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Autophagies, un spectacle d’Eva Doumbia
Théâtre
#411
Oeuvre

2 min

Autophagies, un spectacle d’Eva Doumbia

Autophagies, le nouveau spectacle de la metteuse en scène et auteure Eva Doumbia, propose une expérience hybride, centrée autour de la cuisine et d’une réflexion sur les enjeux historiques de la circulation des aliments.  

© Thomas Cartron
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Métissages

Fille d’un père ouvrier immigré et petite fille d’un cheminot, Eva Doumbia se considère elle-même comme une métisse, à la fois au plan culturel et social. Après une formation en lettres, puis à la mise en scène, elle fonde sa compagnie La Part du Pauvre à Marseille en 2000, qui sera bientôt suivie par la compagnie Nana Triban, basée à Abidjan. Désormais enracinée au Havre, dont elle est originaire, son théâtre explore à la fois le répertoire dramatique classique et les écritures contemporaines du domaine francophone. Elle est également auteure : après un premier roman, Anges Fêlées (Vent d’ailleurs, 2016), elle a récemment publié un texte de théâtre, Le Iench (2020), chez Actes Sud. 

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Eucharistie documentaire

Autophagies (Histoires de bananes, riz, tomates, cacahuètes, palmiers. Et puis des fruits, du sucre, du chocolat) est un spectacle à mi-chemin entre le théâtre et la dégustation collective. Eva Doumbia y joue le rôle d’une maîtresse de cérémonie qui convie le public à une « eucharistie documentaire » orchestrée par le chef cuisinier Alexandre Bella Ola. Pendant une heure et demie, la préparation du mafé s’accompagne d’histoires autour de chaque ingrédient. Ce voyage dans l’assiette, consiste, selon la metteuse en scène, « à partir d’une petite chose, et à la déplier pour parler d’histoire ». Derrière chaque aliment se dévoile l’histoire d’une migration, d’une conquête coloniale, ou de différentes formes d’exploitation des hommes ou de l’environnement.

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Un ingrédient paradoxal

Eva Doumbia confie avoir été marquée dans son enfance par le restaurant de son père, le premier au Havre qui servait du mafé. Il y a quelques années, elle découvre cependant qu’il ne s’agit pas d’un plat traditionnel, mais d’une recette très récente, l’arachide ayant été introduit en Afrique de l’Ouest après la Seconde Guerre Mondiale. Elle multiplie alors les lectures sur l’histoire des aliments, et sur leur lien avec des phénomènes historiques et géopolitiques. Germe alors l’idée de raconter l’origine des aliments en cuisinant, et en les rattachant, à travers la parole et les anecdotes, au domaine de l’intime. Le but avoué étant de prendre conscience de ce que l’on a dans son assiette. 

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Politique de l’assiette

Membre fondatrice du collectif Décoloniser les arts, Eva Doumbia accorde une attention particulière aux dynamiques sociales et à leur influence sur la culture. Si Autophagies accorde une place centrale à la nourriture, c’est donc pour la ressaisir à travers un certain nombre de paradoxes. Le riz est l’aliment le plus consommé en Afrique ? Il n’y pousse pourtant pas, et doit être importé d’Asie, d’où sont d’ailleurs également originaires mangues et bananes. Quand au sucre, inutile à notre organisme, il fera office d’accusé pour le rôle crucial qu’il a joué dans la traite négrière et le commerce triangulaire. Sans jamais tenir de discours moralisateurs, Autophagies propose simplement de « manger en conscience » : de prendre nos habitudes quotidiennes et nos préjugés comme point de départ d’une réflexion plus large. 

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L'Institut français et l'oeuvre

Le spectacle Autophagies sera présenté aux participants du Focus Spectacle Vivant de l'Institut français, à Avignon du 7 au 11 juillet. 

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