Le lauréat de la Villa Kujoyama Johan Desprès expose à la Biennale Emergences
Publié le 10 avril 2025
Diplômé de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble en 2009, Johan Després a créé son activité de rénovation et maçonnerie du bâti ancien en 2013, au sein de la SCOP du bâtiment Cabestan. Lauréat de la Villa Kujoyama, sa résidence au Japon a donné naissance, au sein de son concept de « Parementerre », au luminaire Tsuchi to Kami (Terre + Papier) en collaboration avec une autre lauréate, Céline Wright. Alors que la pièce est exposée au Centre national de la danse, à Pantin, dans le cadre de la 8e Biennale Emergences (du 10 au 13 avril 2025), Johan Després évoque ses créations, sa résidence à la Villa Kujoyama et ses projets à venir.
Cette résidence a été un pas de côté par rapport à ma pratique d’artisan et m’a permis de voir que je pouvais m’exprimer autrement et me rapprocher des artistes.
Entrepreneur dans la rénovation du bâti ancien depuis 2013, vous êtes spécialisé dans l’architecture de la terre crue. Comment vous êtes-vous intéressé à ce domaine ?
Pendant mes études d’architecture, j’ai découvert un livre qui était caché dans la bibliothèque de mon école à Saint-Étienne et ça a été une révélation. Alors que l’on nous parlait de béton et d’acier, j’ai vu qu’il était possible de construire en terre et j’ai décidé de partir à Grenoble, où l’on apprenait la terre crue. C’est devenu une passion et je me suis spécialisé dans l’architecture de terre crue après mon diplôme. Dans le même temps, je me suis aperçu que j’habitais dans une région où il y avait beaucoup de terre crue. J’ai ainsi monté mon entreprise de maçonnerie car j’aurais été frustré de concevoir sans réaliser moi-même. Il est essentiel pour moi de décloisonner les domaines, la réalisation et la conception.
Lauréat de la Villa Kujoyama en 2020, vous avez réalisé une résidence autour de la recherche d’un “geste parfait” entre pratiques françaises et artisanat japonais. Quelles ont été les grandes étapes de cette résidence ?
Lorsque j’ai commencé à apprendre la construction en terre, il y avait des Japonais sur des festivals (Grains d’Isère) et j’ai pu découvrir leurs pratiques. C’était tellement inspirant que j’ai gardé un lien avec certains artisans et décidé de postuler à la résidence de la Villa Kujoyama. Il y a vraiment une gestuelle spécifique chez les enduiseurs de terre crue, les sakan, qui est très impressionnante au Japon. Quand on démarre notre pratique, on agit par mimétisme, mais, à ce moment-là, je me suis aperçu que je n’arrivais pas à reproduire ce geste, qui m’agaçait et me fascinait en même temps. Au Japon, il y a une recherche de perfection, une volonté de pousser à l’extrême les choses. La première grande étape de la résidence a été de s’acclimater : il fallait que j’installe une zone où je pouvais pratiquer, puis que je renoue le contact avec des artisans que j’avais déjà rencontrés lors d’un précédent voyage. Je voulais les retrouver, les inviter à la Villa ou les rencontrer ailleurs. J’ai également découvert Kyoto, où il y a beaucoup à apprendre par l’observation pure. Je suis un autodidacte, j’aime observer et le fait de ne pas parler japonais n’a pas été très difficile pour moi car je pense que l’on peut communiquer autrement. Ça a été très intéressant, mais aussi éprouvant psychiquement pour s’adapter et digérer toutes ces informations. Ces quatre mois sont passés très vite.
Mon concept de parements en terre crue est un système modulaire de cadres en bois dans lesquels on enduit de la terre crue sur un lattis pour créer une surface murale naturelle, riche en teintes et en textures.
Avez-vous des souvenirs marquants de cette résidence à partager, des découvertes ou rencontres qui ont fait avancer votre travail ?
Cette résidence a été un pas de côté par rapport à ma pratique d’artisan et m’a permis de voir que je pouvais m’exprimer autrement et me rapprocher des artistes. J’ai notamment collaboré avec Yuko Oshima et Krikor Kouchian, musiciens professionnels et improvisateurs, avec qui j’ai créé une performance, où je métamorphosais la terre brute comme matière à construire pendant qu’ils transformaient les sons qui provenaient des outils et des éléments comme le bruit de l’eau et des frottements. C’était une première pour moi de pouvoir collaborer, parler de la terre différemment et mettre en lumière des savoir-faire. Ça m’a permis de prendre du recul par rapport à mon travail en France. Avancer de cette manière m’a vraiment conforté dans l’idée que la spontanéité est une composante essentielle dans mon travail de création.
À l’issue de cette résidence, vous avez créé la pièce Tsuchi To Kami, en collaboration avec Céline Wright, également lauréate de la Villa Kujoyama. Pouvez-vous revenir sur votre collaboration ?
La pièce s’appelle Tsuchi To Kami — Tsuchi signifie la terre et Kami, le papier — et elle s’inscrit dans ma série Parementerre, une idée que j’avais avant la Villa et que j’ai développée après cette expérience japonaise. Mon concept de parements en terre crue est un système modulaire de cadres en bois dans lesquels on enduit de la terre crue sur un lattis pour créer une surface murale naturelle, riche en teintes et en textures. Je cherchais à collaborer avec des créateurs partageant la même éthique des matériaux et pouvant intégrer leurs pièces dans le jeu de calepinage. C’est comme ça que j’ai pensé à Céline Wright, rencontrée à Kyoto, qui a spontanément accepté.
Céline a proposé une pièce qu’on a ensuite mise en accord tous les deux, mais que nous avons pensée à distance. Elle s’est occupée de la partie luminaire et moi, de la partie terre et parements. Aujourd’hui, nous poursuivons d’autres recherches, où la terre et le papier sont plus imbriqués et moins indépendants l’un de l’autre.
Avec Céline Wright, nous avons des caractères, des parcours et une vision des choses différents, mais une réelle connexion. Cela nous donne envie de continuer à proposer d’autres pièces cohérentes (...).
Tsuchi To Kami va être exposée à la Biennale Emergences du 10 au 13 avril 2025 à Pantin. Que représente cette mise en lumière de votre pièce ?
Cette Biennale est l’occasion de montrer notre travail ensemble, avec Céline. C’est très intéressant car nous avons des caractères, des parcours et une vision des choses différents, mais une réelle connexion. Cela nous donne envie de continuer à proposer d’autres pièces cohérentes, car il y a une approche écologique et créative, une opposition entre la massivité et la légèreté, qui nous permet d’entrevoir énormément de choses à faire. Je continue à travailler avec Céline car c’est un plaisir de le faire, et la notion de plaisir au travail est un objectif parfois difficile à atteindre. Elle a une vision plus efficace que moi sur le marché et sur la vente. Elle m’apprend beaucoup de choses et a ce rôle de marraine, qu’elle tient spontanément et généreusement.
Avez-vous de nouveaux projets en cours de préparation ?
Pour le moment, je suis sur la phase de développement de mes parements avec la perspective d’autres salons, mais aussi la phase de communication. J’aimerais multiplier les collaborations avec d’autres créateurs, j’en ai parlé avec des lauréats de la Villa Kujoyama, mais tout prend du temps. Avec l’expérience, je ne suis plus dans l’attente du tout de suite maintenant : les gens ont d’autres calendriers et, un jour, on se rencontrera. Je sème des graines et il y a des connexions qui se font. Ensuite, il y a un temps de maturation à respecter. J’ai aussi un projet de documentaire sur les enduiseurs japonais : j’ai bien avancé et je suis à la recherche d’un producteur. C’est un projet très intéressant, encore sur le décloisonnement des disciplines, où l’on mélange le côté technique des enduiseurs et le regard des artistes qui viendraient faire des performances sur les chantiers. J’espère que ce travail aboutira mais la recherche de financements est une aventure énergivore !
La Villa Kujoyama
La Villa Kujoyama est un établissement artistique du réseau de coopération culturelle du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Relevant de l’Institut français du Japon, elle agit en coordination avec l’Institut français et bénéficie du soutien de la Fondation Bettencourt Schueller, qui en est le mécène principal.
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