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Numérique

Michaël Swierczynski

Internet était dépassé, il fallait désormais produire, innover, créer et surtout investir l’espace.

Repoussée pour cause de pandémie, la troisième édition du NewImages Festival se déroulera in situ au Forum des images et au cœur du Forum des Halles mais également en ligne du 23 au 27 septembre 2020. Au programme : une sélection des meilleures expériences françaises et internationales de réalité virtuelle ou de réalité augmentée. Rencontre avec Michaël Swierczynski, directeur du festival.

Publié le 18/09/2020

5 min

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Michaël Swierczynski
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© Nathalie Prebende

Vous êtes directeur délégué au développement numérique au Forum des images à Paris et directeur de NewImages, festival dédié à la réalité virtuelle et à la création digitale. Comment est né votre intérêt pour le numérique et les réalités immersives ?

Plus que le numérique ou le virtuel, ce qui m’importe avant tout est de défricher les nouveaux contenus au bon moment, en adéquation avec les usages actuels, et surtout à venir. Tout est une question de temporalité, d’être en avance sur son temps.

J’ai eu l’opportunité d’être responsable du département numérique au sein de l’INA. Sous l’impulsion de son président, le site grand public ina.fr a été lancé pour mettre en lumière le patrimoine audiovisuel français. C’était en 2005-2006, nous étions précurseurs de ce genre de plateforme audiovisuelle et ce fut presque immédiatement un succès. Puis j’ai quitté le média en 2013 pour le Forum des images (anciennement la Vidéothèque de Paris), un lieu physique, ce qui était totalement nouveau pour moi dans mon rapport au public. La refonte de site ou les lancements d’offre VOD étaient déjà dépassés : il fallait désormais produire, innover, créer et surtout investir l’espace par de nouveaux rendez-vous, comme des festivals dédiés au numérique dans le monde physique. L’immersif s’est donc naturellement imposé comme une nouvelle forme de storytelling portée par un nouveau média. Nous avons, en ce sens, créé Paris Virtual Film Festival (PVFF), le premier festival dédié à la VR, à présent nommé NewImages Festival.

 

Depuis quelques années, la plupart des festivals cinéma prescripteurs s’emparent de la VR. On voit aussi se développer de nombreux festivals spécifiquement dédiés aux réalités immersives. Comment se positionne le NewImages Festival ?

Ce qui fait notre spécificité, je pense, c’est cet aspect tête chercheuse de nouvelles formes de narration et de nouveaux talents à l’international. Seules importent les nouvelles formes d’écriture, le futur du storytelling ; la VR n’est présente qu’en second plan. Contrairement aux autres festivals, nous ne sommes pas un salon technologique, mais un festival dédié à la création numérique. Depuis 2019, nous avons lancé un marché de coproduction international (XR financing Market). Nous produisons aussi nos propres projets. Enfin, dernier point fort du NewImages Festival : il est accessible à tous, dans le but de démocratiser les nouveaux usages. Nous mettons à disposition du public français et international des installations qui, de par leur coût, sont en général inaccessibles. Nous recevons beaucoup de visiteurs étrangers d’Asie, d’Afrique, d’Amérique du Nord et d’Australie.

 

NewImages Festival 2020 - Bande-annonce
NewImages Festival 2020 - Bande-annonce

En 2019, le NewImages Festival, le Kaohsiung Film Festival et le Bureau Français de Taipei se sont associés pour créer la toute première résidence de création VR franco-taïwanaise. À quels besoins répond cette résidence ?

Cette initiative nous permet de partir à la rencontre de nouvelles cultures, formes de création et de narration ; nous échangeons des points de vue, apprenons et surtout, élaborons les conditions d’une possible co-production. Du point de vue du résident, ce projet est véritablement concret : il offre, à un créateur français, l’opportunité unique de développer son projet VR et de bénéficier d’un accompagnement de premier choix, en lien direct avec les acteurs taïwanais — artistes, développeurs, experts, producteurs, studios, etc. — les plus reconnus du secteur. Durant les trois mois de sa résidence, le créateur bénéficie d’une bourse de 30 000 euros, d’une prise en charge totale de ses frais et, à terme, verra son projet présenté au Kaohsiung Film Festival et au NewImages Festival. Il s’agit d’initier des synergies nouvelles entre les talents français et internationaux.

 

Avez-vous développé d’autres partenariats à l’international ?

Le festival a lancé avec l’incubateur Tshimologong Digital Innovation Precinct de Johannesburg et le Digital Lab Africa une résidence artistique pour soutenir les créateurs XR. À l’instar des États-Unis et du Canada, nous souhaitons avec l’Asie, l’Afrique et l’Amérique du Sud créer une nouvelle dynamique et faire émerger les nouveaux talents. À titre d’exemple, et dans le cadre du focus Afrique du festival, nous avons rendu hommage, (en partenariat avec l’INA et TV5MONDE) à Nelson Mandela, sa lutte contre l’Apartheid et au centenaire de sa mort. Portées par un hologramme et des animations 3D, des archives sonores de sa plaidoirie et des interventions du procureur Percy Yutar ont été présentées au cœur de l’église Saint-Eustache à Paris.

 

Pourriez-vous citer quelques exemples d’œuvres VR françaises incontournables et bénéficiant en ce sens d’une reconnaissance à l’international ? Ainsi que quelques exemples d’œuvres françaises qui seront lancées dans le cadre de la prochaine édition du NewImages Festival ?

Le premier qui me vient à l’esprit est Bodyless (2020), du réalisateur et artiste taïwanais Hsin-Chien Huang. Les images découlent de ses souvenirs des années 1970 de la loi martiale à Taïwan qui dura de 1949 à 1987. On suit le fantôme d’un prisonnier politique et on explore son environnement au moyen de manettes. Ensuite, je vous invite fortement à visualiser les coproductions françaises Gloomy Eyes (2020) et Battlescare (2018); un peu moins récente, mais étonnante, The Enemy (2017), une expérience VR qui permet de rencontrer des combattants ; le magnifique conte en VR The Fisherman’s Tale (2018) ; l’histoire et le témoignage fort de Walter Sisulu (2019). Toutes ces œuvres sont ou ont été présentées au festival NewImages. Parmi les nouvelles œuvres présentées cette année, il est difficile pour moi de m’exprimer, je ne veux influencer personne. A noter, cependant, que nous lançons le premier prix dédié à la réalité augmentée.

 

Dans le cadre de la crise de la COVID-19, le festival NewImages prendra la forme d’une édition hybride, physique et en ligne. Comment s’articulera cette double approche ?

Les visiteurs, qu’ils soient professionnels ou non, pourront se rendre sur le festival où toutes les mesures d’hygiène et de sécurité seront respectées, ou pourront également, tester les œuvres depuis chez eux — il faut cependant posséder un casque — et assister à des conférences en live ou en différé dont certaines auront été organisées par Zoom ou Skype afin que les interlocuteurs internationaux puissent participer. Nous allons également tester des spectacles hybrides comme des concerts ou du spectacle vivant. Le prochain festival sera donc numérique, virtuel et physique !

L'Institut français et l'évènement

Le NewImages Festival rassemble chaque année de nombreux acteurs français des réalités immersives que l’Institut français accompagne dans leur développement à l’international à travers ses différents projets et programmes : valorisation sur le site dédié Culturevr.fr ; diffusion des œuvres dans le réseau culturel français à l’étranger avec La Sélection VR ; soutien à la présence sur les marchés internationaux (programme French Immersioncatalogue VR Immersive Experiences). L’Institut français favorise également les coopérations et coproductions internationales et met en relation professionnels français et étrangers (en particulier dans le cadre des Focus). Il soutient enfin les créateurs dans le cadre de programmes de résidence (résidence d’écriture VRVilla KujoyamaVilla San Francisco, etc .)

 

L'institut français, LAB