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Hic Domus Est Dei, de Le Phi Long
Arts visuels

#340

Oeuvre

2 min

Hic Domus Est Dei, de Le Phi Long

Hic Domus Est Dei de l’artiste vietnamien Le Phi Long étudie l’impact de l’histoire coloniale française sur les identités vietnamiennes contemporaines à travers différentes installations sculpturales et immersives.

© DR
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Une démarche politique

C’est à Hué, dans sa ville natale, que Le Phi Longa étudié l’architecture d’intérieur à l’École des Beaux-Arts. Diplômé en 2012, il part alors en résidence à Hanoï au sein du eNAME Art Center, puis à l’espace d’art indépendant San Art à Ho Chi Minh et au Bamboo Curtain Studio de Taïwan en 2015. En 2017, l’artiste fonde son centre d’art à Da Lat, MOI land.

Imprégné de philosophie bouddhiste, Le Phi Longse veut respectueux de la nature et réfléchit à la portée de la culture, de la politique et des comportements humains sur l’harmonie du monde.

Sa pratique, engagée, est variée : peinture – dont témoigne notamment la série de 45 œuvres sur papier, réalisée entre 2017 et 2019, sous le titre San ban nhu mot an du chinh tri –, dessin, photographie… L’artiste crée également des installations et des performances conçues in situ, comme pour le projet How to fly, performé en 2018 devant l’ancien bâtiment du parti travailliste en Corée.

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Une œuvre religieuse

L’installation reprend la forme du clocher de la cathédrale Saint-Nicolas de Da Lat. Constitué de poutres de maisons anciennes et de troncs d’arbres rassemblés par l’artiste, le clocherest orné de bandesde soie jaune évoquant Bao Dai, dernier empereur du Vietnam et partisan de l’indépendance. Sur le sol, on peut lire, en lettres de chaux et de craie, cette inscription latine qui figure d’ordinaire à l’entrée des églises et qui a donné son titre à l’œuvre : « Hic Domus Est Dei », « Ceci est la maison de Dieu ». Senteurs diffuses et musiques sur le thème de l’Alleluia complètent l’installation.

En re-sacralisant à sa façon le bois et en orchestrant un rituel dénué de toute forme de colonialité, mais au contraire profondément ancré dans la nature, l’artiste cherche à défier l’idée coloniale d’une religion exclusivement chrétienne.

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En quatre chapitres

La cathédrale catholique Saint-Nicolas, construite par les missionnaires français à Da Lat en 1931-32, a constitué l’un des points de départ de Hic Domus Est Dei.

L’œuvre s’est construite en quatre installations successives : la première en 2018 au cœur de la forêt vietnamienne, près du lac Tuyen Lam, puis à Hanoï et Da Lat, et enfin, à Paris, dans le bois de Vincennes, en 2020.

L’artiste renouvelle ainsi le regard porté sur les œuvres patrimoniales et religieuses édifiées par des colons, et que l’on trouve à différents endroits du territoire de l’ancienne Indochine française – à Saïgon, Da Lat, Hanoï… Il questionne ainsi la présence coloniale et son influence sur la construction de l’identité vietnamienne.

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De Paris au Vietnam

En résidence à la Cité internationale des arts au début de l’année 2020, Le Phi Long a étudié les édifices religieux parisiens, et notamment Notre-Dame-de-Paris, avant de présenter son installation au sein du Bois de Vincennes à proximité de ce qui était autrefois le jardin d’essai colonial, devenu ensuite Jardin d’agronomie tropicale.

L’artiste reconnaît volontiers l’impact romantique de Paris sur son imaginaire, influencé aussi bien par l’histoire coloniale que par la culture globale.

Cette dernière étape de son œuvre Hic Domus Est Dei révèle les liens persistants entre la jeune génération et l’ancienne métropole.

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L'Institut français et le projet

Lauréat du programme de résidences de l'Institut français à la Cité internationale des arts, Le Phi Long a effectué sa résidence à Paris début 2020.

En savoir + sur le programme de résidences à la Cité internationale des arts