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Rachid Bouchareb

Indigènes a été l’un des plus grands moments de ma carrière

Depuis trente ans, Rachid Bouchareb, cinéaste, producteur et scénariste, questionne l’histoire à travers ses films, au premier rang desquels Indigènes en 2006 et Hors-la-Loi en 2010. Jusqu’au 26 juin, il accompagne les 17 réalisateurs et producteurs des pays du Sud qui participent à la Fabrique Cinéma en tant que parrain d’une édition 2020 entièrement numérique. Retour sur ses échanges avec les jeunes cinéastes et sur les moments forts de sa carrière.

Mis à jour le 23/06/2020

5 min

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Rachid Bouchareb
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© Philippe Quaisse - UniFrance

Vous êtes parrain cette année de la Fabrique Cinéma de l’Institut français. Qu’avez-vous envie de transmettre aux nouvelles générations de cinéastes de ces pays du Sud et émergents ?

Je me place d’une façon très modeste dans ce que je peux apporter. Je n’ai pas envie de détourner un cinéaste du chemin sur lequel il s’est engagé. Et tous les cinéastes de La Fabrique Cinéma que j’ai pu rencontrer m’ont prouvé qu’ils savaient ce qu’ils voulaient faire ! Certains étaient déjà au point sur leur casting, d’autres avaient déjà fait du repérage ou même tourné quelques images. Arriver au milieu de ce processus, ce serait comme bousculer une maison en construction ! Nous avons donc surtout échangé autour de leur histoire personnelle et de la situation de leur pays. Je n’ai pas du tout évoqué avec eux la manière dont on fabrique un film ou comment on écrit un scénario. J’étais toujours dans un échange constructif, pour donner un avis sur ce que j’avais pu lire, et non dans un enseignement descendant.

 

Quels sont les principaux enjeux pour ces cinéastes émergents ?

Les cinéastes m’ont présenté des documentaires à forte dimension sociale et politique situés au Brésil ou au Mozambique, des fictions aussi, ancrées dans le passé : j’ai donc beaucoup appris sur l’histoire et le fonctionnement de chaque pays. Nos échanges ont souvent porté sur les difficultés rencontrées, la censure à laquelle certains peuvent être confrontés, le manque de moyens, le manque d’intérêt aussi de la part des dirigeants, l’impossibilité de proposer un regard critique sous peine de se mettre en danger...

Days of Glory (Indigènes), by Rachid Bouchareb (2006)
Indigènes, de Rachid Bouchareb (2006)

Votre parcours entre-t-il en résonance avec les leurs ?

J’ai expliqué à ces cinéastes et producteurs qu’ils vivaient actuellement le meilleur moment de leur carrière et qu’ils étaient très chanceux ! Le démarrage d’un premier film – ce temps des premières fois – correspond à un moment de très grande liberté. Les premiers pas dans le cinéma sont des moments exceptionnels, marqués par cette envie très forte de raconter des histoires. Je crois que c’est pour cette raison d’ailleurs que je suis devenu cinéaste : j’avais des choses à raconter, et envie de les partager. Encore aujourd’hui quand je réalise un film, j’aime beaucoup la phase d’écriture du scénario : c’est le moment de la documentation, de la recherche, de la rencontre, des heures passées à la bibliothèque et dans les archives…

 

Quels ont été les moments les plus forts de votre carrière ?

Il y en a eu certainement plusieurs, mais Indigènes, sorti en 2006, a été quand même l’un des plus grands moments. J’ai été très impliqué émotionnellement dans cette aventure – depuis le travail de recherche et d’écriture qui a duré presque deux ans à la rencontre avec les anciens combattants et avec toute l’équipe artistique. Et puis, le film a eu un grand succès, en France – avec le César du Meilleur scénario original et le Prix d’interprétation masculine attribué collectivement aux acteurs à Cannes – et à l’international – avec une nomination pour l’Oscar du meilleur film étranger. Ce qui a été formidable, c’est que le film a dépassé le cinéma. Mon film visait à réparer une injustice ; il a finalement permis de débloquer les pensions des anciens combattants des colonies, qui étaient gelées depuis 50 ans. Je crois toujours au destin…

Je vois de la politique partout dans le cinéma. Un film dit toujours quelque chose au-delà des débats de société et des débats politiques.

Quelle est votre conception du cinéma ?

Je vois de la politique partout dans le cinéma. Un film dit toujours quelque chose au-delà des débats de société et des débats politiques. Je suis convaincu que l’engagement est dans le cœur de tous les artistes, qu’ils soient écrivains, danseurs, musiciens ou cinéastes. Et cet engagement se situe à tous les niveaux : il passe aussi bien par le choix d’un décor que celui d’un acteur.

Néanmoins, quand on fait du cinéma, on a aussi envie que les films soient vus. Je suis personnellement très attentif à ce que ressent le public. C’est pour cette raison que j’aime à accompagner – autant que possible – mes films lors de leur sortie en France et à l’étranger. C’est la meilleure manière de voir si les spectateurs partagent ma vision du monde...

 

Ce monde dans lequel nous vivons vous inspire-t-il pour vos prochains films ?

Je trouve au contraire que le monde ne fait que se répéter. Au fond, la société d’aujourd’hui n’est autre que la société de ces cinquante dernières années, avec les mêmes travers et c’est un peu désolant. Je préfère me plonger dans le passé — dans les années 1940, 1950 ou 1960 par exemple — pour traiter du monde d’aujourd’hui.

L'Institut français et le projet

La Fabrique Cinéma, parrainée cette année par Rachid Bouchareb, accompagne de jeunes cinéastes de pays du Sud pour faciliter leur insertion sur le marché international du film. En savoir + sur La Fabrique Cinéma

 

Découvrez les 10 projets de films de cette édition 2020 (portfolio)

L'institut français, LAB