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Rencontre
Pluridisciplinaire

Marc Dondey

Croiser les disciplines rend plus efficace la manière de comprendre le monde.

Directeur de la Scène de recherche de l'Ecole Normale Supérieure (ENS) - Paris-Saclay, ouverte en janvier 2020, Marc Dondey œuvre pour l'interdisciplinarité entre artistes et scientifiques. Il présente ce nouveau lieu et expose son approche de la création.

Mis à jour le 10/03/2021

5 min

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Marc Dondey
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Marc Dondey @Tonje Thoresen

Vous avez été à la direction du théâtre des Amandiers et de la Gaité lyrique, délégué artistique dans l'univers de la musique contemporaine à Londres et Strasbourg. Quel est votre parcours ?

Ma porte d'entrée dans l'univers artistique a été le théâtre où j'ai débuté comme critique dramatique. Au Almeida Music Festival de Londres — évènement dédié à la création musicale contemporaine —, j’ai exploré un répertoire très international dans une approche à contre-courant qui convoquait des artistes de toutes disciplines, musiciens, scénographes, metteurs en scène, dans une interdisciplinarité voulue. Mon parcours est traversé par le désir de créer des espaces de travail pour des créations inattendues, émouvantes, surprenantes, qui me questionnent, questionnent les artistes qui les réalisent, et le public invité à les partager. Ce mouvement est devenu mon métier, au fil de mes expériences. Je pense qu'il faut un mélange d'obstination et de souplesse pour faire advenir ces projets !

Votre carrière témoigne de créations au carrefour des arts, de la science et des nouvelles technologies. Quel est votre fil rouge ?

Mon fil conducteur est la transdisciplinarité : croiser des personnalités, des parcours, des cultures différentes. J'aime travailler dans un contexte d'hybridation, croiser imagination, langages et territoires en y mêlant les nouvelles technologies.

Qu'aimez-vous particulièrement dans la transdisciplinarité ?

C'est l'expérimentation et la surprise. Pour moi, ce n'est qu'en activant ces configurations de travail un peu complexes, que l'on accède à une expérience sensible plus riche et plus forte d'un point de vue humain, artistique, et peut-être intellectuel et politique. Ce qui se joue dans ces éléments de croisement de cultures, c'est l'intelligence sensible du monde qui nous entoure : une approche particulièrement nécessaire face aux évolutions systémiques que nous vivons, la pandémie, le réchauffement climatique, les transformations liées au numérique... Croiser les disciplines rend plus efficace la manière de comprendre le monde.

« L'urgence des alliances », débats que vous avez organisés avec Télérama et le Théâtre de la ville de Paris en juin dernier, en est-il un exemple ?

Oui. Scientifiques, artistes, philosophes, producteurs... Nous avons réfléchi ensemble à ce que pouvait et devait être la culture post-Covid. On a voulu œuvrer pour comprendre ce qu'il nous arrivait afin de sortir de notre état de sidération et d'impuissance. Pour nous tous, la réponse devait prendre la forme d'un partage entre différents modes de pensée et d'expression : ceux de la culture, de la santé, des sciences, de l’environnement, de l'économie et de l'éducation. On avait besoin de ce prisme et de cet arc d'alliances pour comprendre, puis imaginer ce qui pouvait être fait et dit pour sortir de la pandémie.

Vous êtes aujourd’hui directeur de la Scène de recherche de l'ENS Paris-Saclay : quel est ce nouveau lieu ouvert depuis janvier 2020, sa genèse et ses liens avec des institutions cultes comme le Centre Pompidou ?

La Scène de recherche a été voulue par Pierre-Paul Zalio, president de l’ENS Paris-Saclay, dans le contexte de la création de l'Université Paris-Saclay, qui regroupe plusieurs universités et écoles supérieures scientifiques. C'était le moment pour l'ENS Paris-Saclay d'apporter sa contribution car une grande université scientifique de renommée mondiale se doit d'avoir un volet culturel et d'organiser la présence d’artistes ainsi que leur rencontre avec les chercheurs et les étudiants. La Scène de recherche est là pour susciter de nouvelles manières de chercher, de créer, d’explorer et d’enseigner. L'art et la culture sont les moyens de rencontrer des partenaires nouveaux et différents, ce qui nous a permis de signer des conventions avec entre autres le Centre Pompidou, l'Ircam, l‘EnsAD, la Fondation Daniel et Nina Carasso.

La Scène de recherche est là pour susciter de nouvelles manières de chercher, de créer, d’explorer et d’enseigner.

En quoi consiste votre mission ?

La mission consiste à créer des espaces de travail et d'expérimentation entre chercheurs, artistes et étudiants de toutes disciplines, artistiques comme scientifiques, des sciences fondamentales aux sciences humaines et sociales. Cela donne lieu à des configurations très variées. Les résidences et les ateliers servent à faire surgir des idées, des pistes de travail inattendues grâce à la rencontre avec d'autres imaginaires et d'autres pratiques. C'est le principe de base de la recherche-création, qui inspire nos résidences, nos formations, notre programmation ouverte au grand public.

Avez-vous des exemples de créations à venir ?

Nous accompagnons 4 à 6 projets en résidence, sur des registres très divers. La résidence du spectacle Aeon expose la synergie entre l'artiste Clément Debailleul (qui a initié le mouvement de la magie nouvelle), et les sciences cognitives avec le laboratoire Neurospin. On y explore la perception du temps, du mouvement et de l'espace. Dans le projet Mauvaises Filles, la metteuse en scène Sandrine Lanno mène quant à elle auprès de jeunes femmes délinquantes une enquête sur la construction du genre en centre éducatif fermé. C'est un réel travail de terrain mêlant sociologie, anthropologie, écriture dramatique et mise en scène.

La Scène de recherche de l’ENS Paris-Saclay a aussi une mission de formation. Laquelle ?

Les formations mettent l’accent sur la pratique artistique et l’expérimentation collective. Nous avons des ateliers d'écriture de science-fiction, de guitares augmentées, de chant choral... Des formations plus « cadrées » avec des unités d'enseignement transversales : Environnements immersifs sur les espaces sonores 3D, en partenariat avec l'Ircam, Robots et corps augmentés, où l'on explore l'interaction entre l'humain et la machine. Nous préparons une année de recherche-création au niveau master.

Qu'est-il important pour vous de favoriser ?

S'il est un sujet central, c'est celui du corps et du mouvement. Le corps dans toutes ses dimensions, de l’individu au corps social. Le corps comme espace de perception, de sensations, d’émotions, la robotique, le geste augmenté, la fragilité, la santé, le handicap... Le corps comme sujet et objet, laboratoire vivant pour les sciences et la technologie. D'ailleurs, nous menons en ce moment un atelier sur la reconnaissance faciale.

La Scène de recherche de l’ENS Paris-Saclay est un partenaire clé du programme Arts et Sciences de l'Institut français : comment y contribuez-vous ?

Nous participons à un dialogue avec les attachés culturels, scientifiques et universitaires de l'Institut français. Notre contribution est de faire des propositions aux membres du réseau culturel français à l'étranger, qui pourront sur place leur permettre de travailler avec les scientifiques et les artistes qui sont dans leur environnement.

L'invitation de l'Institut français à dialoguer avec le réseau nous oblige à inventer des formats mobiles, souples, « exportables ». Partager des projets, oui, mais aussi échanger des savoir-faire. Comment peut-on imaginer des projets qui ne voyagent pas mais dont on envoie le mode d'emploi ? Cela nous pousse à penser comment les projets se reconstruisent dans des environnements différents. Ce partenariat est pour la Scène de recherche l'occasion de découvrir des personnes, des artistes, des partenaires, des territoires nouveaux : c’est ce que l'Institut français peut nous apporter de plus précieux.

L'Institut français et la Scène de recherche de l’ENS Paris-Saclay

La Scène de recherche de l’ENS Paris-Saclay est partenaire du programme Arts et Sciences de l'Institut français. Dans ce cadre, Marc Dondey a notamment participé à un webinaire, organisé par l'Institut français, pour mettre en lumière les croisements entre les arts, les sciences et les technologies. 

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L'institut français, LAB