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Camille Soler et Emilie Joseph-Edouard Houdebine présentent le réseau RamDam

Malgré la pandémie, nous avons pu créer un véritable lien et ouvrir une discussion au niveau du territoire français dans sa globalité.

Camille Soler et Emilie Joseph-Edouard Houdebine ont fondé ensemble le réseau interprofessionnel RamDam. L’Institut français et le réseau culturel français à l’étranger accompagnent dans ses projets à l’international ce réseau entièrement dédié à la musique jeune public. 

Publié le 04/04/2022

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Emilie Joseph-Edouard Houdebine
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Emilie Joseph-Edouard Houdebine © DR

Pourrions-nous revenir rapidement sur vos parcours respectifs ? Comment en êtes-vous arrivées à vous intéresser au spectacle musical jeune public ?

Emilie Joseph-Edouard Houdebine : Je travaille dans la musique depuis trente ans : j’ai commencé au sein de majors ou en tant qu’attachée de presse. J’ai ensuite monté une société de production de spectacle qui s’appelait Furax, dédiée au développement d’artistes issus des musiques actuelles. Puis j’ai monté en 2005 la société TRAFFIX MUSIC pour travailler sur l’export plus particulièrement. Un de mes artistes a alors commencé à travailler et à écrire pour le jeune public. J’ai compris que c’était un milieu plus proche des valeurs que je portais, et j’ai donc changé d’orientation pour me spécialiser. Avec Camille, nous nous sommes connues lors d’une rencontre professionnelle qu’elle avait organisée au SAX, à Achères. J’avais depuis plusieurs mois l’idée de monter un réseau Musique Jeune Public, j’en ai alors parlé à Camille.

Camille Soler : Il existait vraiment une complémentarité de regards entre nous. J’étais en effet à l’époque programmatrice jeune public dans une salle de musiques actuelles, et avec Emilie, qui était productrice, on faisait les mêmes constats. Le réseau RamDam vise ainsi justement à favoriser l’addition de différents profils sur les enjeux que connaît notre secteur. En ce qui me concerne, après une formation universitaire de médiatrice et ingénieure culturelle, j’ai d’abord travaillé dans le spectacle vivant : dans des scènes nationales, dans des associations, mais aussi pour des collectivités territoriales. Je me suis ensuite spécialisée en jeune public, au départ plutôt en éducation artistique culturelle, et avec une approche pluridisciplinaire. 

 

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à fonder le réseau RamDam en 2017 ? 

Camille Soler : Après avoir quitté la fonction publique, j’ai été programmatrice dans un lieu consacré aux musiques actuelles. J’ai découvert, en ce qui concerne le jeune public, une sorte de jungle, avec une vraie difficulté à m'intégrer aux réseaux jeune public, qui ne s’intéressaient pas à la musique, et aux réseaux nationaux, qui ne s’intéressaient pas au jeune public. 

Emilie Joseph-Edouard Houdebine : Tout à fait. En tant que productrice spécialisée dans les spectacles jeune public, je me suis rendu compte que je me sentais assez isolée dans mon travail, avec peu de contacts pour partager mon expérience et mes questionnements. Il n’existait pas de structure pour que les acteurs de ce milieu puissent se rencontrer. Il existait bien des réseaux consacrés au jeune public, mais pas spécifiquement dédiés au spectacle musical. L’idée était donc de mutualiser nos savoirs et de mener des actions communes. Il fallait aussi revaloriser l’image de ce secteur, notamment en ce qui concerne l’exigence artistique : c’est une réflexion que nous avons pu mener tous ensemble grâce à RamDam. 

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Camille Soler
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En France, on aime bien faire des cases (...). A notre tour de rechercher des points de convergence pour valoriser la création musicale jeune public, aussi bien en France qu’à l’international.

Quelles sont les spécificités et les contraintes du spectacle musical jeune public par rapport aux spectacles plus traditionnels ? 

Camille Soler : A mon sens, les spécificités se situent surtout au niveau de l’intention artistique, qui consiste à s’adresser à un certain type de public. Dans le cadre du spectacle « tout public », en revanche, on ne se pose pas tellement la question de savoir à qui on s’adresse. Par ailleurs, la question de la définition du « jeune public » se pose également, et sur ce point les avis divergent. Est-ce que c’est jusqu’à 14 ans, 18 ans ? Est-ce que le terme recoupe à la fois la petite enfance et les adolescents ? Car il existe aussi des « tout public » qui peuvent entrer dans un cadre jeune public, et je pense d’ailleurs personnellement que proposer plusieurs portes d’entrée dans une œuvre, qui incluent les parents, est un aspect très important. 

 

Pourriez-vous nous expliquer votre fonctionnement ? Quels types de relations entretenez-vous avec les acteurs professionnels et avec les institutions ? 

Camille Soler : D’un point de vue interne, nous fonctionnons comme une association à but non lucratif, avec un conseil d'administration et 145 membres adhérents répartis en collèges d’adhérents. Il s’agit de sociétés de production, de lieux de diffusions, de festivals, de fédérations et réseaux, de compagnies, d’éditeurs, d’artistes indépendants, etc. Pour ce qui est des relations institutionnelles, notre but est justement de faire converger leur regard sur la question du jeune public. En France, on aime bien faire des cases, et il en existe pour toutes les esthétiques, qui ont chacune leurs réseaux et leurs structures : musiques actuelles, musiques traditionnelles, musiques classiques etc. A notre tour de rechercher des points de convergence pour valoriser la création musicale jeune public, aussi bien en France qu’à l’international. 

 

Quelle est d’ailleurs votre vision du développement des spectacles jeune public à l’international ?

Emilie Joseph-Edouard Houdebine : Nous travaillons à la développer, même si l’export est encore largement minoritaire. C’est une question qui est encore balbutiante au niveau de l’Europe, où la diffusion se fait beaucoup au niveau local. Au-delà de l’absence de réseaux dédiés, il s’agit aussi d’une question de volonté politique. Le spectacle jeune public peut difficilement être rentable, car il s’agit d’entrées à tarifs très réduits, voire gratuites. Il ne dispose donc pas de son économie propre. 

 

Quels sont les premiers grands chantiers que RamDam a pu mener depuis sa création ?

Emilie Joseph-Edouard Houdebine : Le Covid-19 a représenté un véritable défi pour maintenir le lien sur le terrain avec nos différents acteurs. Mais malgré la pandémie, nous avons pu créer un véritable lien et ouvrir une discussion au niveau du territoire français dans sa globalité. 

Camille Soler : Nous avons également mis en place un service d’intermédiation pour le dispositif Salles Mômes porté par la Sacem, qui favorise la prise de contact entre les artistes et les lieux. Et nous portons à présent deux projets qui pourraient s’articuler ensemble en Seine-Saint-Denis : un projet d’action culturelle et un autre de création mutualisée.

L'Institut français et le réseau RamDam

L’Institut français et le réseau culturel français à l’étranger accompagnent le réseau RamDam dans ses projets à l’international. 

L'institut français, LAB