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Charles Ayats

Pour raconter une bonne histoire, il faut l’adapter au support.

Réalisateur de films en réalité virtuelle et en réalité augmentée, designer interactif et scénariste, Charles Ayats est aussi coordinateur de la résidence du VR Arles Festival. Il signe des œuvres telles que SENS VR, Le Cri ou encore 7 Lives réalisée par Jan Kounen, et primées dans les plus grands festivals. 

Mis à jour le 20/08/2020

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Charles Ayats
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Quel parcours vous a conduit à réaliser des œuvres en réalité virtuelle et en réalité augmentée ?

Après un master Interactive Digital Experience à l’École des Gobelins en 2012, j’ai travaillé sur des expériences interactives telles que Type:Rider (2013), Phi (2015), Pas Si Bêtes les Animaux (2016). La plupart reposent sur des mécaniques ludiques. En 2014, j’ai testé l’expérience VR Villa Toscane et dès lors, j’ai pensé que ce média révolutionnait vraiment notre rapport à l’image et à l'espace. SENS VR, en 2016, a été ma première expérience d’écriture d’œuvre en réalité virtuelle. Avec l’équipe de Red Corner, nous avons testé, travaillé, improvisé, pendant plus d’une année. C’était certes éreintant mais très enrichissant. J’aime être surpris, et que le corps soit impliqué dans un imaginaire. Récemment, j’ai d’ailleurs été marqué par Spaced Out (2020) de Pierre Pyaré Friquet.  

Comment écrit-on une œuvre de réalité virtuelle ou de réalité augmentée ?

Trouver le meilleur moyen d’expression pour raconter une histoire est difficile. Il s’agit d’adapter l'histoire au support et les potentialités du support à l’histoire. Puis, il y a un travail complexe d’itération entre les projections personnelles et ce qui est réalisable en termes de production. Il ne faut pas avoir peur d’abandonner des éléments qui nous sont chers ou défendre ce qui nous semble être le cœur du projet. Ce sont des étapes d'écriture conjointes avec les développeurs. Border la création est une chose délicate: si on passe tout notre temps sur l’expérimentation, il n’en reste plus pour l’affinage et l’ajout de détails. Or, c’est souvent à ce moment que l'expérience se révèle.

 

Quel regard portez-vous sur la production contemporaine française en réalité virtuelle (VR), mais aussi en réalité augmentée (AR) et en réalité mixte (XR) ?

Nous sommes aux prémices de la réalité augmentée et encore plus de la réalité mixte. Sans matériel adapté à cette technologie, je pense qu’il va être difficile de proposer des expériences intéressantes. En VR, le panorama de la production française s'enrichit continuellement grâce à un écosystème qui se structure avec les aides du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), des diffuseurs et des distributeurs, des résidences, des festivals, etc. Afin d’accéder à la plus grande audience possible, ce secteur émergent peut compter sur des coopérations francophones.

 

Comment imaginez-vous le monde de l’après-Covid dans ces secteurs, en termes de diffusion, mais aussi de production ?

La VR est déjà confrontée au problème de jauge réduite et les festivals vont devoir ruser pour augmenter le nombre de participants sans élever leurs coûts. Le VR Arles Festival montre qu’un mois d’exposition peut rassembler une belle audience. La diffusion online a été testée ces derniers mois et des festivals tels que Laval Virtual, VRHam, Cannes XR avec Museum of Reality et Annecy Festival avec VIVEPort devraient pérenniser ce nouveau mode de diffusion. Certains envisagent de démultiplier leur curation dans plusieurs pays, à une même date mais sous le même label. Les expériences sociales dans les mondes virtuels ont du succès : Fornite crée des concerts virtuels, GTA Online permet d’accéder à une multitude d'expériences ludiques et VR Chat ne désemplit pas. Pour la production d’œuvres, l’alliance avec d’autres pays est une solution pour déclencher des fonds bilatéraux.

Le problème n’est pas tant les intelligences artificielles mais plutôt ceux qui les possèdent...

Pouvez-vous nous parler de MOA (2020), le dernier projet sur lequel vous avez travaillé ?

MOA signifie « My Own Assistant »: une intelligence artificielle qui vous accompagne au quotidien en 2040, dans une smart city qui réserve certaines parties de la ville aux citoyens les plus méritants. Cette fiction d’une quinzaine de minutes est basée sur l’univers du roman Les Furtifs (2019) d’Alain Damasio et se déroule tout autour de vous, en réalité augmentée via votre smartphone. Il s’agit d’une hyperbole des services que troquent les GAFAM en échange de nos précieuses minutes d’attention.

 

Comment percevez-vous la part croissante du numérique et de l’intelligence artificielle dans nos sociétés ?

Vaste question. Le problème n’est pas tant les intelligences artificielles mais plutôt ceux qui les possèdent, souvent assis sur leur éthique. Si elles étaient transparentes et décentralisées, cela pourrait être profitable à tous. Par exemple, si les IA évitent de me faire attendre à la caisse d’un supermarché, cela ne doit pas être synonyme de suppression d’emploi mais d’adaptation. Au lieu de caissiers, le magasin aurait du personnel pour aider les seniors, des gardes d’enfant, etc. Des créateurs de lien social plutôt que des robots. Un autre souci majeur : la consommation énergétique de ces technologies. Et nous avons tous notre part de responsabilité.

 

Vous êtes depuis trois ans l’un des coordinateurs de la résidence dédiée aux narrations immersives initiée par l’Institut français et le VR Arles Festival. Quels axes spécifiques développez-vous avec les résidents au cours de cette résidence d’écriture ?

Cette résidence est un temps d’écriture sur son projet afin de se focaliser sur les problématiques de conception : mise en scène, spatialité du sonore, pièges à éviter avec le temps réel, etc. Elle offre un panorama très pointu sur les tenants et les aboutissants de l’écriture d’expériences VR grâce à des discussions avec des professionnels du secteur et permet un cadrage précis du projet en question.

 

Quels projets préparez-vous pour l’année à venir ? No Reality Now est né lors de la résidence Chimère à Nantes en 2018. C’est une expérience de double vision grâce à un dispositif complexe en réalité virtuelle et Live en Motion Capture, prévue pour être diffusée dans les théâtres. Colonie.s, prévue pour début 2021, est une déambulation immersive, interactive et collective dans un lieu singulier, imaginée par la Compagnie Le Clair-Obscur.

L'Institut français et l'artiste

En août 2020, Charles Ayats est coordinateur, aux côtés de Jérôme Blanquet, de la résidence d’écriture VR initiée par l’Institut français et le VR Arles festival.

En savoir + sur la résidence d’écriture VR 

SENS VR, Le Cri ou encore 7 Lives de Charles Ayats sont présentées sur Culturevr.fr, plateforme de l'Institut français qui dresse un panorama de l'innovation culturelle en matière de réalité virtuelle.

L'institut français, LAB