de portraits
Portrait
Musique

Eliane Radigue

La musique n’existe que par notre capacité à la capter.

Aux côtés de Pierre Schaeffer et Pierre Henry, puis seule face à son synthétiseur fétiche, la compositrice Éliane Radigue a conçu une œuvre douce, organique et profondément humaine. Un corpus immense qui en fait une des plus influentes pionnières de la musique électroacoustique.

Publié le 15/09/2020

2 min

Lorsqu’Éliane Radigue entend à la radio L'étude aux chemins de fer de Pierre Schaeffer, c’est la révélation. Elle passe alors plusieurs années entre le Studio d'essai à Paris et son foyer sur la Côte d'Azur. Dans l'ombre des deux Pierre – Schaeffer et Henry – elle manipule des bandes magnétiques et apprend à maîtriser la technique du feedback. Au début des années 1970, Éliane Radigue rejoint New York où elle s'émancipe avec des compositions telles que Geelriandre (1972), Adnos (1974-1982) et Les Chants de Milarepa (1983). C'est aux États-Unis qu'elle déniche le synthétiseur ARP 2500, qui accompagnera la plupart de ses œuvres avant de se tourner, au début des années 2000, vers un travail plus instrumental. Elle collabore alors avec le violoncelliste Charles Curtis sur la pièce Naldjorlak I (2005) et le harpiste Rhodri Davies sur le cycle Occam en 2011.

L'intuition originelle d'Éliane Radigue est que chaque son contient en lui-même sa propre musicalité et se distingue ainsi très vite des principes codifiés par Pierre Schaeffer. Une pièce comme Geelriandre n'a ainsi été interprétée que par le pianiste Gérard Frémy avec lequel elle a été pensée. Dans ses premiers travaux, comme Jouet Électronique (1967) et Elemental (1968), elle fait vibrer le son et l'étend à l'infini. C'est avec l'utilisation de l'ARP 2500 qu'elle atteint une liberté totale et livre quelques-uns de ses plus beaux morceaux. Contemplative, sa musique devient aussi plus charnelle, cherchant le mystère de la vie qui anime chaque mouvement sonore. Un travail qui trouve son accomplissement dans la Trilogie de la mort (1988-1993), cycle grâce auquel elle exorcise la mort de son fils Yves.

Créatrice solitaire, concentrée sur sa vision et indifférente aux honneurs, Éliane Radigue est longtemps restée à la marge avant qu'une nouvelle génération d'artistes revendique son influence et remette son œuvre sur le devant de la scène. Des musiciens contemporains de renom comme Kasper Toeplitz (Elemental II, en 2004), Charles Curtis (Naldjorlak I, 2005) ou Carol Robinson (Naldjorlak II, 2007) la sollicitent pour concevoir des œuvres en commun. Sa musique est jouée aux quatre coins du monde, de New York à Londres, en passant par la Fondation Cartier à Paris. Elle obtient même en 2006 la reconnaissance de ses pairs à travers le prestigieux prix Ars Electronica, pour sa composition L'île Re-sonante.

  • 1950

    1950

    Éliane Radigue quitte Paris pour rejoindre son mari Arman, à Nice. Là-bas elle fréquente Yves Klein, Ben et d'autres membres de la remuante « école de Nice ».

  • 1955

    1955

    Elle entre au Studio d'essai de Pierre Schaeffer, à Paris, en tant qu'assistante.

  • 1967

    1967

    Divorcée, elle retourne à Paris pour collaborer avec Pierre Henry. Elle l'assiste sur L'Apocalypse de Jean et compose ses premières œuvres.

  • 1970

    1970

    La compositrice s'installe à New York où elle côtoie John Cage, Philipp Glass et Steve Reich. Elle y obtient ses premiers succès d'estime.

  • 1988

    1988

    Elle réalise « Kyema » le premier mouvement de La Trilogie de la mort, adaptation du Livre des morts Tibétain. Son fils Yves meurt l'année suivante.

  • 2011

    2011

    Eliane Radigue entame Occam, un cycle infini et donc « inachevable » selon ses mots. À ce jour, plus d'une cinquantaine de pièces ont été produites.

L'Institut français et l'artiste

Un hommage est rendu à Eliane Radigue au Wiener Festwochen (Festival de Vienne)  avec les musiciens de l'Onceim (Festival de Vienne) en 2020

L'institut français, LAB