de rencontres
Rencontre
Langue française

Festival de la francophonie : 5 questions à Valérie Senghor

L’ensemble de ce moment francophone s’intitule "Refaire le monde", comme une forme de célébration de la francophonie en tant que vecteur de transformation du monde.

Avec « Refaire le monde, le festival de la francophonie », adossé au XIXe Sommet de la Francophonie, l’année 2024 entend offrir aux jeunes générations francophones un espace de mise en dialogue pour réparer, réinventer et réenchanter le monde. Les scènes culturelles, éducatives et entrepreneuriales francophones sont réunies du 20 mars – journée internationale de la langue française – au 6 octobre, afin de mettre en lumière celles et ceux qui expriment leur créativité, leur inventivité et leur ingéniosité en français. Alors que l’Institut français s’est associé au Festival avec l’appel à projets « Résonances internationales du Festival de la francophonie », Valérie Senghor, Commissaire du Festival de la francophonie, nous emmène dans les coulisses d’une programmation internationale multi-terrain.

Mis à jour le 08/04/2024

5 min

Image
Valérie Senghor
Crédits
© DR

Pour la première fois depuis 33 ans, le Sommet de la Francophonie – réunion des 88 chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage – est accueilli par la France, à la Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts le 4 octobre, et à Paris le 5. À cette occasion, une programmation pluridisciplinaire inédite a été déployée sous l’égide du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Qu’est-ce qui a motivé cette initiative ? Pouvez-vous revenir sur la genèse du projet ? 

Le Sommet de la Francophonie est la plus haute instance de l’Organisation internationale pour la Francophonie (OIF), héritière de l’ACCT (Agence de coopération culturelle et technique) qui était initialement un outil au service du développement et des échanges entre pays francophones, notamment sur le plan culturel et technique. Parallèlement à ce moment très fort au niveau institutionnel, les autorités françaises ont proposé de créer un espace de rencontre, de dialogue et d’échange d’expériences entre et avec les sociétés civiles des pays francophones. 

La création de ce Festival, qui s’adresse au grand public et particulièrement aux jeunesses francophones de moins de 40 ans, est vraiment l’opportunité de faire découvrir ce qu’est la francophonie au travers de sa diversité et de sa richesse sur les plans artistique, culturel, entrepreneurial, économique et académique.

L’enjeu vis-à-vis de nos concitoyennes et concitoyens est aussi de susciter la curiosité, voire de développer un sentiment d’appartenance à cette communauté francophone. Il y a un enjeu de changement de perception de ce qu’est la réalité de la francophonie. 

 

La ligne directrice du Festival est une invitation à « réparer, réinventer et réenchanter » le monde. À quels enjeux répond-elle ? 

Le triptyque réparer, réinventer, réenchanter le monde est une grille de lecture à travers laquelle questionner la langue française pour en montrer le rôle, l’utilité et la puissance. 

Réparer le monde invite à envisager le français comme une langue du faire, de l’action, de l’expérimentation, dans un monde fracturé et confronté à des défis globaux. Réinventer le monde, c’est le français en tant qu’outil conceptuel, qui permet l’élaboration d’une pensée critique et l’expression du débat. Réenchanter le monde aborde la langue française comme une langue de construction de nouveaux imaginaires, de nouvelles esthétiques. Le français est ici célébré dans sa diversité d’expressions, d’accents, de rythmes à l’échelle planétaire. 

L’ensemble de ce moment francophone s’intitule Refaire le monde, comme une forme de célébration de la francophonie en tant que vecteur de transformation du monde. Il faut y voir une exhortation à agir. C’est à la fois un appel à l’imagination et un défi concret que nous voulons lancer aux artistes, créateurs, entrepreneurs, chercheurs et intellectuels francophones. Durant les six mois du Festival, ils sont invités à se rassembler pour agir, penser et créer ensemble le monde de demain. 

Le Festival Refaire le monde est là pour jouer un rôle de caisse de résonance. Il a vocation à accompagner et accélérer des initiatives qui sont destinées à le prolonger. 

Avec l'appel à projets « Résonances internationales du Festival de la francophonie », l'Institut français assure le soutien de 34 projets portés par les établissements du réseau culturel français à l’étranger. Comment ont-ils été choisis et que disent les thématiques et pays retenus de la francophonie d’aujourd’hui ?  

34 projets et plus de pays puisque l’un des critères phare de sélection était la coopération régionale ! On a d’ailleurs trois projets régionaux qui vont pour certains jusqu’à associer une dizaine de pays.

Un autre critère majeur de sélection était de mettre en relation la langue française avec des grands enjeux de société. De nombreux projets s’intéressent aux questions climatiques. Je pense notamment au projet régional « Odyssée plastique », porté par la Malaisie et au projet « Solution innovantes face au changement climatique en Afrique de l’Ouest », donnant à entendre les voix de la jeunesse sénégambienne. Le Cambodge, le Laos et le Vietnam se sont quant à eux réunis pour permettre aux apprenants de et en français de co-construire des initiatives visant à renforcer la protection de l’environnement. Nous trouvons aussi des projets qui concernent des questions plus sociétales : l’égalité des genres et la question du féminisme sont alors centrales. Je pense notamment à la cinquième rencontre du Parlement des écrivaines francophones (PEF), qui se tiendra au Québec en avril prochain. Des projets s’intéressent également aux nouvelles formes d’habitat. C’est le cas en Roumanie et au Costa Rica. Pour ce qui est de la Slovénie et l’Irlande, elles se sont emparées du rapport entretenu par la langue à l’Intelligence Artificielle.

Le comité de sélection s’est aussi particulièrement intéressé aux initiatives visant un impact durable pour ses bénéficiaires. Le Festival Refaire le monde est là pour jouer un rôle de caisse de résonance. Il a vocation à accompagner et accélérer des initiatives qui sont destinées à le prolonger. 

 

Les résonances internationales se coupleront à d’autres initiatives territoriales, avec en point d’orgue les « Journées d’octobre », qui se dérouleront en partie à la Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts, et dans divers lieux à Paris. Pourquoi avoir choisi d’associer dans votre programmation les échelles locales, régionales et internationales ?

Le Festival va s’articuler autour d’une première séquence que nous appelons les résonances nationales et internationales du Festival, avec d’autres appels à projets lancés en France dans les écoles, dans les établissements d’enseignement supérieur, auprès des acteurs culturels et des acteurs de la coopération. La question de la coopération entre acteurs et continents de la francophonie est un axe fort de ce festival, ce qui permet des rapprochements entre structures locales et internationales qui n’ont pas forcément l’habitude de travailler ensemble. C’est une manière également de célébrer la francophonie des territoires, parfois méconnue.

Les journées d’octobre seront l’occasion de restituer des projets nés à l’international pendant les six mois précédents, et donc de faciliter la circulation des idées, des œuvres et des porteurs de projets.

Les jeunes francophones seront largement conviés à apporter leur témoignage. C’est cette génération qui aura la responsabilité de faire vivre la francophonie dans le futur.

La place octroyée aux jeunes générations francophones et francophiles se veut centrale dans les actions qui se déroulent de mars à octobre 2024. Comment leur implication s’incarne-t-elle ? 

L’implication des jeunesses francophones est un élément clé dans l’établissement de notre programmation. Nous souhaitons les impliquer non pas seulement comme spectateurs, récepteurs, mais comme acteurs, parties prenantes de la construction des projets. C’est le cas pour les résonances internationales du Festival. Très souvent, des collégiens, des lycéens, des jeunes professionnels sont directement engagés dans la conception des actions. Nous souhaitons qu’il en soit de même durant les journées d’octobre, et coopérons pour cela avec des opérateurs tels que France Volontaires ou Campus France. Du 2 au 6 octobre, les jeunes francophones seront largement conviés à apporter leur témoignage. C’est cette génération qui aura la responsabilité de faire vivre la francophonie dans le futur.

L'Institut français et le Festival de la francophonie

Afin de faire vivre à l’échelle internationale le Festival de la francophonie Refaire le monde, qui se déploiera de mars à octobre 2024 en marge du Sommet de Villers-Cotterêts, l’Institut français, en coordination avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et le Secrétariat général du Sommet de la Francophonie, impulse un appel à projets destiné aux établissements du réseau culturel français à l’étranger. 
Son objectif : valoriser la vitalité des scènes culturelles, académiques, scientifiques et entrepreneuriales francophones, réunies autour de la thématique « créer, innover et entreprendre en français » et ce, dans une logique d’actions terrain multi-acteurs, destinées aux jeunes générations francophones et francophiles.  

L'institut français, LAB