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Cécile Le Vaguerèse-Marie

Nous n’hésitons pas à prendre des risques, et à soutenir des jeunes compagnies qui ont du mal à se diffuser, et dont les processus de création sont assez longs.

Cécile Le Vaguerèse-Marie est à la tête de l’Onda, l’Office national de diffusion artistique, qui propose plusieurs dispositifs pour soutenir les structures qui s’engagent aux côtés du spectacle vivant. 

Publié le 12/11/2021

5 min

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Cécile Le Vaguerèse-Marie
Crédits
Cécile Le Vaguerèse-Marie © Mathilde Delahaye

Vous venez d’être nommée directrice de l'Onda, l’Office national de diffusion artistique. Pouvez-vous nous présenter cet organisme et ses missions ? 

L’Onda est un organisme qui a été créé en 1975 pour mettre en lien les artistes, notamment l’émergence, avec les structures de diffusion. C’est toujours sa mission aujourd’hui. C’est un service public qui opère uniquement dans le secteur subventionné : nous défendons toutes les disciplines du spectacle vivant, à l’exception du champ musical, où nous nous concentrons sur le jazz et la musique contemporaine. L’Onda travaille avec environ mille structures partenaires, au niveau national et international. Sur ce dernier plan, nous nous focalisons sur l’importation des artistes étrangers sur les scènes françaises. Nous travaillons donc en totale complémentarité avec l’Institut français, qui s’occupe plutôt de l’exportation des artistes français sur les scènes étrangères. Nous n’hésitons pas à prendre des risques, et à soutenir des jeunes compagnies qui ont du mal à se diffuser, et dont les processus de création sont assez longs. Nous apportons une garantie financière aux structures de diffusion qui les accompagnent afin de les soutenir dans le risque artistique qu’elles prennent. Aider l’émergence, c’est s’assurer que la diffusion des spectacles puisse permettre à cette dernière de grandir, et aux compagnies d’évoluer et de se faire connaître. 

 

Quel sera le fil conducteur de votre action à la tête de l’Onda ? 

Je ne toucherai pas à l’ADN de l’Onda, qui fonctionne déjà très bien. Je considère que ma mission est de déplacer le regard des programmateurs et programmatrices, qui ont parfois besoin de l’Onda pour se laisser convaincre d’accompagner des spectacles insolites et/ou innovants. Bien sûr, nous vivons une situation compliquée avec la Covid-19, ce qui nécessite d’adapter notre projet. Cette pandémie a apporté beaucoup de difficultés, mais nous a aussi poussé à nous remettre en question et à changer notre façon de travailler et de nous déplacer. Aujourd’hui, le public du spectacle vivant a du mal à se renouveler. La pandémie a créé de nouveaux outils, et a permis à un nouveau public de découvrir ces spectacles via des contenus numériques. Il y avait auparavant une vraie scission entre le spectacle vivant et l’audiovisuel, dont parfois au niveau des artistes eux-mêmes qui s’ignoraient mutuellement. Ma deuxième mission, enfin, sera de travailler avec les régions. Aujourd’hui, cinq régions françaises se sont dotées d’agences spécialisées dans l’accompagnement du spectacle vivant, et ont créé un réseau qui s’appelle La Collaborative. D’autres n’ont pas encore franchi le pas ou ne souhaitent pas le faire. C’est vers ces dernières que se portent nos efforts, afin de les accompagner sur des sujets liés aux politiques culturelles régionales. 

Que ce soit à la télévision ou sur les réseaux sociaux, les projets que nous soutenons doivent être disponibles gratuitement.

Comment se manifeste concrètement le soutien que vous apportez aux artistes et aux salles ? 

Nous ne soutenons pas directement les artistes, mais les structures de diffusion qui les programment. Nos conseillers et conseillères vont voir pratiquement tout ce qu’il est possible de découvrir. Cette petite équipe, très active, travaille vraiment sur le terrain, et suit le travail d’un nombre considérable de compagnies et de lieux. Ils et elles font donc le lien entre d’un côté les artistes, et de l’autre les programmateurs et les programmatrices. Cela permet d’établir un vrai climat de confiance. Ils et elles les connaissent très bien, et sont donc capables de leur proposer des créations qui leur correspondent. Nous organisons aussi des rencontres et des parcours à l’international, en associant parfois des aides à la mobilité, afin de leur permettre de découvrir des spectacles étrangers. 

 

L’Onda propose un nouveau dispositif d’aide à l’expérimentation de contenus numériques. Est-ce que la crise du Covid-19 a accéléré le développement de cette pratique ? 

Le ministère de la Culture, qui dans le cadre de son plan de relance nous a doté de fonds importants, va nous permettre de travailler sur ces nouvelles façons de diffuser via les outils numériques. Nous venons de publier un appel à projet dans ce sens, qui s'appelle Écran vivant. Ce dispositif s’adresse aux artistes, via les structures de diffusion du spectacle vivant, pour leur permettre de faire évoluer leurs pratiques numériques. 

 

Quels seront les canaux de diffusion privilégiés pour ces captations ? 

Les spectacles qui sont filmés en entier sont pris en charge par le CNC, qui fait ensuite le lien avec les chaînes de télévision comme Arte, TV5, France Télévisions, ou la chaine Culturebox spécialisée dans le spectacle vivant. Mais ce dispositif se destine aussi à la diffusion internationale. Cet été, au festival d’Avignon, beaucoup de programmateurs et programmatrices étrangers·ères ne sont pas venu·e·s à cause de la pandémie. Ces captations ont permis de pallier cela et de continuer à imaginer la diffusion à l’international. Une autre question importante est celle de la gratuité : que ce soit à la télévision ou sur les réseaux sociaux, les projets que nous soutenons doivent être disponibles gratuitement. Nous travaillons aussi sur tout ce qui s’apparente à de la médiation autour du spectacle en lui-même : documentaires, capsules et interviews des artistes, qui peuvent ainsi expliquer leur démarche. Ces documents audiovisuels peuvent ensuite être exploités en milieu scolaire, dans le cadre d’un projet pédagogique, pour accompagner la venue des élèves au théâtre... Certaines compagnies créent aussi, en amont d’un spectacle, des web-séries qui seront diffusées sur les réseaux sociaux. A Cherbourg, il y a quelques années, une compagnie a créé une web série qui a fait le buzz dans la ville, ce qui a donné des salles bien remplies. Le but étant toujours de dépasser cette scission historique entre l’audiovisuel et le plateau. 

L'Institut français et l'Onda

L'Onda est un partenaire régulier des Focus de l'Institut français. Focus est un programme destiné à accompagner les professionnels étrangers dans le repérage des secteurs de la création culturelle française et d’encourager leur diffusion dans le monde. 

En savoir + sur les Focus 

L'institut français, LAB