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Mohamed Zoghlami

L’Afrique est un réservoir extraordinaire d’initiatives, de projets, de créativité et d’innovation totalement méconnu. C’est ce que l’on souhaite partager avec la saison Africa 2020.

Mohamed Zoghlami est consultant en ingénierie d’affaires & analyses stratégiques, passionné de nouvelles technologies, d’animation et de bande dessinée. Depuis la révolution tunisienne de 2011, il œuvre pour l’essor international des start-up africaines. Son objectif est de faire vivre les cultures africaines à travers le monde, et de donner aux jeunes l’envie et les moyens de s’épanouir dans les industries créatives.

Mis à jour le 03/09/2019

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Rencontre avec l'expert "Animation et jeux vidéo" de la Saison Africa 2020 : Mohamed Zoghlami
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Qu’est-ce qui vous a poussé à accepter l’invitation de N’Goné Fall, la commissaire générale de la saison Africa 2020, à participer à la définition de la programmation en tant qu’expert sectoriel « animation et jeux vidéo » ?

Africa 2020 entend mettre en avant les cultures africaines, une initiative très importante pour moi puisque je me bats depuis plusieurs années pour faire connaître au monde les contenus africains dans le domaine des industries créatives.

C’est la personnalité de N’Goné Fall qui m’a fait accepter tout de suite ce défi. Elle a réussi à s’entourer de personnes extraordinaires qui représentent le continent. . Assez de stéréotypes, de clichés, d’images négatives et d’approximations : l’Afrique doit être présentée à travers un prisme africain.

 

 

La Saison Africa 2020 sera pluridisciplinaire et panafricaine. Comment ces deux aspects se retrouvent-ils dans votre pratique professionnelle ?

En tant que spécialiste des industries créatives digitales et de l’écosystème innovant des start-up africaines, j’apporte une vision pluridisciplinaire qui va de la créativité à l’innovation, de l’entrepreneuriat des jeunes à l’autonomisation des femmes, dans un contexte d’impact et d’inclusion sociale. C’est l’aspect pluridisciplinaire des industries créatives — touchant à la fois aux technologies, à l’innovation et aux contenus culturels — qui m’a vraiment intéressé quand nous avons commencé à développer l’écosystème.

Après la Tunisie, j’ai rapidement été amené à m’intéresser à l’Afrique de manière transversale, c’est là que j’ai découvert qu’il y avait tout un écosystème à découvrir et à faire découvrir. L’Afrique est un réservoir extraordinaire d’initiatives, de projets, de créativité et d’innovation totalement méconnu. J’interviens au Canada, en Suisse, en Belgique, un peu partout pour parler de la créativité africaine et de son intérêt économique entre autres.

 

 

Quelle place occupe l’animation et le jeu vidéo en Afrique ?

La jeunesse africaine veut renvoyer une image positive, qu’elle est en train de définir, de réinventer au travers des jeux vidéo, de l’animation, et de la bande dessinée. C’est ce qui donne ce bouillonnement créatif : aujourd’hui on compte plus 400 millions de joueurs sur mobile et un taux de croissance de plus de 11% dans certaines régions.

L’une des sources les plus productives sur le continent est le mouvement de l’Afro-futurisme, adopté par les artistes africains aussi bien dans la mode, dans les arts visuels ou dans la littérature…  Mais c’est surtout dans le jeu vidéo, les films d’animation et la bande dessinée que ce mouvement prend de l’ampleur. Par exemple l’équipe très dynamique de Comic Republic produit de nombreux super-héros inspirés de la mythologie africaine pour que les jeunes africains puissent s’identifier. L’idée c’est de montrer qu’on n’a pas besoin d’être blanc pour sauver le monde.

 

 

Cinq grands axes aux intitulés volontairement poétiques structurent la Saison Africa 2020 : oralité augmentée, économie et fabulation, archivage d’histoires imaginaires, fiction et mouvements (non) autorisés, systèmes de désobéissance. Avez-vous une appétence plus prononcée pour l’un de ces axes ?

Les thématiques de l’oralité augmentée autour de la diffusion des connaissances, des réseaux sociaux, de l’innovation technologique et de l’archivage d'histoires imaginaires me correspondent le mieux.

J’ai une appétence particulière pour l’histoire et la culture africaine, mais également pour les grands sujets d’actualités du continent, qu’ils soient politiques, économiques, sociaux, environnementaux et bien sûr technologiques… C’est pourquoi j’ai opté pour les innovations technologiques, l’entrepreneuriat, et les industries créatives digitales : ce sont des secteurs clés qui font bouger l’Afrique.

 

 

La Saison Africa 2020 met en place des mécanismes de co-construction entre professionnels africains et institutions françaises partenaires. Que pensez-vous de ce principe ? Cette collaboration entre l’Afrique et la France est essentielle pour la réussite de la saison Africa 2020, c’est aussi l’objectif que N’Goné Fall nous a fixé : que ce soit les Africains qui présentent l’Afrique au Français.

Avec 54 états, 3000 langues différentes, des ethnies différentes, nous avons une multitude de visions et d’approches, il est important de faire appel aux acteurs locaux, qui connaissent leurs métiers. D’où cette volonté de co-construction afin de favoriser les échanges de savoir-faire, les débats d’idées, les projets structurants. L’intelligence collective sera au cœur de la saison Africa 2020.

 

Vous venez d’organiser Afric’Up, le premier sommet africain des start-up. Pouvez-vous nous parler de quelques-uns des projets que vous soutenez ?

Dans le cadre de l’Alliance Smart Africa, créé en 2014 par le président du Rwanda Paul Kagame, chaque État est porteur d’un projet. Pour la Tunisie c’est le développement de l’écosystème africain de start-up, avec afric’Up, un rendez-vous mondial incontournable des principaux acteurs de la scène digitale africaine.

C’est un lieu de convergence et d’échanges qui met en relation les investisseurs, les experts, et les porteurs de projet. L’objectif est d’ouvrir de nouveaux horizons, d'encourager les collaborations, et de valoriser les compétences, afin de faire émerger les nouveaux champions du digital du continent.

Dans cet écosystème nous avons une start-up tunisienne qui développe une application dans le domaine de la blockchain* énergétique, une start-up ivoirienne qui fournira de l’énergie solaire dans les villages reculés, une start-up au Ghana qui permet de définir la territorialité et le cadastre à travers la blockchain*…

* N.D.R : la technologie de la blockchain permet de stocker et de transmettre des informations de manière transparente, sécurisée, anonyme et infalsifiable.

 

Vous vous apprêtez à ouvrir le Linkub Africa en Tunisie. Quel est l’objectif de cet incubateur panafricain ?

L’incubateur Linkub Africa, installé à Bizerte en Tunisie, est un pôle d’innovation numérique africaine. L’objectif est de favoriser l'émergence des innovations de rupture grâce à un modèle original de collaboration et de confrontation. Linkub Africa permet de rassembler toutes les parties prenantes et toutes les composantes d’une « économie de la connaissance », d’un écosystème d’ « open innovation », pour la Tunisie, et pour l’Afrique.

L'Institut français et Mohamed Zoghlami

Mohamed Zoghlami est expert sectoriel "Animation et jeux vidéo" pour la Saison Africa 2020. Il appuie le Commissariat général de l'Institut français afin de mettre des professionnels africains en relation avec les institutions françaises partenaires de la Saison Africa 2020.

 

En savoir + sur la Saison Africa 2020.

L'institut français, LAB