Raphaëlle Macaron : l’exposition « Écrire en français » déjà présentée dans plus de 60 pays
Publié le 26 octobre 2025
Illustratrice pour des bandes dessinées et des magazines, Raphaëlle Macaron prend part à l’exposition “Écrire en français”, produite par l’Alliance Française de Paris et proposée par l’Institut français au réseau culturel français à l’étranger. Elle nous parle de la genèse du projet, déjà présenté dans près de 70 pays à travers le monde, mais aussi de son rapport à la langue française et de ses projets personnels.
J’ai toujours traité la bande dessinée comme quelque chose de très libérateur, où je n’ai pas peur de parler de choses personnelles.
Depuis 2012, vous travaillez comme illustratrice pour des bandes dessinées ou des magazines. D’où vient cette passion ?
Mes premiers souvenirs en rapport avec le dessin sont liés à ma tante, qui était une artiste multidisciplinaire. Quand j’étais petite, elle me poussait à essayer des choses, que ce soit de la peinture, du dessin, de la sculpture ou du collage et j’ai des souvenirs très vifs de ces moments. Malgré la richesse de la scène culturelle libanaise, j’avais pourtant du mal à concevoir cette pratique comme une vraie carrière. J’ai tout de même fait les Beaux-Arts de Beyrouth et, finalement, je me suis spécialisée en illustration avec un master en bande dessinée. J’ai toujours été passionnée de musique et j’étais avide de concerts, mais aussi de disques : ma pratique artistique, en termes de typographie et de composition, est beaucoup venue des pochettes de disques et des affiches de concerts. Ma collection de disques est ainsi devenue une banque d’images, mais j’ai aussi toujours adoré les affiches de cinéma égyptiennes, peintes à la main, aux compositions absurdes, qui possédaient une manière fascinante de traiter la typologie arabe.
Vous avez réalisé les illustrations de l’exposition “Écrire en français”, produite par l’Alliance Française de Paris et proposée par l’Institut français au réseau culturel français à l’étranger. Comment est né ce projet et comment y avez-vous pris part ?
C’est l’Alliance française qui est venue vers moi, par l’intermédiaire de l’auteur libanais Sabyl Ghoussoub, qui avait proposé mon travail pour le projet. J’étais déjà allée à l’Alliance française de Paris pendant la tournée de mon premier livre, Les Terrestres, coécrit avec Noël Mamère, mais c’est une initiative de leur part. Cela m’a pris du temps de comprendre exactement ce qu’il en était car le concept d’une exposition sur la langue française était assez abstrait. C’était un challenge de rendre tout cela visuel et palpable puisque le rapport à la langue française reste vague.
De quelle manière s’est déroulé votre travail sur cette exposition ? Comment avez-vous déterminé la direction artistique de vos illustrations ?
J’ai beaucoup discuté avec le commissaire de l’exposition Bernard Magnier, qui a décidé de la trame, du choix des auteurs et de la manière de les rassembler en catégories. Ces échanges m’ont permis de comprendre qu’il me fallait trouver un fil directeur visuel pour que l’exposition se tienne et que le côté abstrait demeure palpable. J’ai donc réfléchi à ces formes abstraites, qui traversent les portraits des auteurs et peuvent se mouvoir dans de nouvelles formes, mais aussi des tons différents. Le challenge était également de rendre les portraits intéressants et de ne pas se limiter à des portraits en illustration. J’essaie souvent de me demander pourquoi réaliser une illustration et pas se contenter d’une photographie : il est essentiel que cela fasse sens.
Comment avez-vous élaboré le graphisme et la scénographie de l’exposition ?
J’ai eu la chance de collaborer avec le graphiste Sunra Thompson et le scénographe Joseph Matick, qui sont tous les deux américains. Joseph prend des cours de français à l’Alliance française et Sunra ne parle pas français donc c’était drôle de faire l’exposition avec eux. J’avais déjà pu travailler avec Sunra sur plusieurs projets et comme c’était un enjeu de trouver des solutions graphiques pour l’exposition, il était important de la créer avec quelqu’un qui comprend mon travail. Joseph a également été d’une grande aide pour adapter l’exposition à l’espace de l’Alliance française. C’est un endroit qui ne ressemble pas à une galerie habituelle avec des escaliers, des hauteurs sous plafonds variables et une grande baie vitrée. Il a, par exemple, pensé aux formes sur le plafond, sur le sol ou encore aux citations sur la baie vitrée. C’était très intéressant puisque je n’avais jamais vraiment travaillé avec un scénographe et je pense que c’était vraiment deux ajouts importants à la conception de l’exposition.
En tant que libanaise d’origine, quel est votre rapport à la langue française ? Cela a-t-il influencé votre manière d’aborder ce projet ?
Je parle français depuis toute petite et j’ai grandi avec les trois langues, le français, l’anglais et l’arabe. Je me suis toujours sentie francophone et c’est une langue dans laquelle j’ai l’impression de bien m’exprimer. Lorsque je vivais au Liban, on mélangeait beaucoup les trois langues et, quand j’ai commencé à venir à Paris, je me suis rendu compte que j’avais énormément de mal à faire une phrase entière en une seule langue donc j’ai dû m’entraîner à trouver tous les mots facilement en français. Ça a changé mon rapport à la langue car j’ai commencé à avoir des tics de langage que je n’avais pas avant. En arrivant, j’ai tenté de cacher mon accent, d’uniformiser mon langage et, maintenant, après plusieurs années à Paris, je ne me pose plus du tout la question : c’est un français qui est le mien, qui est très libanais, avec beaucoup d’anglicismes et d’arabicismes.
Avez-vous d’autres projets en cours ?
Je travaille sur ma deuxième bande dessinée, qui est un gros livre de 200 pages. Cela me prend beaucoup de temps et elle ne sera sûrement pas terminée avant deux ans. C’est une fiction qui se déroule au Liban, une histoire familiale sur un fond surréaliste. En ce moment, j’ai beaucoup de choses à dire sur l’endroit d’où je viens et je pense que la bande dessinée est un excellent intermédiaire. J’ai toujours traité la bande dessinée comme quelque chose de très libérateur, où je n’ai pas peur de parler de choses personnelles.
Comment diffuser l'exposition ?
Dans le cadre de ses activités, l'Institut français propose gratuitement au réseau culturel français à l'étranger l'exposition itinérante « Écrire en français », produite par l’Alliance Française de Paris.
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