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Otolithe, un film de Christine Rebet
Arts visuels
#462
Oeuvre

5 min

Otolithe, un film de Christine Rebet

Otolithe est un film d’animation envoûtant de l’artiste Christine Rebet qui s’inspire du fijiri, le chant traditionnel des pêcheurs de perles du Golfe Persique. L’œuvre a été créée avec le soutien de l’Alliance Française du Bahreïn. 

Otholite © Christine Rebet
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Du théâtre à l’animation

Née en 1971 à Lyon d’un père papetier, ce qui lui permet d’avoir enfant un petit atelier où s’initier au dessin, Christine Rebet étudie ensuite à l’Académie des Beaux-Arts de Venise, se forme à la scénographie de théâtre à la Central Saint Martins College of Art à Londres, puis à la Columbia University de New York. En 2002, elle obtient le Nipkow Programm à Berlin, une bourse qui lui permet d’apprendre les techniques traditionnelles d’animation. Ce qu’elle appelle son « cinéma de papier » est en effet devenu son médium de prédilection. En deux décennies, elle produit ainsi six courts films, composés à chaque fois de plusieurs milliers de dessins réalisés minutieusement à la main. 

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Chants traditionnels

Otolithe, montré pour la première fois au Mac Lyon, est un film d’animation inédit qui s’inspire du fijiri, le chant traditionnel des pêcheurs de perle du Golfe Persique. Jusqu’à la découverte du pétrole, pendant les années 1930, la pêche et le commerce des perles est la principale activité économique des pays du Golfe. Une activité dangereuse qui s’accompagne de rites et de chants qui, de la plage jusqu’au bateau, accompagnent les plongeurs, qui sont parfois des esclaves venus d’Afrique de l’Est. Accompagnée d’une bande son du compositeur libanais Zad Moultaka, Otolithe prend la forme d’une succession d’images et de métamorphoses qui évoquent un patrimoine et une mémoire collective désormais presque oubliés. 

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Cinéma de papier

Reprenant le style si caractéristique de Christine Rebet, Otolithe est un court récit non linéaire où une succession d’images parfois abstraites évoque un univers sans jamais en produire une vision littérale. Le résultat est un film qui favorise les associations d’idées, dès le titre de l'œuvre, « otolithe » qui évoque un cartilage qui se trouve dans les oreilles des poissons. Un bien étrange organe qui se retrouve ici associé aux perles, aux chants entêtants qui nourrissent les plongeurs, et à la cinétose qui les saisit parfois quand ils s’aventurent dans les abysses de l’océan. Projeté dans une cabane où sont disposés des cordes et des grands vélums blancs, Otolithe multiplie aussi les références à d’autres univers visuels, et en particulier au peintre Jérôme Bosch. 

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Un monde en pleine mutation

Produit par le Mac Lyon à l’occasion de la première grande rétrospective consacrée à Christine Rebet en France, Otolithe (2021) a été créé au Bahreïn, où la tradition du fijiri demeure encore vivante bien que la pêche aux perles ne soit plus pratiquée. Exposée avec des peintures, ce court film fascinant sera présenté au Jeu de Paume, à partir du 22 mars 2022, dans le cadre du nouveau festival Fata Morgana qui en marquera la réouverture. L’occasion de découvrir une œuvre entêtante et mystérieuse, fruit d’un travail méticuleux qui évoque les mutations d’une région, le Golfe Persique, aux évolutions économiques très profondes. 

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L'Institut français et l'oeuvre

Otolithe bénéficie du soutien de l'Alliance Française, de l’Ambassade de France et de l’Institut français du Bahreïn.