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Aristide Tarnagda

Une saison qui soit de son temps, une saison panafricaine qui ouvre ses portes au monde

Auteur représenté et primé au Festival d’Avignon, metteur en scène, comédien, et directeur du festival Les Récréâtrales au Burkina Faso, Aristide Tarnagda est expert sectoriel et membre du comité de programmation de la saison Africa 2020.

Mis à jour le 27/08/2019

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Qu’est-ce qui vous a poussé à accepter l’invitation de N’Goné Fall, la commissaire générale de la saison Africa 2020, à participer à la définition de la programmation en tant qu’expert sectoriel ? 

 

En 2018, N’Goné Fall a fait le déplacement au Burkina Faso pour assister aux Récréâtrales, à l'invitation d'Étienne Minoungou, le fondateur de ce festival de théâtre dont je suis le directeur. N'Goné et Étienne se connaissent depuis plusieurs années. Elle est venue à Ouagadougou non seulement pour rencontrer les acteurs culturels liés aux différentes disciplines artistiques mais aussi voir le festival. N’Goné connaît la dimension panafricaine de cette manifestation et m’a demandé d’apporter mon expertise à la programmation de la saison Africa 2020 en participant à la réflexion sur les arts vivants en Afrique. C’est pourquoi il m’a semblé évident d’accepter son invitation.

 

Pouvez-vous nous parler de votre domaine d’expertise et de votre parcours ?

 

Je suis auteur, metteur en scène, comédien. Depuis 2016, je dirige le festival Les Récréâtrales, festival biennal à Ouagadougou, ville dans laquelle, plus jeune, j’ai suivi mes premiers ateliers d’écriture. Je suis par ailleurs coordinateur du laboratoire ELAN, un incubateur et espace de rencontres, de mise en réseau des artistes africains.

 

Vous êtes directeur général du plus grand festival panafricain de théâtre, Les Récréâtrales. Quels aspects de la création théâtrale contemporaine africaine avez-vous à cœur de mettre en avant dans ce festival ? 

 

Il est important que Les Récréâtrales soit un espace de visibilité pour les créatrices et créateurs africains, un espace dans lequel chaque artiste africain peut déployer différents récits. Ce festival a été pensé comme un carrefour de la création africaine, présentée à un public hétérogène qui vient à la fois pour se regarder, au sens où les récits racontés sur scène sont les leurs, et pour rencontrer les imaginaires d’Afrique.

Si nous voulons coexister avec le continent, il est essentiel de créer des liens entre les différents pays d’Afrique afin de nous connaître, de partager les questionnements que nous avons en commun. Le festival Les Récréâtrales est dédié non seulement à la rencontre des artistes du continent mais aussi à la rencontre de nouveaux horizons, africains comme internationaux. Nous voulons un festival qui soit de son temps, un festival panafricain qui ouvre ses portes au monde.

 

Quelle place occupe le théâtre et les arts de la scène en général en Afrique ?

 

Il est toujours difficile d’évoquer l’Afrique de façon globale : l’Afrique est un vaste continent composé au total de 54 pays avec des histoires et des réalités complètement différentes. On sent qu’une énergie foisonnante se développe sur le continent africain. Pour parler de ce que je connais, je vais répondre à travers l’exemple du Burkina Faso, où le théâtre et les arts de la scène occupent une place très importante. L’expérience des Récréâtrales montre qu’on atteint la population : les résidences se font chez l’habitant. Il faut voir la façon dont les spectacles de rue sont accueillis par les enfants, par les gens qui n’ont pas les moyens d’aller voir des spectacles d’habitude. Je suis rentré il y a peu de Conakry, en Guinée, et c’est la même chose : que ce soit en Afrique australe, en Afrique de l’Est, en Afrique centrale, il y a un engouement incroyable pour le spectacle vivant. Le pari à gagner dans les années à venir est la structuration et la consolidation de ces dynamiques créatives.

 

Quelle résonance les arts de la scène rencontrent-ils auprès du public burkinabé ? 

 

Le Burkina Faso est une plaque tournante en Afrique pour ce qui concerne les arts de la scène. Lors de la dernière édition des Récréâtrales, le président de la République s’est déplacé. Il a pris le temps de constater cette communion des gens, ce besoin qu’ils ont d’être émerveillés. Les Burkinabès ont une curiosité incroyable envers ce qui est proposé. Quand on présente des performances en extérieur, les gens s’attroupent sous le soleil, montent dans les arbres, se hissent sur leur vélo pour mieux voir. Chez nous aujourd’hui, les gens ont besoin de cette nourriture spirituelle qui ouvre leur imaginaire, qui est un espace de prise de parole. Ce sont des espaces fondamentaux actuellement en Afrique. Les gens ont besoin de pouvoir rêver à travers des histoires qui ont du sens pour eux et qui les font se sentir vivants.

 

Cinq grands axes structurent la Saison Africa 2020 : oralité augmentée, économie et fabulation, archivage d’histoires imaginaires, fiction et mouvements (non) autorisés, systèmes de désobéissance. Avez-vous une appétence plus prononcée pour l’un de ces axes ?

 

La Saison Africa 2020 est abordée de façon poétique, ce qui permet à chacun de développer davantage tel axe plutôt qu’un autre. Quel que soit l’axe, tous ont un lien intime avec la vie, l’histoire du genre humain. Étant créateur et porteur d'un événement panafricain, je suis doublement concerné par la thématique « fiction et mouvements (non)autorisés »: nous avons besoin de faire naître des fictions, des récits de participation à la mise au monde du monde, afin de ne pas être qu’objets ou spectateurs de l’histoire, mais acteurs.

 

La Saison Africa 2020 met en place des mécanismes de co-constructions entre professionnels africains et institutions françaises partenaires. Que pensez-vous de ce principe ?

 

Il est essentiel qu’il y ait un équilibre entre les structures en Afrique et les structures en France. L’Afrique agit, donc elle doit être actrice de la Saison Africa 2020, et pas seulement spectatrice ou prestataire. Le marché en Afrique ne doit pas servir à présenter les créations en France. Il n’y a pas de commanditaire : c’est une véritable co-construction.

L'Institut français et Aristide Tarnagda

Aristide Tarnagda est expert sectoriel et membre du comité de programmation de la saison Africa 2020. Il appuie le Commissariat général de l'Institut français afin de mettre des professionnels africains en relation avec les institutions françaises partenaires de la Saison Africa 2020.

En savoir + sur la Saison Africa 2020.

 

L'institut français, LAB