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Kings of corruption (Biscuit Heads), de Malebona Maphutse
Arts visuels

#329

Oeuvre

2 min

Kings of corruption (Biscuit Heads), de Malebona Maphutse

Cette oeuvre de l’artiste sud-africaine reprend les couleurs du drapeau belge pour questionner le regard que porte le pays sur son histoire coloniale.

© DR
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De l’Afrique du Sud à l’Europe

Née en 1994 à Johannesburg, Malebona Maphutse a été marquée par son passage dans une école fréquentée principalement par des étudiants afrikaners blancs : confrontée quotidiennement au racisme, la jeune femme se dispute avec élèves et professeurs, et trouve du réconfort dans ses cours d’art et de danse. Elle étudie les beaux-arts jusqu’en 2017 à l'Université de Witwatersrand à Johannesburg et effectue sa première résidence artistique en 2018 au centre d’art Bag Factory Artist Studio, à Fordsburg.

Exposée à la Biennale de Berlin en 2018 et au Rampa de Porto en 2019, l’artiste aime à multiplier les matériaux avec lesquels elle travaille : peinture sur toile ou sur lin, linogravure, plâtre, acier, et parfois vidéo, pour créer des installations multimédia, comme pour Mamoloyi : A Revival. Cette installation réalisée en 2017 associe images télévisuelles, posters numériques et haut-parleurs. Malebona Maphutse se met parfois en scène, comme en 2017 pour Options at Bheka, une performance réalisée devant Mamoloyi.

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Un drapeau colonial

Dans son œuvre Kings of corruption (Biscuit Heads), Malebona Maphutse reprend les trois couleurs du drapeau de la Belgique – rouge, jaune et noir –, et sépare sa composition en trois parties. La première bande montre un immeuble de Kinshasa au Congo aujourd’hui : sensible à l’histoire de cette ancienne colonie belge, l’artiste veut symboliser un pays libre depuis 1960 mais « encore bafoué par l'État belge ».

La deuxième fait le portrait du roi Léopold II (1865-1909) et l’entoure d’armes, pointées sur lui en signe de la violence qu’il a promue et propagée en décidant de faire du Congo une colonie.

La troisième et dernière bande montre des soldats belges alignés, signes de la « fierté qui est associée à l'héritage de Léopold II en Belgique, et qui m'a choquée », explique l’artiste.

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Portrait sans concession

Achevée au début de l’année 2020, Kings of corruption (Biscuit Heads) est une œuvre peinte sur une toile non tendue, sans châssis, d’1,46 mètre de long sur 1,10 mètre de large, ce qui lui donne l’allure d’un drapeau.

En reprenant les couleurs de la Belgique et en y invitant des motifs symboliques tels que le portrait du roi Léopold II ou l’image de soldats en rangs serrés, elle met en œuvre une image synthétique de l’identité coloniale belge, où les armes et la violence tiennent une place prépondérante, inspirée par les musées ethnographiques belges.

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Bilan d’un voyage

Kings of corruption (Biscuit Heads) reflète les réflexions de Malebona Maphtuse durant ses mois de voyage en 2019-2020 en Europe, notamment en Belgique, en Norvège, aux Pays-Bas et en France. Elle y a observé la façon dont les pays abordent leur histoire coloniale, et y a vu une fierté indécente, qui célèbre le viol, les massacres, les pillages des pays colonisés.

Invitée par le centre d’art Wiels à Bruxelles, elle y a visité le Musée royal de l'Afrique centrale. Résidente à la Cité internationale des arts à Paris, elle a parcouru le musée du quai Branly – Jacques Chirac. Malebona Maphutse a ainsi tissé des liens entre les mémoires coloniales belges et françaises.

L’œuvre a été exposée à la Triennale de Stellenbosch, en Afrique du Sud, de février à avril 2020.

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L'Institut français et le projet

Dans le cadre du programme de résidences de l’Institut français à la Cité internationale des arts, et avec le soutien de La Fabrique de l’Esprit, Malebona Maphutse a bénéficié d'une résidence à Paris entre janvier et mars 2020.

 

En savoir + sur le programme de résidences à la Cité internationale des arts