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Céline Berthoumieux

Il faut pouvoir accompagner les politiques culturelles publiques dans ce foisonnement de la création.

Céline Berthoumieux est directrice de ZINC, incubateur et centre de création des arts et cultures numériques à Marseille, et présidente du réseau national HACNUM, hybridation des arts et cultures numériques. Elle est co-directrice de CHRONIQUES, la Biennale des Imaginaires Numériques, organisée par ZINC et SECONDE NATURE, qui se tient du 12 novembre 2020 au 17 janvier 2021.

Mis à jour le 13/11/2020

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Céline Berthoumieux
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Vous êtes titulaire d’une maîtrise en Information et Communication de l’Université Aix-Marseille et avez été chargée de communication et journaliste, spécialiste du football. Comment en êtes-vous venue à vous intéresser aux arts numériques ?

Lors de ma licence, j’ai fait un stage à la radio associative Grenouille située à la Friche de La Belle de Mai, une friche culturelle à Marseille regroupant des lieux de travail artistiques et culturels, des salles de spectacle et d'exposition. Cet endroit est incroyable et après avoir travaillé pour cette radio, j’ai eu envie de rester sur ce site. Je me suis intéressée aux arts numériques en postulant auprès de ZINC, qui était déjà à cet endroit à l’époque. J’ai toujours eu un intérêt pour la création et l’art contemporain mais cette spécificité des arts numériques est venue lorsque j’ai commencé à travailler à ZINC en 2004.

Comment présenteriez-vous ZINC, ce centre de création « des arts et cultures numériques » que vous dirigez désormais ? 

ZINC est une structure d’expérimentation du numérique par une approche artistique et culturelle. Nous avons trois missions : une mission d’accompagnement à la production et à la programmation des œuvres dans le champ des arts numériques. Une mission axée sur la transmission et l’apprentissage, pour le public, du numérique et des nouvelles technologies, par une approche culturelle, créative et critique. Enfin, l’animation de réseaux professionnels. Aujourd’hui toutes nos activités sont proposées dans le cadre d’un regroupement avec Seconde Nature. Et je suis d’ailleurs co-directrice avec Mathieu Vabre de ce groupement qui comprends également Chroniques, la biennale des Imaginaires Numériques.

Quelles évolutions majeures avez-vous constatées dans le monde des arts numériques depuis le début de votre carrière à ZINC, il y a 16 ans ?

Il existe une meilleure reconnaissance vis-à-vis des arts numériques, même si elle n’est pas totale. Depuis quelques années, je dirais 5 ou 6 ans les œuvres d’art numériques parviennent à s’imposer, alors qu’auparavant il y avait un certain manque d’œuvres assez puissantes pour faire consensus dans le monde de l’art contemporain. Ce problème de reconnaissance provient aussi d’une difficulté des politiques publiques vis-à-vis de ce secteur, notamment concernant l’appropriation des nouvelles technologies par les artistes. Cette nouvelle génération d’artistes a intégré la question de la transdisciplinarité. Producteurs, programmateurs, structures savent les accompagner, et les autres professionnels de la culture ont besoin de ces acteurs des arts numériques, pour appréhender ce qu’il se passe aujourd’hui en matière de création d’œuvres.

Le terme « arts numériques » désigne une typologie d’œuvres très vaste. Comment qualifieriez-vous la réception de ces formes hybrides de création par le public ? Observez-vous de nouvelles tendances en termes d’exposition, de nouvelles manières de présenter ces œuvres jusqu’à leur promotion ?

Le public est souvent positivement surpris, qu’il s’agisse d’installations, d’œuvres plastiques ou génératives — œuvres programmées et en permanence dans un mouvement qui n’est jamais le même. Le travail d’Adrien M et Claire B produit souvent un effet « whaou ». Les œuvres interactives ou génératives ont tendance à se démocratiser, y compris dans des expositions qui n’ont pas trait au numérique. Des évènements comme la Fête des Lumières ou encore la Nuit Blanche ont créé une tendance : le parcours d’exposition dans l’espace public. C’est un point de différenciation pour les villes car les œuvres sont spectaculaires et donc beaucoup partagées sur les réseaux sociaux : un réel avantage pour les producteurs et programmateurs !

Nous devons collectivement trouver des alternatives aux grosses plateformes telles que Facebook, Instagram, YouTube et cesser de donner gratuitement l’ensemble des contenus artistiques et culturels produits.

ZINC travaille dans une logique de collaboration en animant des réseaux professionnels. La volonté de travailler en réseau semble également s’incarner dans votre position récente de présidente du réseau national HACNUM, hybridation des arts et cultures numériques. Quelles sont les missions de ce réseau ?

Nous souhaitons une meilleure reconnaissance et légitimité de notre secteur afin d’être mieux soutenus, financés et d’être identifiés comme l’interlocuteur du ministère de la Culture. Ce réseau permet de mutualiser les compétences, le matériel et les productions. HACNUM, né le 12 mars 2020, regroupe une quarantaine de structures. L’un des enjeux est la question de l’hybridation trans et interdisciplinaire afin de pouvoir accompagner les politiques culturelles publiques dans ce foisonnement de la création. Il faut aussi décloisonner les logiques de financement et les adapter aux créations hybrides.   

Avec SECONDE NATURE, vous co-organisez la Biennale des Imaginaires Numériques CHRONIQUES qui a lieu du 12 novembre 2020 au 17 janvier 2021. Quel est l’impact, à échelle territoriale, d’un événement comme CHRONIQUES ?

Le but de cet évènement est de permettre à l’échelle de la métropole Aix-Marseille et de la région PACA, de dynamiser la production et la création des arts et cultures numériques. Il nous permet aussi de structurer tout un écosystème territorial grâce à la vingtaine d’acteurs et de producteurs régionaux issus de toutes les disciplines — comme Ardénome, ou encore la scène nationale de Toulon.

Vous avez placé cette édition 2020 sous le thème de l’éternité. Pourquoi ?

Certaines personnalités de la Silicon Valley comme Elon Musk ou Mark Zuckerberg sont dans le fantasme du transhumanisme, de la vie éternelle. En parallèle, il y a la question de l’effondrement, de l’appauvrissement de la planète et d’une potentielle disparition de l’humanité. Nous avons souhaité travailler sur cette double tension à laquelle nous sommes confrontés. L’exposition a évolué avec l’apparition de la pandémie mais cette tension de la vie éternelle face à l’effondrement et l’appauvrissement de la planète reste d’actualité.

L’Institut français est partenaire de la biennale CHRONIQUES à l’occasion de son programme Focus Arts et créations numériques qui invite des professionnels étrangers à découvrir la scène française des arts numériques et à rencontrer les acteurs clés du secteur. Comment est née cette collaboration ? A quels objectifs répond-elle ?

Après avoir investi d’autres champs de la création numérique (réalité virtuelle, livre innovant, jeu vidéo, etc.), l’Institut français a souhaité renforcer son action dans le champ des arts numériques en s’appuyant sur le réseau HACNUM. De cette dynamique est né le souhait d’organiser un focus au cœur de la biennale CHRONIQUES. Nous devions initialement accueillir 40 à 50 professionnels du monde entier. Les conditions sanitaires ne permettent pas de les faire venir mais nous travaillons sur une expérience en ligne. Les problématiques que nous souhaitons aborder sont la circulation des œuvres et des artistes à l’international et pour nous, producteurs et programmateurs, la mise en place de partenariats ou de coproductions à l’international.   

Quel est selon vous l’impact de la crise sanitaire sur l’offre culturelle et artistique numérique ?

Cette crise nous pousse à réfléchir à l’accès aux œuvres à distance. Nous devons collectivement trouver des alternatives aux grosses plateformes telles que Facebook, Instagram, YouTube et cesser de donner gratuitement l’ensemble des contenus artistiques et culturels produits. Il y a un problème entre une surconsommation culturelle en ligne et le fait que le secteur de la culture soit si impacté économiquement.

L'Institut français et l'évènement

L'Institut français est partenaire de Chroniques, la Biennale des Imaginaires Numériques (12 novembre 2020 – 17 janvier 2021), avec le Focus Arts et créations numériques. 

En savoir + sur le Focus Arts et créations numériques.

L'institut français, LAB