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Mortu Nega, de Flora Gomes
Cinéma

#341

Oeuvre

2 min

Mortu Nega, de Flora Gomes

Premier long métrage de Flora Gomes, sorti en 1988, Mortu Nega montre pour la première fois au cinéma la Guinée-Bissau libérée après une décennie de lutte armée pour son indépendance. Un film mémorable qui illustre la vitalité de l’Afrique.

© Maria Cecilia Fonseca
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Cinéaste phare de Guinée-Bissau

Né en 1949 en Guinée-Bissau, Flora Gomes est l’un des cinéastes les plus renommés de l’Afrique lusophone. Issu d’un milieu pauvre et illettré, il grandit sous la dictature de Salazar. En 1972, il part étudier le cinéma à Cuba, puis continue sa formation sous la houlette du documentariste et critique Paulin Soumanou Vieyra, au Sénégal, et Chris Marker, en Guinée-Bissau avec qui il réalise notamment Sans soleil en 1982.

Après ces collaborations, entre courts métrages et documentaires, il réalise en 1988 son premier long métrage, Mortu Nega. Si le cinéma ne figure pas parmi les priorités de la Guinée-Bissau, le réalisateur reste néanmoins soucieux de tourner dans son pays, des Yeux Bleus de Yonta (1992) à Po Di Sangui (1996), malgré le manque de moyens et des nombreuses propositions pour travailler à l’étranger.

Figure phare du cinéma africain depuis la présentation à Cannes de Po Di Sangui en 1996, Flora Gomes est fait, en France, Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres en 2000.

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Un pays en lutte

Lorsque Flora Gomes présente Mortu Nega (signifiant littéralement « Ceux que la mort a refusés ») en 1988, la Guinée-Bissau a entamé sa marche vers l’indépendance 25 ans plus tôt. Meurtri par une lutte armée d’une décennie, entre 1963 et 1974, le pays est alors considéré comme l’un des plus petits et des plus pauvres d’Afrique.

On retrouve dans Mortu Nega, l’intérêt du cinéaste – déjà visible dans ses courts métrages et ses documentaires – pour l’histoire de son pays à l’heure de la libération du joug portugais. Flora Gomes suit Diminga, l’épouse d’un combattant qu’elle n’a pas vu depuis des années et qu’elle décide de rejoindre. À travers ce récit, le cinéaste illustre la participation des femmes à la lutte d’indépendance mais aussi l’instabilité d’un pays désormais en paix mais toujours en lutte, qui se reconstruit humainement et économiquement.

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L’importance de la musique

Considéré comme le premier docu-fiction bissau-guinéen, Mortu Nega offre une place importante à la musicalité, dès sa conception. La danse et la musique, éléments fondamentaux de la culture africaine, s’imposent comme des évidences dans l’oeuvre de Flora Gomes, soucieux de représenter les valeurs de son pays.

Avec ses chants solidaires et ses cérémonies religieuses, le film sonne comme un discours mortuaire sur l’amour et la guerre. Derrière la bande-son du film, on retrouve Sidonio Pais Quaresma et Djanuno Dab, deux pionniers et précurseurs de la musique moderne bissau-guinéenne.

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Un tremplin international

Mortu Nega illustre pour la première fois l’identité nouvelle de la Guinée-Bissau libérée, en faisant l’éloge des survivants. Flora Gomes utilise le cinéma comme un outil politique et offre un tableau scrupuleux des combattants et des civils aux Occidentaux qui, à cette époque, ignorent tout de l’histoire de ce pays. Une manière de sensibiliser le monde entier à la vitalité de l’Afrique.

Très bien accueilli par la critique occidentale, Mortu Nega a révélé Flora Gomes au monde entier. Avec ce récit historique, le réalisateur incarne le prestige du cinéma africain, et son rôle auprès de ces générations alors en quête d’identité.

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L'Institut français et le projet

Mortu Nega, de Flora Gomes (1988) est diffusé à l'international par l'Institut français.

L'Institut français propose, avec la Cinémathèque Afrique, un catalogue de plus de 1 600 films africains de 1960 à nos jours. En savoir + sur la Cinémathèque Afrique