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Rencontre

Hélène Fischbach

Le polar parle de la société dans sa diversité et sa modernité.

Du 3 au 5 avril, l’édition 2020 du festival lyonnais Quais du Polar s’est tenue en ligne, dans le contexte de la crise sanitaire liée au Coronavirus Covid-19. Sa directrice Hélène Fishbach revient sur l’essor d’une « scène noire » française, ainsi que sur les enjeux de ce festival qui se développe à l’international.

Mis à jour le 16/04/2020

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Hélène Fischbach
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© Les Pictographistes

Vous dirigez Quais du Polar qui, compte tenu de la crise sanitaire, a eu lieu cette année en ligne. Quelle est l’histoire de ce festival ?

La réflexion a commencé en 2004 et 2005. Lyon a beau être une ville au rayonnement culturel très important, elle ne proposait aucune manifestation autour du livre. L’association Quais du Polar est née de l’idée de créer un événement fort, de renouveler les publics et de mettre en avant les librairies indépendantes, très vivantes au sein du réseau lyonnais. 

Nous intéresser au polar était audacieux à ce moment-là : si le genre avait des collections importantes (Série Noire ou Rivages), il n’était pas encore à son meilleur niveau, et ne rencontrait pas encore le succès qu’il connaît aujourd’hui ! Nous surfions sur la vague du Da Vinci Code. À l’époque, le polar anglo-saxon dominait le marché. 

 

En France, le polar a désormais le vent en poupe. Quel tableau peut-on dresser de l’édition de polars ? 

La dernière enquête du Centre national du livre a montré que le polar est devenu le genre préféré des Français. L’édition a vu naître de nouvelles collections et de nouvelles maisons spécialisées dans le genre. Il existe une vraie course après le genre noir : chaque année, ce sont environ 1 900 titres qui sont publiés, avec une vingtaine de collections spécialiséeset plus de 20 millions de livres vendus. Le genre est très varié, tout comme son public, qui est aussi bien féminin que masculin, jeune qu’âgé... Car le polar parle de la société dans sa diversité et sa modernité. Son succès peut être vu comme un reflux de la vague plus introspective de la littérature de la fin du XXe siècle. Les séries télévisées, elles aussi, ont complètement modifié le genre. Les auteurs eux-mêmes les citent en référence et leur écriture est devenue plus scénaristique. Nous avons d’ailleurs créé le prix Polar en sériequi récompense un livre que l’on juge particulièrement adaptable pour le petit écran. 

 

Quelles sont les grandes tendances du genre – et ses nombreux sous-genres ? 

Il y a bien sûr une veine thriller, qu’incarnent Franck Thilliez ou Maxime Chattam, ou encore une veine de polars « voyageurs », lancéepar Caryl Férey ou Olivier Truc, qui est capable de nous emmener en Laponie. Il existe, même si je n’aime pas le terme, un polar plus féminin, à la Gillian Flynn, qui s’empare d’univers plus clos, allant du foyer domestique aux petites villes. D’autres auteurs empruntent le chemin d’une veine réaliste, intégrant le fait divers à leurs intrigues. Ou présentent des enquêtes journalistiques sous les apparences du polar. C’est le cas de Pauline Guéna, qui vient de publier une enquête approfondie sur le 36 quai des Orfèvres (18.3 Une année à la PJ). Il existe également des polars de grands espaces, avec Franck Bouysse ou Nicolas Matthieu, qui s’intéressent aux zones périurbaines, aux laissés-pour-compte. On peut encore citer la montée en puissance de l’écologie et du numérique, ainsi que le polar abordé sous l’angle humoristique… 

 

Sans oublier le polar jeunesse, pour lequel vous avez d’ailleurs créé un prix…

Le polar propose une entrée ludique vers la lecture, et permet d’intéresser les plus jeunes aux énigmes, les adolescents à certains sujets de société. Il existe plusieurs collections dédiées, notamment chez Syros ou aux éditions Gulf Stream. Avec l’équipe de Quais du Polar, nous sommes certains que l’intérêt pour la lecture naît de la rencontre d’auteurs, dont certains écrivent aussi bien pour les adultes que pour la jeunesse. Nous travaillons avec des collégiens sur des adaptations de polars en séries télévisées, et avec des lycéens sur la notion de traduction, de l’adaptation d’une langue àl’autre.

Le genre est très varié, tout comme son public, qui est aussi bien féminin que masculin, jeune qu’âgé...

Le polar français s’exporte-t-il bien ? Quels sont les pays les plus friands des auteurs français ?

Les goûts varient en fonction des traditions littéraires. En Allemagne, le genre krimi privilégie l’enquête policière, ainsi qu’une certaine image « carte postale » de la France. Et la demande va surtout au polar qui se déroule à Paris, en Provence ou en Bretagne. En Italie, le polar est giallio (« jaune »), et comporte une vraie dimension sociale et politique. Plus au nord, des éditeurs norvégiens se sont mis récemment à rechercher des auteurs français à traduire. Du côté de l’Asie, le polar français marche bien en Corée. 

 

Ces territoires, vous les connaissez bien, puisque Quais du Polar est très tourné vers l’international…

Dès notre lancement, nous avons souhaité inviter des auteurs étrangers et les faire dialoguer avec les auteurs français. Nous avons reçu des auteurs anglo-saxons, nordiques, israéliens, indiens, japonais… Dans cet esprit, nous avons créé en 2014 Polar Connection, un volet réservé aux rencontres professionnelles qui nous permet de valoriser le polar français à l'étranger. Par ailleurs, nous travaillons de plus en plus en tant que partenaire de foires du livre : Foire du livre de Franshhoek (Afrique du Sud, 2016 et 2017), Foire du livre de Leipzig, Festival Una marina di libri de Palerme ou Saison France-Roumanie en 2019. En 2020, nous regardons du côté de la Corée et de la Foire de Séoul. 

 

La crise sanitaire vous oblige à redimensionner Quais du Polar en proposant, cette année, une version digitale du festival. Est-ce l’occasion de démultiplier les actions ?

Pour répondre à la crise, nous avons en effet monté un festival virtuel proposant des contenus vidéo, des textes, des rencontres… Nous organisons aussi chaque année à l’été Polar en vacances, et, au mois d’octobre, des rencontres avec des auteurs étrangers en partenariat avec la ville de Pau. Sans compter les rencontres en librairie dont nous sommes partenaires, les avant-premières cinéma, les opérations de médiation scolaire et les actions dans les prisons et les centres de rétention. Àquoi nous voudrions ajouter des week-ends thématiques, comme celui que nous imaginons en ce moment autour de la gastronomie…

 

Quels sont les polars que vous avez le plus aimés ?

Je citerais Richesse oblige d’Hannelore Cayre, qui est avocate de profession et qui s’inscrit dans la veine du polar grinçant dont je parlais. Elle dénonce dans son roman une société dominée par les riches et les privilégiés depuis le XIXe siècle. J’aime bien également Andrée Michaux, connue pour Bondrée, qui a reçu le prix Quais du Polar 2017. C’est une auteure québécoise extrêmement littéraire, qui décrit très bien les grands espaces. Et pour finir, Seules les bêtes, de Colin Niel, qui a récemment été adapté au cinéma par Dominik Moll. 

L'Institut français et le projet

Dans le contexte de la pandémie du Coronavirus Covid-19, l’Institut français souhaite continuer à vous proposer des portraits, rencontres avec des créateurs de toutes origines, œuvres, portfolios. Nous espérons que ces pages vous apporteront une respiration dans un quotidien confiné.

 

 

Partenaire du Festival Quais du polar de Lyon depuis 2015, l’Institut français, co-organise la journée « Polar Connection » produite dans le cadre du festival lyonnais ainsi qu’un Focus international Polar. 

 

 

Ces rencontres sont l’occasion de réunir les professionnels français et internationaux du livre, du cinéma, du numérique pour célébrer l’attrait et la vitalité de la littérature policière. 

En savoir + sur Quais du Polar

L'institut français, LAB