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Architecture

Guillaume Ramillien

Valoriser les matériaux et les savoir-faire

Lauréat des Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes (AJAP) en 2016, Guillaume Ramillien fait partie d’une jeune génération d’architectes français soucieux de réconcilier le réel et l'imaginaire. Il évoque ici la façon dont l'environnement imprègne sa manière de concevoir un bâtiment.

Mis à jour le 01/04/2019

5 min

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Guillaume Ramilien
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© Guillaume Ramillien Architecture SAR

Guillaume Ramillien trace un sillon singulier dans le paysage architectural français. Marqué par un voyage à Madurai, en Inde du Sud, dans le cadre de ses études, il défend une architecture optimiste et exigeante qui part du trait pour prendre en charge toutes les dimensions du projet, qu'elles soient esthétiques ou environnementales.

Le dessin et la maquette sont au cœur de votre méthode de travail. Qu'est-ce qui vous intéresse dans ces outils ?

Le dessin est important car il permet de prendre en charge, dans un même trait de crayon et sans aucune hiérarchie a priori, la matière construite, le paysage et les usagers du futur bâtiment. À côté de cette esquisse, la maquette est un objet qui se manifeste dans le réel. D'une certaine manière, elle touche à des problématiques abordées par le bâtiment sans pour autant se substituer à lui. C'est aussi un bon moyen d'approcher la question des matériaux et des systèmes de construction.

Le dessin permet de prendre en charge, dans un même trait de crayon et sans aucune hiérarchie a priori, la matière construite, le paysage et les usagers du futur bâtiment.

Avez-vous des matériaux de prédilection ?

Nous travaillons beaucoup avec le bois. Ce n'est pas exclusif, mais cela incarne parfaitement nos engagements : privilégier des matériaux qui ont des propriétés expressives ou esthétiques, mais qui portent aussi d'autres qualités comme le savoir-faire des artisans qui les mettent en œuvre ou la capacité à activer des filières englobant des champs plus larges que le cadre strict du bâtiment construit. Plébisciter une architecture en bois, par exemple, contribue à favoriser l’exploitation de forêts gérées durablement et localement, ce qui n'est pas le cas de constructions plus traditionnelles, en béton, où la matière peut venir de n'importe où. Au-delà d'un matériau, c'est notre capacité à dynamiser des secteurs, à créer des emplois et à revaloriser des savoir-faire qui est en jeu.

 

Dans quelle mesure votre expérience en Inde, en 2005, a-t-elle modelé votre conception de l'architecture ?

Cette mission a probablement influencé la manière dont j'aborde le rapport entre la main d'œuvre et la matière. En Inde, la main d'œuvre est très bon marché. Un modeste projet d'une centaine de mètres carrés peut engager 300 ouvriers. À l'inverse, le matériau demeure très onéreux. Chez nous, le rapport se renverse : la main d'œuvre qualifiée coûte cher tandis que nous ne payons pas le prix réel de la matière utilisée. L’Inde m’a permis de me confronter à ce décalage. Je conçois l'architecture comme un faire-valoir pour des savoir-faire et pour la qualité des hommes et des femmes qui s'y engagent ; de la même manière, je ne considère pas le matériau comme un objet pauvre, je souhaite lui rendre ses lettres de noblesse en évaluant son coût réel, son cycle de vie.

Je ne considère pas le matériau comme un objet pauvre, je souhaite lui rendre ses lettres de noblesse en évaluant son coût réel, son cycle de vie.

Cette vision implique-t-elle des engagements, notamment en matière de développement durable ?

Aujourd'hui, les questions d'écologie sont largement répandues. Je ne présenterai pas cet enjeu comme un fer de lance pour nous, mais plutôt comme une condition de frugalité à laquelle chaque citoyen demeure soumis. Dans ce contexte, le choix du matériau pose la question de l'impact global d'un bâtiment, depuis la production du support jusqu'à la déconstruction de l'édifice. De ce point de vue-là, le bois a de grandes qualités. Les forêts sont un vrai piège à CO2, ce qui

aide à mieux vivre au-delà de la construction. Avec cette matière, il est également possible d'envisager facilement une déconstruction pour exploiter à nouveau ces éléments.

Aujourd'hui, les questions d'écologie sont largement répandues. Je ne présenterai pas cet enjeu comme un fer de lance pour nous, mais plutôt comme une condition de frugalité à laquelle chaque citoyen demeure soumis.

L'éco-cité La Garenne, à Fourchambault, constitue un bon exemple de votre travail...

Pour ce projet de renouvellement urbain, nous devions reconstruire 34 logements sous une forme un peu plus dispersée que des barres d'immeubles. La présence d'un bois de chênes centenaires nous a poussé à inventer un projet qui respecte le paysage afin d'offrir aux futurs habitants un cadre de vie exceptionnel. Il se trouve enfin que le territoire était inondable. La question de la conduite de l'eau – de la conception des bâtiments aux espaces publics – a été structurante pour le projet. L'eau collectée sur les toitures alimente le parc, tandis que les espaces paysagers sont dessinés de manière à pouvoir accueillir une crue et à protéger les logements. Ce programme, comme le centre socioculturel de Limeil-Brévannes sur lequel nous avons travaillé en 2015, incarne des engagements forts. Il nous permet surtout de construire des lieux de vivre ensemble au service d'un bien commun partagé.

 

Vous avez fait partie des lauréats de l'AJAP 2016. Que vous a apporté un tel prix ?

Dans notre discipline, être reconnu par ses pairs reste très important. C'est une manière de se sentir soutenu et, surtout, une valorisation de notre travail auprès des maîtres d'ouvrage publics ou privés. Grâce aux AJAP, nous avons gagné en visibilité. Face à un promoteur qui lance un projet à plusieurs millions d'euros, être un jeune architecte demeure un obstacle. Ce prix est donc un gage de confiance, de reconnaissance. Il valorise aussi des échanges internationaux particulièrement précieux. Parfois, l'architecture reste cantonnée à l'échelle du territoire national. À ce titre, partir à la rencontre de professionnels à travers le monde constitue une richesse inouïe. Je travaille à l’heure actuelle à un voyage en Irak, avec mes étudiants, pour rencontrer de jeunes Kurdes autour des enjeux de la construction en terre et de la valorisation patrimoniale, grâce à des échanges développés à la suite du prix.

 

Quels sont, pour vous, les grands défis pour l’architecture aujoud’hui ?

D'abord, à titre personnel, je crois qu'il faut continuer à porter les engagements sociaux et environnementaux dans nos travaux. La culture architecturale reste assez peu partagée, probablement en grande partie parce que nous autres, architectes, nous nous enfermons parfois dans une posture, comme si nous étions les seuls défenseurs de ces vastes intérêts face à des interlocuteurs qui n'y entendraient rien. C'est une erreur. Aujourd'hui, ces enjeux sont tellement importants que nous devons être capables d'y répondre collectivement. À cette condition, nous réaliserons le défi de partager cet engagement avec le plus grand nombre.

Guillaume Ramilien
Guillaume Ramilien
L'Institut français et le projet

Partenaire du concours des Albums des jeunes architectes et des paysagistes, organisé tous les deux ans, l'Institut français fait circuler dans le monde entier une exposition qui rassemble les projets des 20 lauréats.

 

L'exposition est présentée par l’Institut français d’Indonésie à Jakarta, à Pomodoro University, du 25 mars au 5 avril, et à Bandung, à l'Institut Teknologi Bandung, du 8 au 12 avril 2019.

 

En savoir + sur l'exposition "Albums des jeunes architectes et paysagistes "

L'institut français, LAB