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Rozenn Le Bris & Alexandre Plank

L’idée du podcast "Ecoutes croisées" était de donner la parole à des auteurs pour qu’ils nous parlent de leur ville : en l'occurrence, Beyrouth, Tunis et Salé.

Le festival Mode d’emploi, dédié aux grandes questions qui traversent la société contemporaine, a eu lieu à la Villa Gillet du 15 au 20 novembre dernier. L’occasion d’étrenner un nouveau format de podcasts littéraires, Écoutes croisées, avec une première saison : Méditerranées, le polygone étoilé. Retour sur la genèse de ce projet, avec Rozenn Le Bris, directrice adjointe de la Villa Gillet, et Alexandre Plank, directeur artistique et co-fondateur du collectif Making Waves, à la réalisation pour cette saison 1. 

Mis à jour le 16/12/2021

10 min

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Tunis (Ecoutes croisées)
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© Youssef Ben Ammar

Rozenn Le Bris, pourriez-vous nous présenter la Villa Gillet et nous parler de ses activités ?

Rozenn Le Bris : La Villa Gillet est une maison des écritures internationales située à Lyon. C’est l’un des rares lieux en France et en Europe qui n’est ni une bibliothèque, ni un lieu d’édition ou de spectacle vivant, ni une librairie, mais une maison qui réunit toutes les écritures contemporaines, à la fois françaises, européennes et étrangères. Nous organisons notamment trois festivals : Mode d’emploi, axé sur les sciences humaines, le Littérature Live – festival international de littérature de Lyon, qui se déroule en mai, et un festival dédié aux jeunes publics au mois de juillet. Nous avons aussi un programme annuel d’accueil, d’ateliers, de performances et de résidences de création. Ces résidences peuvent aussi s’inscrire dans un cadre d’urgence, car nous avons vocation à accueillir des écrivains et écrivaines qui rencontrent des difficultés dans leur pays d’origine : c’est le cas par exemple de deux des écrivains qui interviennent dans notre programme Écoutes croisées. La Villa Gillet existe depuis une trentaine d'années. C’est un lieu qui a vocation à s’inscrire dans son propre territoire tout en cultivant sa dimension internationale. 

 

Le festival Mode d’emploi, organisé par la Villa Gillet, a eu lieu du 15 au 20 novembre prochain. Quelles ont été les grandes thématiques cette année ? 

Rozenn Le Bris : Le festival Mode d’emploi est un festival de sciences sociales dédié aux grandes questions qui traversent les sociétés : cette année nous nous sommes interrogés sur la démocratie, mais aussi sur le vivant, sur les nouveaux journalismes, etc. Nous avons invité des chercheurs, des politologues, des philosophes, des illustrateurs de presse, des reporters. Du 15 au 20 novembre, tous les soirs, dans différents lieux de Lyon, nous proposions ainsi un certain nombre de plateaux ouverts au public. Le 19 novembre, nous avons présenté le projet de podcasts littéraires Écoutes croisées, pour lequel nous avons fait appel à Making Waves. 

 

Alexandre Plank, pourriez-vous nous présenter l’activité et le fonctionnement de Making Waves, qui est à la fois une association et une entreprise solidaire d’utilité sociale (ESUS) ? 

Alexandre Plank : Nous travaillons autour du son, du podcast et de la radio. Making Waves est organisée autour de trois pôles. Le pôle studio, qui s’occupe de production pour des institutions publiques et culturelles. Le pôle ONG, qui s’organise autour d’un objet que nous avons créé et que nous produisons avec notre équipe : la radiobox. Il s'agit d'un studio radio mobile facile d’utilisation et accessible à toutes et à tous, sans compétences techniques particulières. Cela permet aussi de diffuser en dehors de la FM, qui impose des règles très contraignantes, et de pouvoir diffuser très facilement sur des plateformes comme Whatsapp, Facebook, Telegram ou encore Twitch. Notre troisième pôle est consacré à l’insertion. Grâce à une convention que nous avons passée avec l'Etat et le Ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion, nous avons pu embaucher des personnes en situation d’éloignement de l’emploi. Nous avons ainsi formé huit personnes à la création audio. Nous sommes basés à Saint-Denis et nous collaborons avec différentes institutions : l'AFD (Agence française de développement), RFI, la RTBF,  le Louvre d’Abu Dhabi, le Jeu de Paume, les théâtres nationaux de Strasbourg et de Dijon, l’Institut français pour les podcasts Autrement dit et Ecoutes croisées, etc.   

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Rozenn Le Bris
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Rozenn Le Bris
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Pour "Ecoutes croisées", la Villa Gillet voulait vraiment solliciter des auteurs et autrices qui vivent et travaillent sur place, et qui peuvent se faire la chambre d’écho de leur société.

Le 19 novembre dernier, le public du festival Mode d’emploi a pu découvrir une série de podcasts littéraires intitulée Écoutes croisées, coproduite avec l'Institut Français et réalisée par Making Waves. La saison 1 s’appelle « Méditerranées. Le Polygone étoilé ». Pouvez-vous nous présenter ce projet ?

Rozenn Le Bris : J’avais déjà travaillé avec la radio box de Making Waves avant d’intégrer la Villa Gillet, c’est pourquoi nous avons souhaité faire de nouveau appel à eux pour travailler autour des écritures sonores. Nous souhaitions notamment faire écho aux dix ans des printemps arabes. Le projet Écoutes Croisées, qui en est né, est une cartographie littéraire à partir d’écrivains qui portent un regard sur les villes et les sociétés dans lesquelles ils vivent. Pour cette première saison, nous avons réalisé ces podcasts dans différents pays du pourtour méditerranéen. 

 

Pour chaque épisode, vous avez donc travaillé avec un auteur différent et conçu avec lui la structure de l’épisode et sa thématique ?

Rozenn Le Bris : La Villa Gillet voulait vraiment solliciter des auteurs et autrices qui vivent et travaillent sur place, et qui peuvent se faire la chambre d’écho de leur société. La Villa Gillet, et les Instituts français locaux, ont ensuite fait le lien avec Making Waves.

Alexandre Plank : En créant des associations avec des réalisateurs radio et des écrivains, nous voulions éviter de créer quelque chose d’uniforme et proposer des formats à chaque fois différents. 

 

Pouvez-vous nous parler de ce lien entre un point de vue littéraire, porté sur une ville, et la réalisation sonore qui en découle ?

Alexandre Plank : L’idée était de donner la parole à des auteurs pour qu’ils nous parlent de leur ville : en l'occurrence, Beyrouth, Tunis et Salé. A travers une réflexion intime, il s’agissait d’évoquer l’état actuel de ces différents pays, aussi bien d’un point de vue humain que politique. Avec l’écrivain Camille Ammoun, auteur d’Octobre Liban (Inculte), nous sommes ainsi allés à Beyrouth. La même démarche a aussi été menée avec une écrivaine et dramaturge, Valérie Cachard, en collaboration avec la réalisatrice radio Alice Lefilleul, avec cette fois l’envie de rencontrer les gens et comprendre l’état émotionnel de la population face à la crise sans précédent que connaît ce pays. Je me suis également personnellement rendu au Maroc, à Salé, avec l’auteur Abdellah Taïa, qui y a passé son enfance. C’est une ville écrasée par le voisinage de la capitale, Rabat, qui a été un lieu très important pour la démocratie dans l’histoire du pays. Nous avons donc traversé Salé en essayant de condenser ce qui se passe aujourd’hui dans la société marocaine à travers les yeux d'Abdellah Taïa.

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L'Institut français et le podcast

Écoutes croisées est un projet initié par la Villa Gillet, maison européenne et internationale des écritures contemporaines. Dans le cadre du programme Livres des deux rives – un dialogue méditerranéen par le livre, l’Institut français a co-produit, avec les Instituts français d’Algérie, du Maroc et de Tunisie, trois épisodes de la première saison, Méditerranées. Le polygone étoilé

En savoir + sur le programme Livre des deux rives 

L'institut français, LAB