pour parler d’amour interculturel. Il a tout de suite dit oui, et nous avons mis près d’un an à construire le projet ensemble, de la ligne éditoriale au financement. Durant cette tournée, j’avais envie d’explorer ce que cela change, ou non, de tomber amoureux quand on ne parle pas la même langue, quand on n’a pas les mêmes repères culturels, quand on a grandi dans des pays très différents.

Chaque enregistrement s’est déroulé en public. Comment avez-vous vécu ces rencontres dans des villes et des contextes culturels très différents, de Mexico à Barranquilla, en passant par San José ou Pereira ?

Marie-Charlotte Danchin : Les réactions du public étaient très différentes selon les villes et les cultures. À chaque fois, l’enregistrement se déroulait de la même façon, mais l’ambiance changeait complètement d’un pays à l’autre. Certains publics étaient très timides, d’autres au contraire plus expressifs. Les deux extrêmes, pour moi, ont vraiment été Medellín et Barranquilla. À Barranquilla, le public était très démonstratif, très à l’aise pour parler de séduction, de drague, de danse, de relations hommes-femmes. À Medellín, au contraire, j’ai eu plus de difficulté à lancer les échanges, le public était beaucoup plus réservé et introverti. Le Guatemala et le Salvador, eux, étaient très ouverts et très enjoués, tandis qu’au Costa Rica, l’atmosphère était plus formelle. Ces différences ont vraiment façonné à chaque fois la nature des échanges et la manière dont l’intimité et l’amour pouvaient s’exprimer publiquement. 

À chaque fois, l’enregistrement se déroulait de la même façon, mais l’ambiance changeait complètement d’un pays à l’autre. Certains publics étaient très timides, d’autres au contraire plus expressifs. 

Le podcast Crush explore des histoires d’amour, de liens et de vulnérabilité. Comment ces thèmes résonnent-ils en Amérique latine, où le rapport à l’émotion et à la parole intime est très fort ? Avez-vous perçu des différences ou des surprises dans la réception ?

Marie-Charlotte Danchin : Pour moi, parler d’amour ne se limite pas à l’intime : l’amour est aussi politique. Derrière chaque histoire se joue bien plus que la relation entre deux personnes. Ce qui m’a le plus marquée en Amérique latine, et de façon parfois surprenante, c’est le rapport hommes-femmes, très différent de ce que je connais en France, dans mon quotidien et mon milieu. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, je n’ai pas trouvé que parler d’intimité était si facile, même avec les couples interviewés. Il y avait toujours un vrai temps de préparation pour instaurer la confiance, les rassurer sur le fait qu’on n’était ni dans le voyeurisme, ni dans l’anecdote. Mon rôle était de créer un espace sûr, où chacun pouvait parler librement, en plaçant lui-même le curseur de ce qu’il souhaitait partager. J’ai aussi senti qu’on parlait plus facilement de séduction et de drague que de la relation amoureuse et du couple en tant que tel.

Yann Lapoire : Je pense qu’on parle assez facilement de relation, mais que l’intimité reste un sujet beaucoup plus complexe. En tant qu’auditeur aussi, j’ai parfois eu l’impression d’entendre des récits qui, au premier niveau, pouvaient sembler un peu similaires, avec des différences culturelles parfois exprimées de manière assez clichée. Pour aller au-delà de ces premiers filtres, Marie-Charlotte a souvent dû creuser davantage, et ce n’était pas toujours simple. Certaines choses étaient plus profondes, plus subtiles, et ne se livraient pas immédiatement. Ce qui m’a frappé, en revanche, c’est que l’expérience a été très positive pour les huit couples. Témoigner en public, devant des inconnus, est un exercice particulier, très différent d’un enregistrement en studio. Il peut y avoir une forme de retenue, mais il s’est tout de même passé quelque chose de fort dans ces échanges. Et les retours, après diffusion, ont été très riches : beaucoup de personnes nous ont écrit pour dire qu’elles s’étaient reconnues dans certaines histoires, qu’elles avaient été touchées par tel ou tel couple. On perçoit aussi très nettement les spécificités culturelles de chaque pays à travers les épisodes. Quand on écoute le Mexique, le Costa Rica ou la Colombie, on voyage déjà un peu. Le podcast donne aussi à voir toutes ces trajectoires de Français, de francophones ou d’étrangers qui arrivent, parfois par hasard, qui restent, qui construisent une vie ailleurs. Cela montre que les échanges entre les continents ne passent pas seulement par les études ou le travail, mais aussi par la rencontre, le hasard, les parcours de vie.

La question de la langue est aussi centrale. Certains couples sont bilingues, parfois trilingues, et le français n’est pas toujours la langue dominante. Cela ne nous pose aucun problème : ce que nous voulons montrer, c’est que l’interculturalité repose avant tout sur le respect de la langue et de la culture de l’autre. À l’Alliance française, nous ne sommes pas dogmatiques : nous voulons être un lieu où les langues se délient et se relient, où l’on se comprend au-delà des différences. Enfin, même si nous n’avons pas réussi à atteindre toute la diversité que nous espérions au départ, les huit couples racontent malgré tout des histoires très différentes. Ce ne sont pas uniquement de jeunes voyageurs de passage : il y a des parcours longs, des identités multiples, des rencontres parfois hors d’Amérique latine. Et même si l’Alliance n’est pas toujours le lieu de la rencontre amoureuse, elle reste un lieu de re-rencontre, un espace où ces histoires peuvent se raconter autrement, au-delà des cours, grâce notamment au podcast, qui est aujourd’hui un média très largement partagé.

La question de la langue est centrale. Certains couples sont bilingues, parfois trilingues, et le français n’est pas toujours la langue dominante. (...) Ce que nous voulons montrer, c’est que l’interculturalité repose avant tout sur le respect de la langue et de la culture de l’autre. 

Marie-Charlotte Danchin : J’ai souvent eu l’impression que, pendant ces rencontres, les couples retombaient amoureux. Revenir sur leur histoire, sur leurs débuts, ravivait quelque chose de très fort. Avec le recul, ce qui me frappe surtout chez toutes les personnes rencontrées, c’est un point commun essentiel : la curiosité et une grande ouverture d’esprit. Aller vers l’autre, vers l’ailleurs, vers la différence, c’est finalement ce qui relie toutes ces histoires.

C’est un projet en langue française autour de l’amour. Bien que cela puisse sembler être un cliché, l’amour est un univers d’évocation de la France à l’étranger. Avez-vous ressenti cela à Medellín et ailleurs ?

Marie-Charlotte Danchin : Le cliché de l’amour “à la française”, on l’a un peu retrouvé, mais de manière assez anecdotique. Le Français ultra-romantique, par exemple, est parfois apparu, mais finalement beaucoup moins que ce qu’on pourrait imaginer. La question la plus importante est, au final, celle de la langue dans les couples. Dans la plupart des cas, les couples finissent par adopter une langue commune, souvent celle du pays dans lequel ils vivent. Mais il y a aussi des exceptions très fortes. Au Costa Rica, par exemple, Amandine et Andres vivent à San José depuis vingt ans. Ils se sont rencontrés à l’Alliance française, elle était sa prof, lui son élève. Ils ont longtemps parlé espagnol ensemble, puis, à la naissance de leurs enfants, Amandine a décidé que le français serait la langue de la maison. Aujourd’hui, Andres parle français à ses filles, alors que ce n’est pas sa langue maternelle. À Medellín, un autre couple, Coraline et Diego, a même adopté une troisième langue, l’anglais. Ils ont commencé à communiquer ainsi et cette langue est restée leur langue de couple. Mais, dans l’ensemble, c’est souvent l’espagnol, la langue du pays, qui s’impose au quotidien… sauf pendant les disputes, où chacun retrouve spontanément sa langue maternelle, ce qui est toujours assez révélateur et parfois même amusant. 

Après six mois de tournée, que retenez-vous de cette expérience, humainement, artistiquement, mais aussi pour les Alliances françaises impliquées ? Envisagez-vous de nouveaux projets ou collaborations à l’international à partir de cette aventure ?

Yann Lapoire : Nous sommes extrêmement contents de ce projet, parce qu’il a vraiment coché toutes les cases de ce que nous avions imaginé au départ. Les Alliances participantes sont satisfaites, les couples aussi, le public également, et les chiffres d’écoute montrent qu’il y a eu un vrai intérêt pour ces histoires. Pour nous, c’est une opération réussie, parce que le pressentiment que nous avions, à savoir que ce projet pouvait fonctionner, s’est confirmé. J’ai aussi eu le sentiment que cela a donné envie à d’autres Alliances de se dire : « Et si nous aussi, on faisait un pas de côté ? ». De réfléchir à d’autres formes, à d’autres formats, pour rester en prise avec les publics d’aujourd’hui. Ce type de projet permet de proposer une image plus actuelle, plus vivante, plus attractive des Alliances françaises, sans révolutionner notre modèle, mais en montrant que nous ne sommes pas seulement des écoles de langue. Quand on organise une soirée avec un enregistrement public, un partenariat avec un lieu extérieur, un événement plus festif, cela attire des jeunes qui découvrent l’Alliance autrement.

Nous sommes aussi très heureux de cette collaboration avec un média comme Crush. J’y crois beaucoup : nous sommes forts individuellement, mais nous sommes beaucoup plus puissants quand nous collaborons. S’associer à un média qui a déjà sa crédibilité, son audience, sa ligne éditoriale, permet de gagner en visibilité, en légitimité, et surtout de toucher de nouveaux publics et de raconter la francophonie autrement. Enfin, ce projet n’était pas pensé comme un simple one-shot. C’est un pilote, avec huit épisodes et plusieurs mois de diffusion, mais il a vocation à inspirer, à se décliner, à se répliquer ailleurs. Il peut nourrir les réflexions du réseau Alliance française et de l’Institut français. Le bilan est donc très positif, à la fois humainement, culturellement et stratégiquement.

Marie-Charlotte Danchin : Franchement, c’était extraordinaire. Je n’ai aucune envie de jouer la blasée : cette collaboration a été formidable à tous les niveaux. Sur le fond, parce que le sujet est passionnant, et sur la forme, parce que réussir à réunir huit couples de cultures différentes, à faire coïncider les calendriers des Alliances, les tournées, les déplacements, c’était un vrai exploit. Humainement, c’était d’une richesse incroyable. Les rencontres avec les couples, avec les équipes des Alliances, les directeurs, les chargés de communication… il y a eu de vraies connexions, au point que je suis encore en contact avec certaines personnes aujourd’hui. Chaque soirée était dense, intense, joyeuse.

J’ai aussi eu le sentiment de réaliser un projet qui cochait toutes les cases de ma vie : mon continent de cœur, ma langue de cœur, ma reconversion professionnelle, et mon obsession pour les relations amoureuses. Aujourd’hui, j’ai très envie que cette première tournée puisse devenir un pilote, inspirer d’autres Alliances ailleurs dans le monde, être reproduite, adaptée, optimisée, toujours au service de la francophonie, du réseau des Alliances françaises, et de mon envie de continuer à explorer l’amour, tel qu’il se vit en 2025. 

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