de portraits
Portrait
Cinéma

Jayro Bustamante

Mon cinéma est militant dans la mesure où il montre ce qu’on ne veut pas voir.

À travers une œuvre empreinte de réalisme magique, le cinéaste Jayro Bustamante ausculte les maux qui rongent le Guatemala. Sa trilogie composée d’Ixcanul (2015), de Tremblements (2017) et de La Llorona (2019) s’aventure avec sophistication sur les terrains du film politique et du cinéma de genre.

Mis à jour le 10/03/2020

2 min

Né en 1977, Jayro Bustamante passe son enfance sur les hauts plateaux du Guatemala. Dans cet environnement sauvage et isolé, il développe un imaginaire foisonnant, nourri du réalisme magique qui imprègne la culture guatémaltèque. Il découvre le cinéma devant sa télévision, grâce à des cassettes vidéo. Après avoir travaillé dans la publicité, il part, avec quelques économies en poche, étudier le 7e art en Europe en 2000.

De retour au Guatemala au début des années 2010, il réalise ses premiers films et fait figure de pionnier dans un pays où l'industrie cinématographique reste inexistante. La reconnaissance ne tarde pas puisque la Berlinale 2015 décerne le prix Alfred Bauer à son premier long métrage Ixcanul. Cette plongée sur les terres de son enfance évoque les discriminations dont est victime la communauté Maya. Elle constitue aussi – avec Tremblements en 2017 et La Llorona en 2019 – le premier volet d'une trilogie qui affronte les tabous de la société guatémaltèque.

À l'origine de chaque film de Jayro Bustamante, il y a une histoire réelle, intime, que le cinéaste transforme en fable politique. Dans Ixcanul, la trajectoire du personnage de Maria s'inspire de celle d'une femme rencontrée par sa mère lorsqu'elle était médecin. Celui de Tremblements a été construit à partir de la rencontre avec un homme tiraillé entre son homosexualité cachée et sa vie de père de famille. Ces destins racontent un Guatemala contemporain où la discrimination persiste et où les crimes du passé demeurent refoulés.

En utilisant les techniques du thriller ou du film d'épouvante, Jayro Bustamante renoue surtout avec un imaginaire profondément ancré dans la culture latine. Le fantastique s'y mêle au quotidien pour mieux porter sur la société un regard lucide et acéré.

 

L'absence d'industrie cinématographique dans son pays a poussé Jayro Bustamante à s'émanciper sur la scène internationale. Cette ouverture lui a permis de placer le Guatemala sur la carte du cinéma mondial en devenant le premier cinéaste à représenter, avec Ixcanul, son pays aux Oscars et aux Golden Globes.

Si ses films, très critiques à l'égard des institutions, sont parfois mal reçus dans son pays, ils obtiennent une belle reconnaissance de la critique internationale.

Une aura qui rejaillit sur le cinéma guatémaltèque et lui permet de travailler, à travers la société Casa de producción, à l'émergence de nouveaux talents locaux.

  • 2000

    2000

    Jayro Bustamante quitte le Guatemala pour Paris où il entre au Conservatoire Libre du Cinéma Français.

  • 2012

    2012

    Son premier court métrage, Cuando sea grande, entièrement tourné au Guatemala, obtient le Prix de qualité du CNC au Festival de Clermont-Ferrand.

  • 2015

    2015

    Ixcanul obtient le prix Alfred Bauer au Festival de Berlin. Il représente le Guatemala aux Oscars et aux Golden Globes l'année suivante.

  • 2019

    2019

    Sortie de La Llorona, film qui boucle la trilogie entamée avec Ixcanul et Tremblements.

L'Institut français et le cinéaste

La Llorona, de Jayro Bustamante, a été soutenu en 2018 dans le cadre de l’Aide aux cinémas du monde. Ce programme de l’Institut français apporte son soutien à des cinéastes étrangers sur des projets de films en coproduction avec la France, qu’il s’agisse de longs métrages de fiction, d’animation ou de documentaires de création. En savoir + sur l’Aide aux cinémas du monde

L'institut français, LAB