Perception, intérêts, usages numériques : la jeunesse européenne face à la langue française
Publié le 3 décembre 2025
L’Institut français publie aujourd’hui les premiers résultats de l’enquête internationale menée en septembre–octobre 2025 sur la perception de la langue française auprès de 1400 jeunes Européens âgés de 16 à 25 ans. Réalisée par Ipsos-BVA et en concertation avec les établissements du réseau culturel français en Bulgarie, Italie, Lettonie, Portugal, Roumanie, Royaume-Uni et Turquie, cette étude constitue un nouvel outil stratégique à destination du réseau.
Une enquête visant à renforcer l'attractivité de la langue française
Cette enquête s’inscrit dans une dynamique engagée depuis deux ans par l’Institut français visant à mieux connaître les publics et à renforcer l'attractivité du français, notamment auprès des jeunes. Elle prolonge une première étude conduite en 2024 dans 14 pays, qui avait mis en évidence un résultat clé : les jeunes publics issus de milieux modestes (CSP-) figurent parmi les segments les plus ouverts à l’apprentissage du français.
Afin d’approfondir ces enseignements, cette nouvelle enquête s’intéresse non seulement à l’image de la France et de sa langue, mais aussi aux usages numériques, aux pratiques culturelles, aux leviers de motivation, aux freins identifiés vis-à-vis de l’apprentissage de la langue française, ainsi qu’à la perception du réseau culturel français et de ses offres.
Loin des idées reçues, cette génération pragmatique nous force à reconsidérer la place du français dans le monde de demain. Cet article dévoile les 4 enseignements les plus saillants de cette étude.
Quatre enseignements à retenir
1 - Une langue jugée utile ?
L'enquête confirme d'abord la réputation indéfectible du français. La langue de Molière reste perçue comme celle de l'amour et de la beauté. Les chiffres sont sans appel : 81 % des jeunes interrogés la jugent « romantique » et 78 % la considèrent comme une « belle langue ».
Le contraste est saisissant lorsque l'on aborde la question de sa pertinence future. Parmi tous les qualificatifs positifs, un score se démarque par sa faiblesse : seulement 43 % des jeunes sont d'accord pour dire que le français est une « langue d’avenir ».
Ce paradoxe est révélateur d’une scission profonde entre le prestige culturel et l'utilité pratique perçue. La jeunesse européenne admire le français comme un magnifique héritage, mais doute de sa centralité dans le monde qui se dessine. Cette perception est renforcée par des résultats mitigés sur son rôle concret : à peine 60 % la considèrent comme un « moyen de réussite professionnelle » et seulement 53 % comme un « gage de réussite scolaire ». La langue est appréciée pour son aura, moins pour son poids dans la construction d'un futur professionnel ou académique.
2 - Un imaginaire puissant mais peu en phase avec les aspirations des jeunes européens
Globalement, la France jouit d'une excellente réputation auprès de la jeunesse européenne. L'étude montre que 24% des 16-25 ans en ont une « très bonne opinion » et 49% en ont une bonne opinion, un score global très honorable.
Pourtant, et c'est là que réside la surprise, malgré cette image positive, elle est nettement devancée par certains de ses voisins et partenaires. L'Espagne recueille un score impressionnant de 88 % de bonnes opinions, le Canada 86 %, et le Royaume-Uni 81 %.
Cette différence suggère que si l'image "classique" de la France reste puissante, elle est peut-être perçue comme moins dynamique. Les thématiques les plus associées au pays sont le « luxe et la mode » (50 %), le « tourisme » (48 %), la « gastronomie et le vin » (34 %) et l'«histoire » (31 %). Un imaginaire fort, ancré dans un patrimoine prestigieux, mais qui semble moins en phase avec les aspirations contemporaines de cette jeune génération que d'autres cultures européennes.
3 - On apprend le français pour un projet
On imagine souvent que l'apprentissage du français est motivé par un désir d'accéder à sa richesse culturelle : lire Victor Hugo dans le texte ou comprendre les films de la Nouvelle Vague. L'enquête vient bousculer ce cliché. Les motivations principales des jeunes Européens sont avant tout pragmatiques et tournées vers l'avenir.
Voici le classement de leurs raisons d'apprendre le français :
- Première motivation : « Partir travailler en France » (36 %)
- Deuxième motivation : « Partir étudier en France » (30 %)
- Ex aequo : « Le plaisir d’apprendre cette langue, découvrir l’histoire et la culture » (28 %)
- Ex aequo : « Ajouter de nouvelles compétences à mon CV, développer mon employabilité » (28 %)
L'analyse est sans équivoque : les projets de vie concrets (carrière, études) et le renforcement stratégique du CV priment sur la curiosité culturelle pure. Pour cette génération, maîtriser le français est un investissement tangible pour construire son avenir, bien avant d'être un passe-temps intellectuel. La culture est un bonus apprécié, mais plus le moteur principal.
4 - Le plus grand obstacle : le manque de pratique et les mauvais souvenirs
Qu'est-ce qui décourage le plus les jeunes d'apprendre le français ? Une grammaire trop complexe ? Une prononciation jugée difficile ? L'étude révèle que les véritables obstacles sont ailleurs, et qu'ils sont liés à des considérations très concrètes.
Voici les trois freins principaux cités par les sondés :
• Le manque d’occasions de pratiquer la langue en conditions réelles est le premier obstacle pour 40 % d'entre eux.
• Le coût financier des cours est le deuxième frein majeur, identifié par 34 %.
• Une mauvaise expérience d'apprentissage dans le système éducatif complète le podium pour 26 %.
Ce constat est puissant : le problème n'est pas tant la complexité intrinsèque du français que le triptyque formé par le manque d'immersion, l'accessibilité financière et des méthodes pédagogiques parfois démotivantes. C'est un appel à réinventer l'enseignement du français pour le rendre plus vivant, plus accessible et plus attractif.
Comment transformer l'image de la langue française ?
Ces quatre vérités dressent le portrait d'une jeunesse qui admire le prestige culturel du français mais ne le considère plus comme une évidence pour l'avenir. L'image de la France, bien que positive, est concurrencée par des voisins jugés plus dynamiques. L'apprentissage est motivé par des projets de vie et de carrière concrets, et les principaux freins sont un mélange de manque de pratique, de coût financier et de mauvais souvenirs scolaires. Face à une jeunesse européenne pragmatique et en quête de sens, la question se pose : comment la langue française peut-elle transformer son prestige culturel en une véritable promesse d'avenir ?
Le rapport complet est désormais disponible en téléchargement libre pour les membres du réseau culturel français à l'étranger.
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