d'oeuvrescross
Alban Muja, Agim, still from Family Album, 2019, Video.
Arts visuels

#196

Oeuvre

2 min

Family Album, d’Alban Muja

C’est la toute première fois qu’Alban Muja conçoit un travail en relation directe avec l’histoire du Kosovo, son pays natal. À l’origine du projet, l’émotion que l’artiste a eue en retrouvant, il y a quelques années, une photographie le représentant dans un camp de réfugiés, l'air étrangement heureux.

Alban Muja, Family Album, 2019, three-channel HD video installation, colour, sound, time variable installation view, The Pavilion of The Republic of Kosovo, La Biennale di Venezia 2019. Courtesy: the artist and the Pavilion of The Republic of Kosovo; photograph: Arben Llapashtica
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Alban Muja, l’œil de l’intime

Né en 1980 à Mitrovica au Kosovo, l’artiste pluridisciplinaire Alban Muja s’intéresse à la façon dont les identités intimes se construisent en relation avec les événements politiques, les frontières, les guerres et les migrations. En 2009, il filme le témoignage de Tibet, un Albano-Kosovar dont le nom atypique cache une histoire personnelle à son image, décrite face caméra. En 2018, il réalise la même expérience avec une Albanaise, Forca, qui revient sur sa vie et sur ses nombreux exils.

Également intéressé par la photographie, Alban Muja réalise en 2016 et 2017 une série d’images ayant pour sujet les postes de douane désertés au sein de l’Espace Schengen, mettant ainsi en avant leur dimension fantomatique, et, implicitement, leur inutilité.

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L’enfance photographiée

Créée pour le pavillon kosovar de la Biennale de Venise 2019, Family Album plonge le visiteur dans l’obscurité et l’invite à passer devant trois écrans, qui diffusent des témoignages filmés, sous-titrés en anglais. L’artiste a retrouvé, à partir de photographies d’enfants publiées dans la presse internationale durant la guerre du Kosovo (1998-1999), quatre Kosovars devenus adultes : il filme ici leurs impressions sur cette douloureuse époque. Chacun alors se souvient, et raconte.

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Un travail documentaire

Après avoir retrouvé les réfugiés figurant sur les photographies Agim, Besa, Besim et Jehona, Alban Muja les a rencontrés pour leur expliquer son projet artistique : donner une voix au Kosovo et à son histoire. Il prend alors rapidement conscience que les quatre participants ont besoin d’une direction : n’ayant aucune expérience de la caméra, « ils s'exprimaient souvent avec des gestes plutôt que des mots ». C’est pourquoi Alban Muja définit, avec son équipe et un journaliste spécialiste des traumatismes liés à la guerre, un petit scénario écrit d’après les premières interviews, que les participants ont pu suivre afin de rendre leur propos le plus clair possible. L’objectif : contextualiser et documenter au mieux cette expérience si intime.

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Le Kosovo au-delà des frontières

La Biennale de Venise, en plus d’être l’un des plus importants rendez-vous artistiques actuels, permet grâce à ses pavillons nationaux d’ouvrir son regard artistique à la création des artistes des différents pays invités. Alban Muja, représentant du Kosovo durant l'édition 2019, affirme ici sa volonté de revenir sur son Histoire, aussi douloureuse soit-elle. Son approche esthétique, délibérément discrète et sobre, privilégie la restitution digne et sincère des témoignages des protagonistes. Il souligne la dimension intime que revêt tout événement collectif, et appelle chacun à regarder en soi, à la recherche de ses souvenirs individuels reliés à la mémoire collective.

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L'Institut français et l'œuvre

Family Album représente la république du Kosovo à la Biennale d'art de Venise 2019. Alban Muja a été en 2018, artiste lauréat de la Cité internationale des arts.

En savoir + sur le programme de résidence à la Cité internationale des arts.