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À l’occasion du FOCUS Expériences Immersives (XR) organisé par l’Institut français, rencontre avec le directeur général du Grand Palais Immersif Roei Amit

L’innovation n’est jamais un but en soi : la technologie n’est qu’un moyen. C’est toujours le contenu qui prime.

Roei Amit est à la tête du Grand Palais Immersif, une filiale de la Réunion des musées nationaux - Grand Palais spécialisée dans les expositions immersives. Il nous parle de ses ambitions pour le Grand Palais Immersif, de l’exposition La Joconde, Exposition Immersive coproduite avec le Musée du Louvre et du lancement d’un nouveau lieu immersif à l’Opéra Bastille, qui sera présenté en avant-première aux professionnels étrangers invités par l’Institut français dans le cadre du FOCUS Expériences Immersives (7-12 juin). 

Mis à jour le 07/06/2022

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Opera Bastille
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Les participants du FOCUS XR organisé par l'Institut français visiteront en avant-première un nouveau lieu immersif à l’Opéra Bastille, nait d'une collaboration entre l’Opéra national de Paris et la Réunion des musées nationaux – Grand Palais.
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Opera Bastille © E. Bauer – OnP

Vous évoluez dans le domaine de la culture depuis plus de vingt ans, avec un intérêt marqué pour le numérique. Est-ce que vous pourriez nous présenter votre parcours en quelques mots ? 

Après mes études, notamment en philosophie, j’ai rapidement travaillé dans les domaines de la création et de l’innovation. J’ai commencé à l’UNESCO, puis chez MK2, à l’INA, et enfin à la Réunion des musées nationaux - Grand Palais. À cette époque, la question de l’innovation culturelle était déjà étroitement liée à celle du numérique. Pour autant, je ne suis pourtant pas un geek à proprement parler : c’est avant tout à travers le prisme de ces effets sur la société que j’envisage le numérique. 

 

Vous êtes maintenant directeur général du Grand Palais Immersif, une filiale de la Réunion des musées nationaux - Grand Palais. Qu’est-ce que le Grand Palais Immersif, et quelles sont ses missions ? 

Son ambition est de produire et de diffuser des expositions selon un nouveau format essentiellement numérique. Il s’agit de projets in situ, montrés partout dans le monde, qui permettent d’aborder différents thèmes artistiques et culturels d’une nouvelle manière. Après plusieurs expositions qui ont servi de proof of concept ces dernières années, la RMN-Grand Palais a décidé de structurer cette activité de façon plus ambitieuse en créant cette filiale. Le Grand Palais Immersif a pour vocation de produire deux nouvelles expositions par an, de les présenter à Paris dans un lieu dédié, puis de les diffuser en France et à l’international. Nous nous intéressons en particulier à tout ce qui peut renouveler notre vision sur certains sujets majeurs de l’histoire des arts et de la culture, en y apportant des éclairages très contemporains. Nous avons ainsi commencé avec l’exposition Sites éternels, sur les sites archéologiques détruits par Daech en Irak en Syrie, qui nous a un peu servi de galop d’essai, et qui a ensuite été suivie par une exposition sur Pompéi. La raison de ce choix, ce sont les découvertes rendues possibles par des nouvelles campagnes de fouilles archéologiques, d'une ampleur inédite depuis trente ans. Cette ligne éditoriale se poursuit aujourd'hui avec La Joconde immersive, actuellement visible au Palais de la Bourse à Marseille. 

 

Pourriez-vous nous présenter l’exposition La Joconde, Exposition Immersive, coproduite avec le Musée du Louvre, qui se déroule actuellement au Palais de la Bourse à Marseille ? 

L'exposition tente de répondre à la question suivante : pourquoi est-ce que ce tableau est-il devenu le plus célèbre du monde ? Comment fabrique-t-on la notoriété d’une telle image ? En quoi est-ce lié à l’histoire de sa création ? La Joconde est aujourd’hui beaucoup plus qu’un tableau peint par Léonard de Vinci. L’exposition pose donc une question très actuelle : comment devient-on un chef d'œuvre mondialement connue ? Nous essayons d’y répondre de façon à la fois sensible et poétique, mais en rendant également accessible de nombreuses analyses sur le sujet. 

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Roei Amit
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Roei Amit
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Les nouvelles technologies permettent surtout de proposer des contenus de façon multiple, simultanée, et à grande échelle.

Comment les technologies immersives modifient-elles aujourd’hui la façon dont on approche le format de l’exposition ? 

Aujourd’hui, le mot « immersion » est devenu un peu galvaudé. Qu’est-ce qu’un art « immersif » ? D’une certaine façon, on peut dire que depuis la peinture rupestre des hommes préhistoriques, l’art a toujours été immersif. Cette importance accordée à la spatialité est également très importante au Moyen-Âge puis à la Renaissance, notamment dans les églises. Aujourd’hui, les nouvelles technologies permettent surtout de proposer des contenus de façon multiple, simultanée, et à grande échelle. Que l'on parle de vidéo-mapping ou de casque en réalité virtuelle, il s’agit de dispositifs où plusieurs de nos sens sont sollicités en même temps. Avec le Grand Palais Immersif, nous travaillons sur ces axes : des projections monumentales, des temps plus narratifs et analytiques, et enfin, la possibilité d’interagir avec les œuvres. Cela nous permet de créer des parcours qui épousent les particularités architecturales des lieux où nous exposons en y déployant une véritable scénographie. Le résultat est un espace que les visiteurs vont pouvoir découvrir et s’approprier. 

 

Comment se différencier, à l’heure où presque toutes les institutions muséales majeures, en France et dans le monde, s’emparent de ces formats innovants ? 

Oui, la multiplication des offres concerne aujourd’hui aussi bien des lieux déjà existants que des espaces nouveaux qui y sont désormais entièrement consacrés. Or, la particularité de la Réunion des musées nationaux - Grand Palais, c’est que nous ne sommes pas un musée : nous collaborons donc avec Le Louvre, avec l’Opéra Bastille, et travaillons toujours en réseau. Une autre question qui se pose, c’est celle de la taille des dispositifs. Aujourd’hui, la technologie permet beaucoup de choses, à des échelles très différentes, et c’est à chacun de se l’approprier. L’innovation n’est jamais un but en soi : la technologie n’est qu’un moyen. C’est toujours le contenu qui prime. 

 

En partenariat avec l’Opéra National de Paris, vous travaillez actuellement à la création d’un nouveau lieu immersif à l’Opéra Bastille. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet ? 

À partir de septembre, nous allons ouvrir un espace dédié à ce type d’expositions à l’Opéra Bastille. La première d’entre elles, intitulée Venise révélée, sera dédiée à l’exploit d’ingénierie que constitue la construction de Venise, et à sa lutte contre le changement climatique, qui la menace actuellement. 

 

Vous ferez visiter ce nouvel espace et présenterez des œuvres du Palais Augmenté, le festival dédié à la réalité augmentée que vous organisez avec Fisheye au Grand Palais Éphémère, durant le Focus Expériences Immersives (XR) organisé par l’Institut Français du 7 au 12 juin prochain. Le principe du Focus est d’inviter en France des professionnels étrangers, dans le but d’encourager la diffusion des créations artistiques françaises et de développer des partenariats internationaux. Quelles sont les perspectives de développement à l’international que vous envisagez pour le Grand Palais Immersif ? 

Nous souhaitons bien sûr que ce nouveau format d’exposition soit diffusé le plus largement dans le monde. À la différence des expositions avec des œuvres physiques, les expositions immersives se prêtent plus facilement à l’itinérance. Dans ce cadre, nous allons accueillir plusieurs délégations étrangères : le Focus Expériences Immersives (XR) sera ainsi l’occasion de présenter des expériences inédites à des programmateurs internationaux.  

L'Institut français

L’Institut français organise, du 7 au 12 juin 2022, un Focus consacré aux expériences immersives, afin de favoriser la diffusion des créations françaises à l’international et encourager les coopérations dans ce secteur innovant des industries culturelles et créatives. 

En savoir + sur le FOCUS 

L'institut français, LAB