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Marion Papillon

Les galeries ont longtemps souffert d’une image de lieu confidentiel

Présidente du Comité professionnel des galeries d'art depuis décembre 2019, Marion Papillon est également fondatrice du Paris Gallery Weekend, qui se tiendra du 2 au 5 juillet. Elle évoque la scène artistique française et fait le point sur la situation des galeries.

Mis à jour le 25/06/2020

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Marion Papillon
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© Galerie Papillon

Quel est le rôle du Comité professionnel des galeries d'art que vous présidez ?

Le Comité professionnel des galeries d’art est une organisation professionnelle qui existe depuis 1947 et qui représente la profession au sens large : nous avons 300 adhérents, qui vont des antiquaires aux galeries contemporaines, à Paris ou en région. Nous travaillons avec l’ensemble des acteurs du marché de l’art, du ministère de la Culture au Conseil des ventes en passant par les foires. Globalement, nous défendons les intérêts des artistes aussi bien que des galeristes dans un but de valorisation de la scène française au sens large, c'est-à-dire des professionnels engagés sur le territoire pour défendre l'art et la création – le patrimoine de demain.

 

L’art contemporain n’est pas toujours perçu comme une forme d’art accessible à tous : développez-vous des initiatives de médiation ou de sensibilisation ?

C’est l’objectif d’« Un dimanche à la galerie », opération annuelle lancée en 2015 et qui a attiré en septembre 2019 quelque 5 000 visiteurs dans une centaine de galeries. L’idée est de toucher un large public, de donner envie de franchir la porte des galeries qui ont longtemps souffert d’une image de lieu confidentiel, réservé à un certain type de public. Beaucoup de visiteurs du Centre Pompidou ou du Palais de Tokyo par exemple ne viennent jamais dans les galeries ! C’est ce public que nous cherchons à attirer – cette année ce dimanche d'ouverture des galeries partout en France se déroulera le 13 septembre. 

 

Comment participez-vous à la promotion des artistes vivant en France à l’international ?

Quand on parle d’art moderne et d’art contemporain, on parle essentiellement des « galeries de promotion », qui s’engagent sur la durée avec les artistes – même en art moderne, où les galeries assurent la promotion d’un artiste décédé en dialoguant avec ses ayants droit. Nombre de nos membres se développent beaucoup à l’international et s’engagent sur la durée avec les artistes. Car l’art s’exporte bien, et les galeries investissent pour promouvoir leurs artistes – jusqu’à 30 % de leur budget, quand la moyenne nationale des TPE est à 10 %.

Néanmoins, depuis une vingtaine d’années, l’exportation de la scène française est plus difficile sur un marché où les Américains ou Allemands sont plus en vue… La France soutient moins ses artistes que l’Allemagne ou la Suisse et les artistes français manquent de visibilité y compris dans leur propre pays ! Le comité a donc beaucoup œuvré pour revaloriser cette scène, et contribuer à son exportation, en favorisant notamment la circulation d’expositions.

À nous d’identifier des leviers pour accompagner la reprise, faciliter ce travail de promotion et aider à relancer l’activité.

Comment les galeries se transforment-elles à l’ère numérique ?

Les galeries n’ont pas attendu la crise du Covid-19 pour se digitaliser : elles sont très présentes sur les réseaux sociaux. Mais tout ceci ne remplace pas la rencontre physique. Depuis toujours, l’objectif pour les galeries est de faire venir les gens, d’ouvrir un dialogue et de favoriser la rencontre. On voit bien comment les ventes aux enchères peuvent s’appuyer sur le digital, mais on parle là de second marché de l’art, d’œuvres d’artistes plus établis, plus connus. En art contemporain, la rencontre est primordiale.

 

Comment abordez-vous le déconfinement dans les galeries ? Quel rôle joue le Comité professionnel des galeries d'art dans ce contexte particulier ?

Depuis le début de la crise, les galeries ont essayé de se réinventer, de garder un lien avec leur public à distance. Mais, encore une fois, beaucoup m’ont dit qu’il n’était pas question de renoncer à notre ADN, qui est fondé sur la rencontre ! C’est pourquoi dès le début du déconfinement, nous avons recommencé à inviter le public à revenir dans nos espaces physiques. Le Comité a mis en place une charte d’accueil des visiteurs, en lien avec le ministère de la Culture – même si les galeries sont des lieux au final peu contraignants : pas de contact, pas de caisse, une fréquentation raisonnable… Reste l’impact de la crise sur le chiffre d’affaires et les pertes liées à des événements qui ont dû être annulés et qui avaient nécessité des investissements importants… À nous d’identifier des leviers pour accompagner la reprise, faciliter ce travail de promotion et aider à relancer l’activité.

 

Paris Gallery Weekend, opération que vous avez lancée et que vous continuez à accompagner, était initialement prévu à la mi-mai. Il aura lieu début juillet. Quelles seront les spécificités de cette édition 2020 ?

Il était essentiel que cette édition soit un événement particulièrement fédérateur. Paris Gallery Weekend invitera donc cette année les visiteurs à un parcours de galeries en galeries, pour leur donner envie de venir dans des lieux qu’ils ne connaissent pas, ou qu’ils n’ont pas l’habitude de fréquenter. Les galeries participantes ont mutualisé leurs réseaux. Le Gallery Weekend a mis en place en parallèle un outil digital, destiné au public international.

 

De façon générale, quel regard portez-vous sur la création contemporaine française actuelle ?

Aujourd’hui, la France réunit un nombre important d’acteurs liés à l’art contemporain et à l’art moderne. Beaucoup de petites galeries font un travail indispensable pour que, demain, les artistes puissent entrer dans les collections publiques. Des fondations privées s’ouvrent dans la capitale et dans le reste de la France ; les festivals, comme Arles pour la photographie, des foires de niche aujourd'hui reconnue comme Drawing now, ainsi qu'une programmation hyper dense et riche dans les musées, du Centre Pompidou au Mucem en passant par le Musée des Beaux-Arts de Lyon...

C’est cette dynamique qu’il s’agit de renforcer. Notre faiblesse est peut-être l’insuffisance, parfois, de la coordination entre les différents acteurs, pour une prise de risques partagée afin de défendre la création, la scène française. Nous avons encore une belle marge de progression.

L'Institut français et le projet

Le Paris Gallery Weekend se déroulera dans une soixantaine de galeries parisiennes les 2, 3, 4 et 5 juillet 2020.

 

Cette septième édition du Paris Gallery Weekend sera l'occasion pour l'Institut français d'être partenaire de cet événement de renom, pour la toute première fois.

L'institut français, LAB