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Patrick Deville

Recréer un cosmopolitisme littéraire à Saint-Nazaire

Patrick Deville est principalement connu comme écrivain. Il est notamment l’auteur du roman Peste et Choléra (2012). Il dirige également depuis près de 25 ans la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs de Saint-Nazaire (MEET). Découverte, avec Patrick Deville, de ce qui est devenu pour de nombreux auteurs et traducteurs un nouveau port d’attache.

Publié le 24/07/2020

2 min

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Patrick Deville
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© Astrid di Crollalanza

Comment avez-vous été amené à diriger cette Maison des écrivains étrangers et des traducteurs qui a été créée en 1987 ?

C’est un ami poète irakien, Jabbar Yassin Hussein, qui m’a fait découvrir la MEET en 1994. Il y était lui-même en résidence et, sachant que j'étais de la région, il m’a écrit pour que l’on se voit. J’ai de cette façon découvert ce lieu, et j’ai entamé de premières collaborations, un ou deux ans après. De fil en aiguille, j’ai fini par en prendre la tête.

 

Le nom de la Maison lui-même (MEET) semble valoriser tout particulièrement l’idée de rencontre. Est-ce là un aspect essentiel ?

Ce nom est assez embêtant parce que presque personne n'arrive à le prononcer correctement !  J’ai décidé d’en jouer, en baptisant les rencontres littéraires internationales que j’ai créées en 1998 et qui ont lieu chaque année au mois de novembre les « Meeting ». Nous organisons aussi les Rencontres de Fontevraud, où nous accueillons au mois de juin – à l’Abbaye de Fontevraud – des écrivains issus des quatre coins du monde. Sans oublier des rencontres littéraires mensuelles qui peuvent être en lien avec la résidence. Au-delà de ces rencontres, nous proposons également des ateliersde traduction, en partenariat avec ATLAS – l’Association pour la promotion de la traduction littéraire –, et, chaque année, nous éditons en bilingue des œuvres — romans, recueils de nouvelles ou de poèmes — d’écrivains venus en résidence.

 

D’où vient votre intérêt pour la traduction et plus particulièrement les langues étrangères ?

J’ai très souvent fait de la traduction pour le plaisir – par exemple pour la revue Meet —, mais rarement de manière professionnelle. Et j’ai une affection particulière pour l’Amérique latine, ce qui m’a poussé à créer le Prix de la Jeune Littérature latino-américaine, qui a la particularité de se tenir chaque année dans un pays différent du continent et qui constitue une forme d’adoubement pour les très jeunes auteurs.

 

Vous valorisez les traductions en décernant deux prix. Quelle est la spécificité de chacun ?

Le prix Laure Bataillon est notre prix le plus ancien : il rassemble un jury composé d’une dizaine d’écrivains, traducteurs, rédacteurs, critiques. L’année dernière, c’est Olga Tokarczuk qui l’a remporté pour Les Livres de Jakób, traduit du polonais par Maryla Laurent.

Le prix Laure-Bataillon classique récompense, quant à lui, soit un classique, soit l’œuvre d’un auteur récemment disparu. L’an dernier, il a été décerné à la retraduction des Géorgiques de Virgile par Frédéric Boyer, sous le titre Le Souci de la terre.

Une résidence au sens plein du terme : nous n'appliquons absolument aucune coercition.

Quelle relation entretient la MEET avec Saint-Nazaire ?

Saint-Nazaire a longtemps été un grand port transatlantique, une ville très cosmopolite, abritant jusqu’à 20 consulats et qui a occupé une place importante dans la littérature internationale. La MEET cherche à recréer ce cosmopolitisme littéraire qui a disparu suite aux bombardements alliés qui ont entraîné la destruction du port d’embarquement. C’est ce cosmopolitisme ancien que nous avons voulu célébrer en 2017, pour le 30e anniversaire de la Maison, en rassemblant 50 textes remontant pour certains au XIXe siècle, et présentés dans une édition bilingue sous le titre Saint-Nazaire est littéraire.

 

Comment accompagniez-vous vos résidents ?

Notre résidence est une résidence au sens plein du terme : nous n'appliquons absolument aucune coercition.Si un écrivain veut s’enfermer et ne pas sortir de son appartement pendant deux mois, libre à lui de le faire ! Ceci dit, nous leur proposons d’intervenir s’ils le souhaitent, à l’université ou ailleurs, de rencontrer les lecteurs, par exemple dans le cadre d’une bibliothèque.

 

La crise sanitaire a-t-elle eu un impact sur votre programme de résidences ?

Certaines résidences ont dû être annulées, d’autres écourtées : Garrett Caples, poète américain qui était présent en mars, a dû quitter précipitamment la Maison avant que les frontières ne se ferment, et Rodrigo Hasbun, qui devait prendre sa suite, n’a pas pu quitter son pays, la Bolivie. Les trois résidences prévues en 2020 seront reportées à 2022, puisque les résidences 2021 étaient déjà organisées. Les Rencontres de Fontevraud du mois de juin sont elles aussi reportées à l’année prochaine. Elles seront consacrées à l’œuvre d’Alain Corbin.

L'Institut français et l'artiste

L'Institut français soutient la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs de Saint-Nazaire (MEET) tout au long de l'année.

Un soutient inscrit dans sa création de programmes d'appui à la traduction. L'Institut français participe à la diffusion de la littérature de langue française dans le monde entier : en témoigne son programme d'ateliers, « La Fabrique des traducteurs ».

En savoir + sur La Fabrique des traducteurs

L'institut français, LAB