de rencontres
Rencontre
Pluridisciplinaire
Arts visuels
Photographie

Hervé Youmbi et Hervé Yamguen

Nous proposons avec ce projet un voyage à travers des senteurs, des expériences, des sonorités qui nous bercent, des histoires qui nous habitent et nous animent.

Artistes camerounais, Hervé Youmbi et Hervé Yamguen explorent la question de l’environnement urbain à travers l’écriture, la photographie ou encore les arts plastiques. Lauréats du programme de résidences de l’Institut français à la Cité internationale des arts, les deux plasticiens, membres du Cercle Kapsiki, ont imaginé, Les fables du calao, un parcours visuel et sonore co-produit par le collectif Mu et l'Institut des Cultures d'Islam, en partenariat avec la villa Belleville et la Cité Internationale des Arts. Présenté dans le cadre de la Saison Africa2020, ce parcours est également lauréat de l'appel à projet "Embellir Paris" de la Ville de Paris.

Mis à jour le 02/04/2021

5 min

Image
Hervé Youmbi et Hervé Yamguen
Crédits
Hervé Youmbi et Hervé Yamguen Les fables du Calao ICI Paris Fevrier 2021 © Aude-Emilie Judaique

Vous êtes à Paris jusqu’en avril, via le programme de résidences de l’Institut français à la Cité internationale des arts, comment avez-vous appréhendé cette opportunité ? 

Nous avons décidé de vivre en Afrique, mais venir à Paris de temps en temps, c’est important pour nous. C’est l’occasion de prendre une grande bouffée d’oxygène, de visiter des expositions, d’aller au théâtre, d’écouter de la poésie… La résidence est au cœur de la ville, au milieu des musées et des galeries. Tout cela nous enrichit. Quand nous retournons au Cameroun, nous sommes rechargés, plein d’énergie pour avancer dans notre travail.

Sur quoi avez-vous décidé de travailler pendant ce temps de résidence ?

Notre projet est un parcours sonore qui s’intitule Les fables du calao. Il s’agira de convier les visiteurs du parcours sonore et visuel à effectuer un voyage à partir de la notion d’ici et d’ailleurs, et surtout à les inviter à la célébration de la diversité. Nous sommes en résidence à la Cité internationale des arts, mais le travail se fait dans l’environnement de la Goutte d’Or où nous recueillons des éléments sonores destinés à la production du contenu des fables et à la Villa Belleville où nous produisons des calaos en résine et fibre de verre, élément visuel et signalétique des fables du Calao. Il est également à signaler que ce travail se réalise avec la collaboration technique du collectif MU et les autres membres du Cercle Kapsiki : Blaise Bang, Salifou Lindou et Jules Wokam. L’axe principal de notre travail a toujours reposé sur la mise en cohésion des populations dans leur univers de vie, sur le rapport intérieur/extérieur et la manière d’expérimenter des créations plastiques dans l’espace.

Que représentent pour vous les “calaos” ? 

Les calaos sont des oiseaux que l’on retrouve sous l’équateur, et notamment en Afrique. Il représente pour nous, la notion de voyage. Et parce que c’est un oiseau en voie de disparition, il nous permet également de célébrer la richesse de la diversité. De par son chant et son plumage, le calao symbolise la parole, l’envol, le voyage et la liberté. Chez les Sénoufo (un peuple d’Afrique de l’ouest situé au sud du Mali, en Côte-d’Ivoire et au Burkina Faso, ndlr), le calao est l’oiseau qui charrie les âmes des défunts vers l’au-delà. Encore une histoire de voyage ! 

Pourquoi avoir choisi le quartier de Barbès-Château Rouge ? Que représente ce quartier parisien pour vous ?

Le garage MU - avec qui nous collaborons - étant basé à la Goutte d’Or, il nous semblait logique de choisir ce quartier comme espace d’installation, mais ce n’est pas la seule raison. Pour nous, collectif d’artistes basés en Afrique, cela avait vraiment du sens de faire un travail de cette nature à Paris dans un environnement cosmopolite avec en prime, une forte communauté africaine. En réalité, s’il fallait choisir un endroit à Paris pour un projet de cette nature, ce serait la Goutte d’Or. C’est un quartier cosmopolite, dans lequel on croise des personnes de diverses contrées et régions.

De par son chant et son plumage, le calao symbolise la parole, l’envol, le voyage et la liberté.

Comment Les fables du calao s’inscrivent-elles dans l'exposition Zone Franche ?

Dans le cadre de la Saison Africa 2020, trois structures se sont associées pour porter le projet Zone Franche (Exposition et Quartier Général de la Saison Africa 2020, ndlr) : l’Institut des Cultures d’Islam, le collectif d’artistes marocains Think Tanger et le centre d’art contemporain basé à Douala, doual'art. Le cœur de cette exposition est la question des frontières, la circulation des marchandises et des personnes… À travers la célébration du voyage et la diversité, Les fables du calao s’inscrivent dans cette exposition par une installation visuelle et sonore. Le parcours sonore qui sera déployé dans le quartier de la Goutte d’Or sera une extension de l’exposition de l’intérieur vers l’extérieur. Une expression supplémentaire de la notion de flexibilité des frontières. 

Comment s’organise votre travail ?

Après avoir collecté des sons au Cameroun, puis ici, à Paris, nous allons identifier les endroits de la Goutte d’Or où seront installés les postes d’écoute. Le public pourra les identifier grâce à un calao en fibres de verre bleu, rouge ou jaune. 

Puis, une fois que les lieux auront été choisis, nous élaborerons des éléments d’écoute : des interviews de personnes emblématiques du quartier, des sons enregistrés dans la rue, des voix des marchands à la criée… Nous allons installer treize calaos dans la Goutte d’Or. 

Les Fables du calao dessinent un parcours dans la Goutte d’Or. Qu’est-ce qui vous plaît dans la « déambulation » ?

Depuis toujours avec le Cercle Kapsiki, nous voulons que le public soit confronté à nos travaux. Dans notre démarche artistique, nous investissons régulièrement l’espace vivant. Nous sommes issus d’une zone en Afrique où l’on a tendance à croire que l’art est destiné aux personnes « intéressantes » et « importantes ». Que le public n’ait pas accès à certaines œuvres est pour nous un problème, il faut parfois quitter les lieux feutrés, les “white cubes” pour investir l’espace urbain et rapprocher les créations du grand public.  

Réaliser un parcours sonore, c’est amener les gens à expérimenter les endroits qu’ils connaissent par cœur, qu’ils traversent habituellement ou qu’ils découvrent pour la première fois. En positionnant un calao sous la rame du métro entre la station La Chapelle et le métro Barbès leur permet d’avoir accès à des sonorités qui peuvent les transporter dans un ailleurs. Le but du projet, c’est le voyage, le rapport entre l’ici et l’ailleurs. C’est une invitation à la célébration de la diversité. Avec les sons que nous avons récoltés au Cameroun et à Paris, nous allons habiller les postes d’écoute. Ces éléments sonores vont permettre aux spectateurs de redécouvrir l’univers dans lequel ils sont, mais aussi de se projeter vers l’ailleurs. 

Le sous-titre de la Saison Africa 2020 est « Une invitation à comprendre et à regarder le monde d'un point de vue africain » : comment Les fables du calao s’inscrivent-elles dans ce projet ?

Nous proposons avec ce projet un voyage à travers des senteurs, des sonorités qui nous bercent, des histoires qui nous habitent et nous animent. C’est notre vision d’Africains dans la pratique du monde. Avec ce parcours sonore, nous proposons au public notre regard sur le monde.

Après la résidence, avez-vous des projets en cours ou à venir ensemble ou avec le Cercle Kapsiki ?

Dans l’immédiat, nous envisageons l’édition d’un ouvrage qui rassemblera les réalisations du Cercle Kapsiki. Une publication qui pourra rendre perceptibles toutes les actions que nous avons menées en tant que collectif ces vingt-trois dernières années.  

L'Institut français et les artistes

Hervé Youmbi et Hervé Yamguen sont actuellement à Paris via le programme de résidences de l'Institut français à la Cité internationale des arts. 

En savoir + sur le programme de résidences à la Cité internationale des arts

Le parcours Les Fables du calao sera présenté à partir du mois d'avril 2021 dans le cadre de la Saison Africa2020. 

En savoir + sur la Saison Africa2020


 

L'institut français, LAB