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Christophe Fourvel

J'ai toujours considéré la lecture ou le spectacle comme une invitation au dialogue.

Après la réalisation d'un séjour en Suède en 2020, dans le cadre d'une mission Stendhal sur les pas de Stig Dagerman, Christophe Fourvel évoque ses influences, son séjour en pleine pandémie et son parcours d'écrivain fasciné par les arts.

Mis à jour le 15/01/2021

5 min

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Christophe Fourvel
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© Marin Fourvel

Vos premiers romans étaient caractérisés par un sens de l'épure, souvent hantés par la mélancolie. Comment observez-vous votre évolution en tant qu'auteur ?

L'épure correspond à ma musique intime et je n'en ai pas encore fini avec elle. J'aime quand le texte est réduit à sa corde sensible et il me semble avoir longtemps travaillé avec une seule couleur, des monochromes mélancoliques un peu gris-bleu. Puis Il y a eu un moment de rupture dans ma carrière où j'ai senti que je n'avais plus assez de ferveur pour me lancer dans un nouveau projet. Je n'ai jamais couru derrière la notoriété mais, après une quinzaine de livres, la non-reconnaissance et la difficulté à les faire exister me donnaient un sentiment d'échec. Dans cet espace de vide, l'envie d'écrire est malgré tout demeurée tenace. Alors j’ai pensé que si je n’arrêtais pas d’écrire, il me fallait au moins écrire autrement…Pour mon roman suivant, j'ai voulu emprunter à une palette de couleurs beaucoup plus large : ça a donné un roman de cinq cents pages aux tonalités parfois burlesques, dans lequel j’ai voulu mettre tout ce que j’étais au moment où je l’écrivais (Chroniques des années d’amour et d’imposture, Mediapop éditions, 2018). Puis je crois être revenu à une écriture plus ramassée avec mes livres suivants. Peut-être à une forme d’épure à nouveau mais avec une palette de couleurs plus large cette fois.

Les œuvres des autres et la façon dont elles trouvent écho dans nos vies font partie de vos inspirations. Quels ont été les artistes qui vous ont accompagné ?

J'ai toujours considéré la lecture ou le spectacle comme une invitation au dialogue et j'avais envie de répondre aux artistes qui m'ont touché. Nous avons besoin de ne pas tout comprendre pour avancer dans la création : il faut se confronter à des œuvres qui nous dépassent. À l'adolescence, je me souviens avoir vu un film de Luchino Visconti, Mort à Venise, uniquement pour son titre et être sorti subjugué sans avoir vraiment compris de quoi il s’agissait. Les artistes que l’on aime nous accompagnent pour un bout de chemin, puis ils cèdent leur place à d'autres. Samuel Beckett m'a montré que l'on pouvait être libre et audacieux dans l'écriture, Arno Schmidt aussi. John Cassavetes, par exemple, a joué ce rôle avec ses films, et Pina Bausch, avec ses pièces. La découverte de ce travail a été un moment très important pour moi.

Vous animez fréquemment des ateliers créatifs mêlant l'écriture et d'autres pratiques artistiques. De quelle manière concevez-vous les relations entre les arts ?

Dans ces ateliers, je constate un manque culturel absolu. Que ce soit des élèves ou des adultes, par exemple en maisons d’arrêt ou dans des structures d’apprentissage, je rencontre des personnes qui n'ont pas connu d'émotions artistiques. En mélangeant les disciplines, je veux leur permettre de goûter à tout, quitte à en privilégier une en fonction de leur attirance intime. Face à des personnalités qui sont démunies par rapport à l'art, je pense que plus on leur donne d'entrées possibles, plus on a de chances de les atteindre.

Les artistes que l’on aime nous accompagnent pour un bout de chemin, puis ils cèdent leur place à d'autres

Vous avez été soutenu par l’Institut français dans le cadre du programme Stendhal afin de réaliser un séjour en Suède pour l'écriture de votre prochain roman. Pouvez-vous nous présenter ce projet ?

Je vis depuis trente ans en compagnie de l’œuvre d'un écrivain suédois qui s'appelle Stig Dagerman. C'est un jeune homme pour lequel j'ai gardé une tendresse immense et qui continue à me toucher. Il s'est suicidé à 31 ans et il a laissé une œuvre de jeunesse qui n'est pas pleinement aboutie. J'ai longtemps pensé à réaliser un projet autour de ma relation à cet écrivain mais il m'a fallu du temps pour trouver la forme adéquate. Aujourd'hui, j'imagine un ouvrage modulaire, pensé comme une constellation de textes autour de la planète Dagerman. Quelque chose qui prend toutes ses distances avec les formes biographiques traditionnelles pour s’attacher au rayonnement d’une œuvre, aux liens que nous pouvons construire avec elle. Je voulais quelque chose qui parle de son œuvre mais aussi de la Suède et de mon propre rapport à ce pays.

Dans ce contexte de crise sanitaire, comment s'est déroulé votre voyage dans un pays qui gère la pandémie à l'opposé de ses voisins européens ?

Mon voyage s'est passé le plus naturellement du monde. Je suis parti avant le confinement en France : arrivé là-bas, personne n'avait de masques, tous les magasins et les restaurants étaient ouverts. La pandémie était là mais la Suède a une autre façon d'appréhender les choses. J'avais prévu une grande solitude d'un mois et n’était donc pas contrarié dans mes plans. J'ai également réalisé une intervention dans un lycée français où j'ai pu m'apercevoir que les jeunes connaissaient mal le travail de Dagerman. Les plus âgés l'ont étudié à l'école mais son œuvre semble désormais faire partie du passé.

Alors que la crise du Covid-19 est toujours présente, avez-vous dû réorienter vos recherches dans une autre direction ?

Je souhaitais rédiger quelques pages sur sa vie et il fallait que je parte sur ses traces. De ma visite dans son village natal, je n’ai ramené qu'une demi-page mais chaque mot était habité par l'expérience physique de ce lieu. Ce texte n'aurait pas pu exister si je n'y étais pas allé. En vivant là-bas, je me suis aussi mis à écrire des poèmes en suédois en décidant d'emprunter le moins possible de mots au dictionnaire, quitte à formuler des choses maladroites en usant seulement des quelques 400 mots que je possède dans cette langue. Dans mon idée, j'aimerais publier le roman pour le centenaire de la naissance de Dagerman en 2023. Je serai peut-être prêt avant mais je n'ai pas envie de me bousculer : prendre son temps pour écrire des livres est une nécessité que l'on a tendance à oublier.

En 2002, vous aviez déjà effectué une mission Stendhal en Uruguay pour votre livre Montevideo, Henri Calet et moi. Qu'avez-vous retenu de cette expérience ?

Partir en Uruguay revenait à enquêter sur Henri Calet, un personnage clandestin, en cavale suite à un vol commis dans l’entreprise où il travaillait en tant « qu’aide-comptable ». Je devais reconstituer, dans une optique presque policière, des éléments de sa vie et rencontrer des personnes l'ayant côtoyé. Pour Stig Dagerman, c'était différent puisque l'on sait tout de son parcours. De plus, Montevideo est une terre latine où les gens sont accessibles et ont un grand plaisir à parler français tandis qu'à Stockholm, l'heure était pour moi plutôt à l'introspection. Une chose est certaine : être lauréat d'une mission Stendhal m'a permis de retrouver confiance en ce que je faisais. J’avais l'impression d’une légitimité plus grande en devenant un écrivain français qui part travailler à l'étranger.

L'Institut français et l'écrivain

Lauréat 2020 du programme Stendhal de l'Institut français, Christophe Fourvel a effectué sun séjour en Suède afin de travailler sur l'écriture de son prochain roman. Le programme Stendhal soutient la mobilité internationale d’auteurs de langue française dont le projet d’écriture justifie un séjour à l’étranger d’une durée d’un mois minimum.

En savoir + sur le programme Stendhal

L'institut français, LAB