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Retour sur le Salon international du livre d’Abidjan avec Anges Félix N’Dakpri

Au sein du SILA, nous avons décidé de faire de la jeunesse le cœur de cible du salon.

Le Salon international du livre d’Abidjan (SILA) s’est déroulé du 14 au 18 mai 2024. Rendez-vous majeur pour les acteurs du monde du livre, le Salon était cette année associé au projet Ressources éducatives, initié et financé par l’Agence française de développement (AFD) et mis en œuvre par l’UNESCO et l’Institut français. Nous revenons avec Anges-Felix N’Dakpri, le Commissaire général, sur la quatorzième édition du SILA. 

Mis à jour le 02/07/2024

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Salon International du Livre d’Abidjan (SILA)
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Lors de l'édition 2023 du SILA © Salon International du Livre d’Abidjan (SILA)

Le SILA vient de connaître sa quatorzième édition. Pourriez-vous nous présenter le salon, et revenir sur cette dernière édition ?

Anges Félix N’Dakpri : Le SILA est un événement littéraire qui a été initié en 1998 par l’Association des Éditeurs de Côte d’Ivoire, dont je suis aujourd’hui l’un des présidents honoraires, dans le but de créer une vitrine pour faire la promotion de l’industrie nationale du livre. Le SILA a vingt-cinq ans d’existence, mais dans la pratique nous en sommes à quatorze éditions en raison des bouleversements politiques et sociaux qu’a traversé notre pays. C’est donc un événement à dimension à la fois professionnelle, à destination des acteurs nationaux et internationaux de la chaîne du livre, et institutionnelle, car l’État ivoirien y est étroitement associé. Les organisations qui accompagnent l’industrie du livre à un niveau international y sont également représentées. C’est enfin, et surtout, un événement grand public et populaire, qui vise à démocratiser l’objet livre auprès de la population, toutes couches sociales confondues. Cette quatorzième édition, qui vient d’avoir lieu, a été pour la première fois délocalisée au Parc des Expositions d’Abidjan. Elle a connu un grand succès, avec 125.000 visiteurs et un chiffre d'affaires de ventes de 75 millions de francs CFA, ainsi que cinq mille titres écoulés. Cela démontre la vitalité et le dynamisme du SILA, mais aussi de l’édition africaine au sens large. Cette année, nous avons également reçu la visite, pour la première fois, du Président de la République de Côte d’Ivoire et de son épouse. Nous sommes donc dans de très bonnes dispositions pour nous projeter vers la prochaine édition, qui se tiendra du 6 au 10 mai 2025.        

Ressources éducatives - Salon international du livre d'Abidjan 2024
Ressources éducatives - Salon international du livre d'Abidjan 2024

Cette année, le projet Ressources éducatives de l’Institut français était partenaire du SILA. Quelles étaient les modalités de ce partenariat ? Qu’est-ce que cela a apporté au SILA ?

Anges Félix N’Dakpri : Ce projet a véritablement apporté une valeur ajoutée à cette édition. La Côte d’Ivoire n’est pas directement éligible à ce dispositif, mais nous avons estimé avec l’Institut français qu’il serait bon, dans un esprit de partage d’expériences, que nous puissions accueillir des représentants de plus d’une dizaine de pays où Ressources éducatives est déployé. Cela a été une expérience très réussie sur le plan humain, professionnel et économique, faisant naître de nombreuses opportunités d’affaires. Ce partenariat a notamment permis au SILA d’affiner son programme professionnel, dont le contenu était cette année extrêmement dense, composé de panels, d'ateliers, de tables rondes et de formations en vue de renforcer l’expertise des uns et des autres. Nous sommes très heureux de cet échange et espérons pouvoir le renouveler pour la prochaine édition. 

 

Le projet Ressources éducatives est consacré au livre jeunesse. Quelles sont les habitudes de lecture des jeunes en Côte d’Ivoire ?

Anges Félix N’Dakpri : En Côte d’Ivoire, comme dans pratiquement tous les pays africains, le marché dominant est le manuel scolaire. Celui de la littérature jeunesse est également très actif et intéressant, aussi bien en ce qui concerne les enfants que les adolescents. Ce genre, dans toute sa diversité, suscite un véritable intérêt chez les différents acteurs de la chaîne du livre. Plusieurs maisons d’éditions ivoiriennes ne ménagent pas leurs efforts pour dédier une place importante à cette littérature. Et au-delà des intérêts économiques de ce marché stratégique, il y a bien sûr la mission culturelle, sociale et éducative. Outil d’initiation et d’apprentissage, la littérature jeunesse occupe également une place prépondérante dans les différents programmes scolaires. Elle permet aussi de pénétrer les familles et d’inscrire le livre au cœur des foyers. De faire, en somme, du livre le compagnon de tous les jours des enfants. Au sein du SILA, nous avons d’ailleurs décidé de faire de la jeunesse le cœur de cible du salon. Avec en prime, trois prix littéraires nationaux dédiés à la jeunesse : le prix national Jeanne De Cavally pour la littérature enfantine et le prix national de la relève dans les catégories primaire et collège. 

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Anges Félix N’Dakpri
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Anges Félix N’Dakpri, Commissaire général du SILA
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Le livre doit contribuer à briser les barrières linguistiques.

Quels sont aujourd’hui les enjeux auxquels les professionnels du livre jeunesse sont confrontés en Afrique de l’Ouest ?

Anges Félix N’Dakpri : Susciter et encourager le goût de la lecture et de l’écriture chez les jeunes en vue de promouvoir la diversité culturelle. Le livre joue un rôle important dans le renforcement de l’estime de soi et de l’identité culturelle. Mais aussi quand il s’agit de stimuler l’expression artistique et la créativité littéraire. Elle contribue donc forcément au développement des enfants. Ces caractéristiques, qui associent l’image à l’écrit, tout en mettant en valeur la riche civilisation africaine, font que de très nombreux axes peuvent être exploités. La littérature jeunesse favorise donc à terme le fait que l'écriture de l’histoire du continent africain soit faite par les africains et pour les africains, sans la travestir au gré de certains intérêts. A travers cette littérature, on devrait faire la promotion des héros et personnages historiques et contemporains qui ont marqué l’histoire du continent. Quant aux principaux obstacles, je dirais que l’industrialisation de l’édition africaine nécessite d'acquérir la maîtrise de tout le processus, du début à la fin, de la création, à la production, à la diffusion, à la promotion et jusqu’à la question de l’accessibilité. En Côte d’Ivoire, nous avons par exemple la problématique de la distribution et de la disponibilité des livres en temps réel dans les différentes régions du pays. Le défi technologique, avec le livre numérique et l’audiobook, qui constituent des supports complémentaires au livre papier, offre de réelles possibilités et opportunités de toucher un nouveau public reparti sur toute la planète. 

Le livre joue un rôle important dans le renforcement de l’estime de soi et de l’identité culturelle. Mais aussi quand il s’agit de stimuler l’expression artistique et la créativité littéraire.

Cette année, le salon était organisé en plusieurs temps, avec une programmation professionnelle, et le pays à l’honneur était le Kenya. Quels ont été les temps forts du salon ? 

Anges Félix N’Dakpri : Le livre doit contribuer à briser les barrières linguistiques, et nous avons estimé qu’il était important de faire le pont entre l’Afrique francophone et anglophone, comme c’est le cas avec le Kenya. Ce pays est un modèle en matière de politique du livre et de système éducatif. Cet échange nous a donc permis un véritable échange d’expérience. 

Un autre volet important était notre programme professionnel, particulièrement développé cette année avec l’organisation d’un important forum acheteur-vendeur sur la cession et l’achat de droits : c’est ce qui fait, après tout, la saveur d’un salon. Sans oublier les prix littéraires nationaux, au nombre de six, ainsi que la rencontre hommage autour de la figure de Béchir Ben Yahmed, organisée en partenariat avec le média Jeune Afrique. Et enfin, les compétitions de scrabble et la dictée nationale, organisée en coopération avec le club Rotary International, qui se tient en même temps dans tout le pays. 

Actu - ressources éducatives

A propos de "Ressources éducatives"

Le projet Ressources éducatives, initié et financé par l’Agence française de développement (AFD) et mis en œuvre par l’UNESCO et l’Institut français, vise à renforcer l’accès des élèves du primaire et du secondaire en Afrique subsaharienne francophone à un ensemble de ressources éducatives de qualité. En savoir plus 

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