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Francophonie : les jeunesses francophones du Cambodge, du Laos et du Vietnam refont le monde

Grâce au projet "Refaire le monde en français", nous souhaitons montrer que le français est une langue utile, en capacité de porter des initiatives innovantes et vertes.

Dans le cadre des Résonances internationales du Festival de la francophonie 2024, le réseau culturel français à l'étranger impulse un projet régional en Asie-Pacifique, intitulé « Refaire le monde en français ». Rencontre avec Élodie Wynar, Anne-Laure Vincent et Zoé Leduc, Attachées de coopération pour le français (ACPF) aux Cambodge, Laos et Vietnam. 

Mis à jour le 22/05/2024

5 min

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Élodie Wynar, Anne-Laure Vincent et Zoé Leduc
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Pouvez-vous revenir sur la genèse de  ce projet

Il y a, entre le Laos, le Vietnam et le Cambodge, un écosystème éducatif commun : celui des classesbilingues qui existent depuis les années 90, et où un enseignement renforcé du et en français est proposé. Les trois pays ont en commun le dynamisme de leur francophonie et sont d’ailleurs tous trois membres à part entière de l’OIF. Le Cambodge en est même l’un des membres fondateurs. Il nous a semblé pertinent d’associer nos forces au vu de ces similitudes. 

L’idée était donc de proposer un projet aux enseignants et élèves  des classes bilingues à une échelle régionale. Nous savions que nous pouvions nous appuyer sur le CREFAP – Centre Régional Francophone d'Asie-Pacifique de l’OIF –, qui est en charge de la formation des enseignants et du renforcement de l’attractivité du français auprès des élèves, et sur l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), qui dispose notamment de centres d’employabilité francophone dans nos 3 pays. Ces deux organismes ont répondu présents dès que nous leur avons exposé notre vision ! 

En ligne de fond, il y avait cette possibilité de remettre en place une dynamique de mobilités régionales à destination des élèves, qui s’était amoindrie depuis les années 2000. On a perçu l’opportunité que pouvait représenter une reprise des échanges, notamment pour le renforcement de l’enseignement bilingue. L’idée était de tonifier ces dispositifs pour les faire gagner en attractivité. 

Enfin, la prise en compte environnementale restant un enjeu et un défi de poids dans nos 3 pays, il nous a été naturel de proposer un projet qui permet aux élèves de découvrir des initiatives au service de l’écoresponsabilité. 

L’objectif est d’amorcer une réflexion sur la préservation de l’environnement et les pratiques écoresponsables. Nous souhaitons sensibiliser les jeunesses francophones à ces thématiques car il y a de gros enjeux écologiques dans nos pays respectifs.

En quoi consiste le projet et quel(s) public(s) implique-t-il ? 

Le projet consiste à offrir à une trentaine de lycéens, accompagnés par deux ou trois enseignants pour chaque pays, un cycle de trois mobilités aux Laos, Vietnam, puis Cambodge, afin qu’ils puissent découvrir des initiatives vertes, impulsées par des ONG, des entreprises ou des centres de recherche. 

L’objectif est d’amorcer une réflexion sur la préservation de l’environnement et les pratiques écoresponsables. Nous souhaitons sensibiliser les jeunesses francophones à ces thématiques car il y a de gros enjeux écologiques dans nos pays respectifs. Il y a beaucoup d’initiatives d’ONG, de centres de recherche français comme l’IRD ou le CIRAD qui sont mises en place, mais que les élèves ne connaissent pas forcément. Le premier enjeu est donc de communiquer sur des solutions existantes, innovantes, et de les faire entrer en résonance avec nos publics. 

Nous avons fait le choix de cibler majoritairement des classes d’équivalent Première : les élèves y sont assez autonomes pour pouvoir apprécier le meilleur des mobilités, et pourront encore, l’année prochaine,redéployer dans le réseau des classes bilingues les bonnes pratiques acquises grâce à ce projet. 

Chaque session de quatre jours offrira des initiatives variées, qui véhiculeront une vision assez large de ce que peut être l’écoresponsabilité. Parmi les activités proposées, on compte des visites d’entreprises vertes, la participation à un atelier « La fresque du Climat ». Au Vietnam, l’ONG Trash Heroes organisera une récolte de déchets, un atelier de recyclage de tissus ainsi que la découverte d'itinéraires verts parcours en vélos fabriqués en bambou dans le Delta du Mékong. En périphérie de Vientiane, les élèves seront amenés à confectionner des assiettes et boites alimentaires en feuilles de bananier, technique traditionnelle et véritable alternative au plastique.  Ils rencontreront aussi la Mékong river commission, qui est une organisation intergouvernementale de dialogue et de coopération régionale dans le bassin inférieur du Mékong, en charge de la gestion des ressources en eau pour le développement durable de la région. 

Si nous voulons que le français continue à être appris et suscite l’intérêt de la jeunesse, il nous faut montrer que c’est une langue utile, une langue d’avenir, ouvrant des perspectives tant sur le plan personnel que professionnel. 

Avec l’accueil du XIXe Sommet de la francophonie par la France à l’automne, l’année 2024 se révèle être un temps fort pour la valorisation de la langue française et des cultures francophones. Accompagnée d’un Festival francophone exclusif, la réunion des chefs d’États et de gouvernements ayant le français en partage se double d’une invitation à « réparer, réinventer et réenchanter le monde ». 

Quel tableau peut-on dresser de la situation du français dans les pays concernés par le projet ? 

Nos trois pays ont comme point commun des systèmes éducatifs qui proposent toujours l’enseignement du français de manière renforcée. Mais si nous voulons que le français continue à être appris et suscite l’intérêt de la jeunesse, il nous faut montrer que c’est une langue utile, une langue d’avenir, ouvrant des perspectives tant sur le plan personnel que professionnel. 

Pour ce cycle d’échanges, la langue de communication sera le français. Il s’agit de la langue partagée par les trois dispositifs bilingues, qui disposent d’un enseignement en langue française de Disciplines Non Linguistiques (DNL) telles que la biologie, la physique, la chimie, ou encore les mathématiques. Les élèves auront au minimum un niveau B1, leur permettant d’interagir et de comprendre les experts francophones qui seront mobilisés. Leurs langues premières étant le lao, le khmer, ou le vietnamien, le français interviendracomme un trait d’union entre tous. 

Grâce au projet « Refaire le monde en français », nous souhaitons montrer que le français est une langue utile, en capacité de porter des initiatives innovantes et vertes. Pour cela, nous allons travailler en collaboration avec les centres d’employabilité francophones de l’AUF, qui accompagnent les étudiants dans leur insertion professionnelle. La langue française, c’est avant tout une valeur ajoutée à l’employabilité. 

Le français est ici un outil concret de transformation du monde.

En quoi votre projet est une invitation à réparer, réinventer et réenchanter le monde ? 

En Asie du Sud-Est, comme dans beaucoup d’autres endroits du monde d’ailleurs, ce qui a besoin d’être réenchanté en premier lieu, c’est l’environnement. En mettant la langue française au service de cette cause, nous voulons proposer de réparer l’environnement des élèves - ou du moins, plus modestement, la vision qu’ils en ont -, abîmé par la pollution plastique. L’objectif est aussi de réinventer leur perception du français, de susciter leur intérêt en leur permettant de poser un regard nouveau sur la langue et le monde. Le français est ici un outil concret de transformation du monde. La perspective de réenchantement se situe enfin dans le fait de découvrir des initiatives ambitieuses, à grande et petite échelle. Les jeunes n’ont pas forcément l’opportunité de voyager. On espère que ce cycle de mobilités sera aussi l’occasion de réenchanter leur monde, de leur permettre de voir qu’un ailleurs existe. Afin de comprendre les enjeux majeurs du réchauffement climatique, les élèves seront également amenés à calculer leur empreinte carbone, et d’ainsi en mesurer l’impact. 

 

Le fil directeur des trois mobilités tournantes qui auront lieu en mai, juin et juillet est celui des défis environnementaux auxquels les jeunes générations francophones et francophiles sont confrontées. Quels sont-ils dans un contexte régional ? À quelles problématiques communes devez-vous faire face ? 

Le Laos, le Vietnam et le Cambodge ont en commun le fleuve Mékong, qui est très pollué. Plus généralement, nos trois pays sont confrontés à un gros problème de déchets plastiques. La prise de conscience environnementale tarde à se faire sentir. C’est encore très fréquent de voir des gens jeter des bouteilles en plastique dans la rue ou la nature. Tout est à faire, c’est pourquoi il paraissait intéressant de fédérer les mobilités autour de cette problématique. Comment diminuer les déchets, les recycler, sont autant de questions qui seront posées de mai à juillet lors des ateliers. Notre intention est que les élèves prennent la mesure de cet enjeu régional. 

 

Quelles initiatives concrètes projetez-vous de mettre en œuvre à l’issue de ce cycle de rencontres ? 

L’idée, en creux, est que les élèves puissent partager les connaissances acquises dans le dispositif des classes bilingues. Cela sera possible grâce au déploiement de la plateforme United School, réseau social en ligne sans frais et sécurisé, accessible aux professeurs et élèves du monde entier, permettant de mettre en relation des classes éloignées géographiquement et actuellement expérimenté au sein des classes bilingues lao-français. 

À la suite de leurs 3 séjours, les élèves devenus « ambassadeurs et ambassadrices verts » seront amenés à établir un plan d’actions à déployer au sein de leurs établissements respectifs, accompagnés de leurs professeurs. Les enseignants, eux, élaboreront une « valise pédagogique » qui reprendra toutes les activités. Autant d’actions qui, nous l’espérons, donneront envie aux autres élèves de s’intéresser aux problématiques environnementales. 

L'Institut français

Afin de faire vivre à l’échelle internationale le Festival de la francophonie Refaire le monde, qui se déploie de mars à octobre 2024 en marge du Sommet de Villers-Cotterêts, l’Institut français, en coordination avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et le Secrétariat général du Sommet de la Francophonie, a impulsé un appel à projets destiné aux établissements du réseau culturel français à l’étranger. 

C'est dans ce cadre que s'inscrit le projet régional en Asie-Pacifique, intitulé Refaire le monde en français

L'institut français, LAB