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Christophe Galati

J’essaie de refaire, à mon échelle, l’histoire du jeu vidéo

Fort du succès de son jeu Save me Mr Tako: Tasukete Tako-San (2018), Christophe Galati est le premier créateur de jeux vidéo à avoir intégré une résidence artistique à la Villa Kujoyama de Kyoto. Après cinq mois passés au Japon, ce jeune créateur indépendant de 24 ans poursuit secrètement la création de son nouveau projet…

Publié le 01/10/2019

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Quel regard portez-vous sur le jeu indépendant français aujourd’hui ?

Le jeu vidéo indépendant français n’a jamais été aussi vaste qu’aujourd’hui, tant sur le plan artistique que technique. Les barrières pour créer se sont affaiblies : il y a de nombreuses formations et ressources en ligne qui permettent d’apprendre à faire des jeux. C’est une vraie chance : cela permet à des auteurs, variés, de s’exprimer. Certes, il y a toujours les problématiques de financement et de distribution qui font qu’il est compliqué de vivre du jeu indépendant, mais cette typologie de création est désormais mise en avant. Et ça, c’est génial.

 

Au milieu et à la fin des années 2000, on voyait ce secteur comme un vivier de création favorisant la prise de risque… De nos jours, l’audace semble laisser place à la surexploitation des succès, avec des hommages en tous genres. Save me Mr Tako en est d’ailleurs un. Quel est votre regard sur cette mode ?

Il y a de tout. Le fait qu’il y ait tant d’hommages est probablement révélateur du fait que beaucoup de créateurs ne se retrouvent pas dans les jeux actuels. Chacun a sa madeleine de Proust et a envie de la retranscrire comme il peut, mais avec ses propres thèmes. Même dans cette mouvance rétro, le jeu vidéo déblaye selon moi de nouvelles esthétiques et des nouvelles techniques. Je pense notamment au revival version expérimentale, par la réalité virtuelle ou des expériences courtes, que l’on retrouve d’ailleurs aujourd’hui de plus en plus dans les musées. Je pense qu’il y a encore des choses à faire, et c’est pour cette raison que je suis dans cette filière.

La résidence à la Villa Kujoyama a été une retraite spirituelle : en tant qu’artiste, j’ai pu prendre le temps qualitatif nécessaire pour réfléchir sur ce que je souhaitais exprimer et transmettre. Une étape décisive dans mon parcours créatif !

Vous avez été le premier créateur de jeux vidéo à effectuer une résidence à la Villa Kujoyama. Comment avez-vous ouvert cette voie ?

J’ai découvert les résidences artistiques assez récemment, dans un documentaire sur la Villa Médicis sur Arte. Je trouve l’idée de permettre à des artistes d’aller travailler dans des endroits inspirants très intéressante. Dans le secteur du jeu vidéo, nous avons encore moins que dans d’autres domaines, je crois, la possibilité de nous concentrer sur la création. Pourquoi alors ne pas tenter l’expérience et saisir cette opportunité ? J’ai candidaté pour la Villa Médicis mais je n’ai pas été sélectionné. J’ai ensuite découvert la Villa Kujoyama au Japon : j’étais d’autant plus enthousiaste que le Japon m’inspire beaucoup ! J’ai tenté sans trop y croire car, là aussi, ça aurait été une première… et c’est passé !

La Villa Kujoyama fournit aux artistes un studio dans la villa à Kyoto, une bourse mensuelle et un billet d’avion. Tout est fait pour que les artistes soient autonomes et puissent se concentrer sur le processus de création. C’est très précieux ! Par exemple, pour mon premier jeu, j’avais un travail à temps plein la journée et je travaillais sur mon jeu la nuit, sur mon temps libre. Certes, il existe certaines aides qui permettent de financer des productions — comme celles du Centre national du cinéma et de l’image animée — mais il faut parfois apporter la moitié du budget total : ce n’est pas donné à tout le monde. Les résidences artistiques ont un vrai rôle à jouer.

 

Ces cinq mois au Japon ont-ils changé votre façon de travailler ?

Je ne pouvais pas rêver mieux pour commencer mon nouveau projet. J’ai pris le temps de faire une vraie préproduction. D’habitude, il faut faire un prototype du jeu pour aller chercher le financement. Là, j’ai pu prendre le temps de réfléchir à l’univers, poser la base… tout en étant sur le terrain, au Japon. Vu que mon jeu est très typé japonais, j’ai pu faire des recherches, retrouver des références présentes dans les jeux qui m’ont inspiré. J’ai pu aller voir des spectacles d’apprenties geishas, les maiko. Je me suis imprégné de la routine quotidienne des Japonais. Être en résidence m’a également permis de me nourrir des autres artistes présents : danseurs, architectes, écrivains… Nous avons pu mettre en parallèle nos questionnements artistiques.

La résidence a été aussi pour moi une retraite spirituelle : en tant qu’artiste, j’ai pu prendre le temps qualitatif nécessaire pour réfléchir sur ce que je souhaitais exprimer et transmettre. Une étape décisive dans mon parcours créatif !

 

Quels sont vos projets en cours ?

J’espère sortir bientôt une mise à jour de Save me Mr Tako et je continue à travailler sur le jeu vidéo commencé à la Villa Kujoyama. Ce sera un jeu de rôle incorporant des phases d’action en temps réel. Pour le moment, j’ai intitulé le jeu Project Himitsu. Himitsu signifie « secret » en japonais. C’est un nom de code, mais il reflète aussi le thème du jeu qui parlera des secrets et des conséquences qu’ils peuvent avoir – sur les gens et sur le monde. Visuellement, ce projet s’inscrit dans une démarche similaire à celle que j’ai eue pour Save me Mr Tako : l’idée est de rendre hommage à une esthétique japonaise précise : Tako était un hommage à la Game Boy ; Project Himitsu est la suite logique, influencée cette fois-ci par les codes de la Game Boy Advance. J’essaie de refaire, à mon échelle, l’histoire du jeu vidéo.

Rencontre avec Christophe Galati
L'Institut français et le projet

Lauréat du programme de résidences à la Villa Kujoyama, Christophe Galati a séjourné à Kyoto en 2019. En savoir + sur le programme de résidences à la Villa Kujoyama

L'institut français, LAB