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Musique

Stéphanie Gembarski

Le constat c'est que, grâce à nos dispositifs, les femmes évoluent professionnellement.

Stéphanie Gembarski est coordinatrice des dynamiques liées à l’égalité, la diversité et aux pratiques artistiques et culturelles de la FEDELIMA (Fédération des lieux de musiques actuelles). Elle revient sur la création de cette fédération, ses enjeux et les évolutions sur l'égalité femmes-hommes dans le secteur des musiques actuelles. Elle est également la coordinatrice de « Wah ! », un dispositif de mentorat à destination des femmes qui travaillent et qui créent dans les musiques actuelles. 

Mis à jour le 09/02/2022

10 min

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Stéphanie Gembarski
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Stéphanie Gembarski © Anne Bied

La FEDELIMA existe depuis 2013. Pouvez-vous revenir sur la création de cette fédération nationale ? 

Elle est née de la fusion de deux fédérations historiques dans le champ des musiques actuelles : la Fédurok et la Fédération des Scènes de Jazz. Nous avions l'habitude de travailler ensemble sur différents sujets (l’Observation participative et partagée, la co-construction des politiques publiques, l’économie sociale et solidaire…) et la FEDELIMA a permis à la fois la fusion de ces chantiers communs et la création d’une fédération dont l’objet, le périmètre et les enjeux sont finalement plus larges. 

 

Quelles sont les principales missions de la FEDELIMA ?

Nous avons tout d’abord une mission d'observation, d'analyse et d'étude. Nous contribuons à la structuration du secteur par nos relations avec les autres fédérations, les partenaires publics, etc.

Nous avons aussi une fonction de ressources sur certains axes propres à notre secteur : le développement durable, l'égalité, la diversité, l'action culturelle, les pratiques en amateurs, les métiers et la structuration des lieux de musiques actuelles…  

Enfin, nous accompagnons nos adhérents et faisons le lien entre l’Etat, le ministère de la Culture, les collectivités territoriales sur les enjeux de politiques culturelles et de dynamiques culturelles de territoires. 

 

Quel rôle joue la FEDELIMA autour des questions d'égalité et de diversité dans ce secteur ?

Fin 2015, nous avons mené une étude sur l'emploi permanent dans les musiques actuelles. Nous avons identifié les métiers présentant énormément d'écarts d'accessibilité entre hommes et femmes : les directions générales, la programmation, les métiers techniques, les artistes. À la suite de quoi, en 2017, il y a eu une première feuille de route du ministère de la Culture avec l'identification de différents enjeux et leviers possibles pour combler les inégalité femmes – hommes dans la culture. Nos échanges incluaient également la FELIN (Fédération Nationale des Labels et Distributeurs Indépendants) qui venait de lancer un programme de mentorat en direction des entrepreneuses de l'industrie musicale. C'est ainsi qu’en 2019 nous avons lancé un dispositif de mentorat de développement de carrière, Wah ! – mentorat, qui accompagne des femmes qui travaillent et qui créent dans les musiques actuelles. 

La non-mixité permet une liberté de parole sans avoir à se justifier.

Quelles sont les difficultés principales que rencontrent les professionnelles de la musique ?

Le secteur du spectacle vivant des musiques actuelles, même s’il est mixte si l’on considère l’ensemble des personnes qui y travaillent de manière permanente, reste très masculin sur certaines fonctions, notamment celles à forte valeur sociale : les directions, la programmation, les métiers techniques. Ce qui peut être un premier frein : les femmes y postulent moins. Il y a aussi des freins structurels, sociétaux. Sur les horaires, ces métiers peuvent aussi être en désaccord avec une organisation familiale qui repose encore beaucoup sur les femmes et peut limiter leur présence en soirée, lors de concerts. 

 

Pouvez-vous nous présenter le dispositif de mentorat « Wah ! » ?

La deuxième édition du dispositif de mentorat Wah ! a commencé en juin dernier avec un groupe de 28 femmes pour une durée de 12 à 14 mois. D’une part, il s'agit de 14 binômes constitués de femmes expérimentées qui vont soutenir des femmes plus jeunes dans leur expérience. Chaque binôme définit ses objectifs et ses modes de relations sur l’année. Des outils pour faciliter la mise en relation et les échanges leur sont proposés avec un cadre déontologique et des engagements réciproques. D’autre part, sur cette même période d’une année, nous nous réunissons sur six sessions de deux jours afin de partager collectivement différents ateliers et temps d’échanges sur les pratiques professionnelles et l’égalité entre les genres dans les musiques actuelles.

 

Comment voyez-vous évoluer ce dispositif dans les prochaines années ?

Nous partons de loin, mais cela a déjà évolué ces dernières années. Les femmes, comme la société tout entière, sont plus sensibles à ces questions. Nous sommes en échange continu avec les participantes pour faire évoluer le dispositif. Pour cette deuxième édition, nous avons de ce fait intégré un nouveau métier qui rassemble encore très peu de femmes : les accompagnatrices des pratiques et des projets artistiques.

 

Pourquoi avoir fait le choix de la non-mixité dans ce dispositif ?

Il est pensé comme un outil et un espace de travail temporaire. Pendant une année, la non-mixité permet une liberté de parole sans avoir à se justifier. C'est un espace d'entraide, de sororité.

Grâce au dispositif Wah ! certaines femmes hésitent moins à postuler.

Pouvez-vous présenter d'autres initiatives emblématiques visant à promouvoir la place des femmes dans ce secteur ?

Il y a la plateforme de ressources « Wah ! » qui a permis de valoriser de nombreuses initiatives en faveur de l’égalité entre les genres dans les musiques et d’outiller le secteur sur ces enjeux. Nous expérimentons également depuis juin 2021 un autre dispositif, Wah’ts up!, un cercle de sororité, de soutien et d’analyse des pratiques professionnelles pour 8 femmes qui occupent pour la première fois dans leur parcours professionnel un poste de direction, de codirection ou de coordination générale dans les musiques actuelles. 

Nous travaillons également avec nos adhérents sur la place très faible des musiciennes sur les territoires dans la création musicale autonome hors des cursus d’enseignement. L'autre sujet qui nous questionne est la mixité des équipes technique et la place très mince des techniciennes notamment dans la régie son dans les musiques actuelles. 

 

Depuis 2013, quelles avancées avez-vous pu constater sur les questions de diversité et d'égalité dans le secteur des musiques actuelles ?

Il y a une évolution, notamment en termes de sensibilisation collective, de prise en compte des enjeux d’égalité entre les genres, de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, mais sur les postes de direction ou de programmation, de direction technique ou de régie son, il y a encore très peu de femmes. Grâce au dispositif Wah ! certaines femmes hésitent moins à postuler. Les évolutions sont complexes à quantifier. Le constat dans les différentes éditions de nos dispositifs, c'est que, grâce à ces espaces, les femmes évoluent professionnellement. Sur les questions de légitimité aussi.

 

Quels sont les projets de la FEDELIMA à l’international ?

Nous sommes cofondateurs d'un réseau de 17 pays en Europe qui s'appelle le Live DMA et travaille à la structuration des politiques culturelles européennes. Des tables rondes sont organisées, des référentiels communs sont identifiés. Comme exemple de projet commun, L’« Open Club Day » permet entre autres à tous les adhérents des réseaux de proposer une journée de visite de leur structure, des rencontres avec les métiers. C’est une mise en lumière des réseaux et de leurs membres à l'échelle européenne.

Il y a aussi des discussions sur le développement durable : avec par exemple le « Digital Safari on Sustainability », des lieux culturels en Europe qui ont mis en place des démarches écologiques organisent des visites virtuelles.

L'Institut français et la FEDELIMA

Stéphanie Gembarski est intervenue dans le cadre d'une formation "Musiques actuelles" organisée par l'Institut français à destination de 13 agents du réseau culturel français à l'étranger, en parallèle de l'édition 2021 du MaMA festival. Son intervention avait pour thème : "Savoir favoriser la place des femmes dans les actions en faveur des musiques actuelles mises en œuvre sur un territoire". 

L'institut français, LAB